Culture is future » Financements et modèles économiques

18.07.2011

DEBAT 2011 - Prescription et référencement culturel - Interview de Marc Tessier, Video Futur

Quel type de référencement propose un éditeur de VoD ? Y a-t-il plusieurs types d’offres et différentes manières de prescrire ? 

Le secteur de la VAD n’est pas exemplaire en matière de référencement et de moteur de recommandation. Il y a peu d’innovations déterminantes, que ce soit en mode transactionnel (à l’acte) ou par abonnement (SVOD). 
Certains font un effort d’éditorialisation ou se spécialisent sur tel ou tel genre. Mais dans l’ensemble, l’internaute est critique vis-à-vis des offres présentées : pas assez de choix, propositions lacunaires, catalogues trop restreints, films carrément absents, quel que soit le site visité. 
Nous parvenons au terme d’une période de 5 ans pendant laquelle les acteurs (en particulier les principaux studios US et les producteurs européens) ont clairement privilégié le marché du DVD, de loin le plus rémunérateur pour les ayants-droit. Songez que le tarif d’un visionnage VAD sur 48h est plus ou moins celui d’une location DVD il y a 5 cinq ans : l’immatériel au prix du physique, c’est un cas unique dans le domaine des biens culturels!! D’où des modèles d’affaires souvent déficitaires, en tout cas en deçà des perspectives communément envisagées. 

Selon vous, quels effets majeurs les réseaux numériques ont-ils sur la façon dont sont référencés les produits et les services culturels ? 

Aujourd’hui, c’est plutôt le contenu des offres qui pose question. Les sites proposant des films en VAD ont un inconvénient structurel en ce sens qu’ils n’offrent que peu de films ; car les droits cédés par les détenteurs de catalogue sont précaires : 6 à 8 mois au plus par film. 
Les accords entre les sites de SVOD et les producteurs couvrent en général un catalogue de 200 à 300 films dont le renouvellement est fondé sur un système d’entrées/sorties périodiques des films. 
Les internautes trouvent aussi que le prix standard d’une vidéo à la demande est trop élevé (4,90 euros), que l’offre des sites est encore peu abondante et que la faible éditorialisation rend difficile, pour le client, d’identifier un produit de son choix. Il n’y a donc pas une pleine utilisation des capacités des réseaux numériques pour offrir la meilleure ergonomie possible aux internautes. 

Quels sont les rapports actuels entre éditeurs et services prescripteurs ? 

Dans ce nouvel univers il est capital pour les éditeurs de services à la demande d’accéder à l’éventail le plus large de téléspectateurs. De même pour les producteurs dont l’intérêt serait également de voir leurs films référencés le plus largement possible. Cette double volonté se heurte parfois à celle des fournisseurs d’accès à internet (FAI ou autres) qui limitent le référencement des services indépendants lorsqu’ils exploitent eux-même ce nouveau métier en propre. 
La situation devrait évoluer avec l’arrivée des téléviseurs connectés (offre « over the top ») même si d’autres intermédiaires apparaitront, type Google TV à l’image de I tunes d’Apple. 

En résumé la situation est mouvante. Tout donne à penser que l’on va vers une baisse de prix pour s’adapter à l’échelle d’évolution des consommateurs sur les réseaux aussi bien pour la VAD à l’acte que pour la SVOD. 

Dans quelle mesure votre offre culturelle se structure-t-elle en fonction des nouveaux mécanismes de référencement et de prescription ? 

Vidéo Futur est une entreprise qui comprend une trentaine de magasins détenus en propre et plus de 100 magasins franchisés. 
Nous observons deux types de pratiques culturelles. D’une part, un renouvellement permanent du catalogue lié à la préférence des consommateurs pour les nouveautés (80% des visionnages des vidéos se fait deux mois après leur publication) et d’autre part un phénomène plus marginal dit de long tail sur un nombre réduit de contenus cinématographiques (mémoire, patrimoine) prescrits par Vidéo Futur. 
Video Futur opère sur deux marchés : La location de DVD et la VAD, et selon deux modes, à l’acte et par abonnement ; l’idée étant de combiner ces différents éléments de manière à présenter une offre laissant un choix réel et pertinent au consommateur, tout en anticipant sur le niveau de prix qui devrait prévaloir à l’avenir sur les marchés.