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14.11.2011

Toujours plus loin - Ambitions et limites des projets de numérisation

Depuis 1996, le Ministère de la Culture lance chaque année un Appel à projets de numérisation, dont le but est de financer la numérisation de fonds documentaires et de collections qui devront être ainsi rendus accessibles sur Internet. Pour l’année 2012, le budget prévisionnel s’élève à trois millions d’euros. Cette politique du Ministère s’inscrit dans le cadre du projet Europeana, bibliothèque numérique qui a pour ambition de rassembler et mettre en ligne le patrimoine culturel européen.

Parallèlement à cela s’ajoute bien évidemment la numérisation des ouvrages de la Bibliothèque Nationale de France (BnF), accessibles sur le site Gallica - plus d’un million et demi de documents à ce jour, ou encore le projet similaire de la British Library, en partenariat avec Google Books.

Devant cette multiplication des projets de numérisation, peut-on penser que les ressources culturelles dans leur ensemble seront bientôt disponibles sur Internet ?

La question devient plus complexe si l’on s’intéresse au cas des musées et de leurs fonds documentaires. Les informations données en ligne par les musées sur leurs collections varient beaucoup d’un site Internet à l’autre. En France, on peut citer parmi les sites très complets celui du musée d’Orsay : à chaque œuvre sont associés une reproduction, un commentaire, un historique, une bibliographie de référence, etc. Cependant, de nombreux sites de musées restent assez incomplets et ne présentent brièvement que leurs œuvres vedettes.

Un autre point d’accès important aux collections des musées français est le moteur de recherche créé par le Ministère de la Culture, Moteur Collection, qui permet d’obtenir des informations sur les œuvres conservées en France.

Qu’en est-il de l’accès aux documentations de nos musées ? Prenons l’exemple du Département des Peintures du musée du Louvre. Sa documentation se compose d’une part des dossiers d’œuvres appartenant au musée, et d’autre part d’une documentation générale sur la peinture ancienne.

Dans l’état actuel des choses, aucun accès n’est donné sur Internet à cette documentation, pourtant librement consultable sur place. Le site du Louvre propose des reproductions d’œuvres exposées au musée, accompagnées de leur cartel – sorte de « carte d’identité » de l’œuvre telle qu’on la trouve en salle. Cela peut sembler peu de choses pour le musée le plus visité du monde ; il est tout de même à noter que le Département des Arts Graphiques a réalisé un inventaire informatisé riche de 140 000 œuvres, consultable sur Internet.

Une politique d’accès en ligne à la documentation du Département des Peintures du musée du Louvre, à l’image de ce qui est fait à la BnF, n’est cependant pas à l’ordre du jour d’après Stéphane Loire, Conservateur en chef au Département des Peintures, son responsable. L’aspect titanesque d’une telle entreprise (la documentation générale du Département compterait entre deux et trois millions d’images) n’en serait pas l’unique entrave: rendre accessible sur la toile des textes et reproductions susceptibles d’appartenir à d’autres musées, ou à des collections privées, n’est légalement pas envisageable.

L’objectif premier du Louvre en matière d’informatisation est actuellement le développement de MuseumPlus, un nouveau système de gestion des collections. Il sera possible d’y intégrer des documents sous forme numérique, mais ce système est voué uniquement à un usage interne au musée.

Permettre un accès libre et immédiat aux ressources culturelles grâce à Internet est un projet certes ambitieux et enthousiasmant, mais qui comporte des limites : d’une part légales, car en matière de respect du droit d’auteur l’État se doit de montrer l’exemple, mais aussi des limites techniques - la quantité documents concernés est immense et leur reproduction numérique doit être de qualité.

A cela s’ajoute enfin une limite émotionnelle : le rapport à une œuvre d’art ne sera jamais le même à travers un écran d’ordinateur et dans la réalité.

 

Pour aller plus loin

- Appel à projets de numérisation

- Europeana

- Musée d’Orsay

- Moteur Collections

- Inventaire du Département des Arts Graphiques

- Atlas, base des cartels des œuvres exposées au Musée du Louvre

 

Une contribution de l'Ecole Polytechnique/Camille Rosay