Culture is future » Financements et modèles économiques

30.05.2013

Quand la culture n'est plus une exception: Le cas de l'Espagne

Avec 70% de ressources perdues depuis 2009,  le secteur des industries culturelles et créatives  espagnoles subit une crise tout aussi financière que morale. En effet, la culture n’est plus considérée comme une exception, pour preuve la TVA culturelle passée de 8% à 21%.  

Les coups de massue qu'a reçu depuis 2012 la culture en Espagne, sont bien évidemment liés à la crise économique de 2007, mais aggravés par une série de décisions politiques du gouvernement Rajoy parmi lesquelles la baisse dramatique des budgets publiques (-17,5% en 2013) et une hausse de la TVA sur la culture à 21%, la plus haute d'Europe. "Nous ne parlons pas d'une mauvaise gestion, affirment les plus hauts responsables des institutions culturelles espagnoles, selon le journal El Pais. Mais d'une opération consciente par laquelle [le gouvernement] veut dévaloriser la culture".

Un financement public réduit en peau de chagrin

Les grandes coupures budgétaires ont d'abord concerné les grands marqueurs de la culture espagnole : le Musée du Prado, le Reina Sofia, le Teatro Real et le Gran Teatre del Liceu, mais aussi des institutions clés comme la Direction Générale des Industries Culturelles, le Réseau des Bibliothèques Publiques et l'Institut de la Cinématographie. C'est une situation qui aurait été inimaginable en 2007 et relève du jamais vu pour un Ministère de la culture espagnol, devenu simple secrétariat d’Etat auprès du Ministère de l’éducation et des sports.  

La situation est tellement tendue que quand les coupes budgétaires pour le Teatro Real ont été annoncées (une baisse de 50% des subventions de l'Etat), Gérard Mortier, le directeur artistique, et Gregorio Marañon, le directeur du patronat, ont menacé de démissionner au vu de l’impossibilité de gérer les budgets. Finalement les autorités s’en sont tenues à  une coupe de 30%, ce qui produira un déficit de 3 millions d'euros (et non plus de 12 !). Conséquence : les dépenses liées aux productions et les frais de fonctionnement doivent baisser considérablement, et des spectacles sont annulés.

Quant aux bibliothèques, c'est zéro euro pour les achats de livres suite à la coupe budgétaire de 60% pour les 52 bibliothèques d'Etat, alors que, paradoxalement, la fréquentation des bibliothèques publiques a augmenté de 11% entre 2008 et 2010 (selon une étude du Instituto Nacional de Estadistica en 2011).   

Et enfin, dans le domaine de l'art plastique, la seule priorité consiste à conserver le patrimoine, au détriment du soutien à la création contemporaine. Au lieu des 5 expositions traditionnelles par an, les galeristes n’en font plus que 4.  La solution consiste pour tout le monde à chercher de plus en plus d'apports de la part du privé et de l'étranger.

Les Industries Culturelles et Créatives (ICC) : une industrie comme une autre ?

Alors que le secteur culturel représente 4% du PIB espagnol, soit 42 890 88 millions d’euros et a créé près de 600 000 emplois en 2011, le gouvernement a choisi de considérer  certains « produits de divertissement » comme les entrées aux spectacles, cinéma, théâtre et autres, selon les propos de Cristobal Montoro, ministre des finances, comme éligibles, à ce titre, à la hausse de la TVA.

Alors que l’Espagne dispose de l’un des patrimoines les plus riches , de réussites exemplaires en termes d’investissements culturels comme Bilbao, on peut regretter que la culture  ne soit plus  investie comme une source d'apprentissages auxquels tout le monde devrait avoir accès et de développement économique, susceptible de participer à la renaissance du pays.

 

A venir: ZOOM sur le théâtre et le cinéma en Espagne.

 

Daniel MacAyza Montes