Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

09.10.2013

Quand gratuité ne rime pas (toujours) avec démocratisation

Etudes après études, la gratuité ne peut suffire seule à démocratiser la culture. Elle doit s’accompagner d’une connaissance plus fine des publics visés et de leurs contraintes. Dernier exemple, les musées de la Ville de Paris.

 

Selon un rapport de la chambre régionale des comptes qui devrait être publié mi-octobre 2013, les musées de la Ville de Paris seraient en mal de démocratisation, et ce malgré une intense politique de gratuité. En d’autre termes, cette politique consolide les appétits des amateurs qui profitent de l‘effet d’aubaine sans attirer de manière significative de nouveaux publics, notamment des zones dites défavorisées. Mais ne nous y trompons pas, la politique de gratuité promue par les récents gouvernements cache, derrière les résultats de ses vaisseaux-amiraux que sont le Louvre, Orsay ou Pompidou, des réalités diverses et parfois comparables.

La gratuité des établissements municipaux mise en place sous la première mandature de Bertrand Delanoë, en 2001, n'aurait en fait pour effet que « la stabilité du profil des visiteurs » ainsi qu'une « faible proportion des jeunes et des habitants pauvres », selon des éléments de ce document révélés par le journal Le Monde en date du 4 septembre.

Et pourtant, le nombre global de visiteurs connaît, lui, une hausse formidable dans les musées parisiens, passant de 400 000 visiteurs annuels en 2001 à 2,4 millions en 2012.

Que retenir de cette lecture statistique ? Que malheureusement elle n'a rien de paradoxale, ni de contradictoire, et que les politiques de développement des publics dans leur diversité restent encore un chantier plus vaste que celui de la Philharmonie ou du Louvre-Lens. Quelles que soient les applications, la gratuité n'a pas eu pour effet d'ouvrir les établissements à de nouveaux publics, elle a essentiellement permis à ceux qui étaient déjà visiteurs de l'être plus assidûment encore.

Dans l'imbroglio politique provoqué par cette révélation de la chambre régionale, il est intéressant de noter la conclusion émise par cette dernière : la chambre admet, malgré le tableau qu'elle dresse, la difficulté d'amener de nouveaux publics vers la culture. Sentence évasive pour admonestation exhaustive.

En effet, la plupart des politiques de démocratisation culturelle - innovantes, complexes, éminemment locales, et menées dans l'ombre par des ouvriers militants depuis des décennies - passent difficilement le pas de la lumière médiatique et de la politique nationale, et restent donc souvent hors d'atteinte des outils statistiques. Il ne s'agit pas nécessairement de mauvaise volonté politicienne ou de mépris de l'opinion. Il s'agit simplement d'un casse-tête chinois : tirer du local un modèle national, ou du moins régional. Les Nouveaux Commanditaires ont été un modèle du genre. Depuis le début des années 1990, l’action des Nouveaux commanditaires permet à des citoyens confrontés à des enjeux de société ou de développement d’un territoire, d’associer des artistes contemporains à leurs préoccupations en leur passant commande d’une œuvre. Son originalité repose sur une conjonction nouvelle entre trois acteurs privilégiés : l’artiste, le citoyen commanditaire et le médiateur culturel. Ce modèle a essaimé et se reproduit aujourd'hui jusqu'en Italie.

Le seul modèle qui tienne reste celui de l'exemple et de l'essaimage des bonnes pratiques. La tendance naturelle de tout système à vouloir mettre en place une stratégie forte, univoque, et nationale, n'opère pas dans ce domaine. Comme le souligne Delphine Lévy, directrice de Paris Musées, citée par le Monde «  La gratuité des musées ne suffit pas à les démocratiser, il faut également engager des outils de médiation culturelle, c'est un long travail que nous commençons à mener.  » Pas de politique à l'échelon nationale  donc, sans une multiplicité de programmes lancés en direction des centres de loisirs, des écoles, des populations défavorisées, des personnes en situation d'exclusion ou d'enfermement,  etc. 6.000 Parisiens défavorisés ont eu accès aux collections en 2012. Mais grâce à combien de ces programmes? Autant de micro-expériences qu'il faut accepter d'engager en tant que telles comme une mission et un plan national.

Il n'y pas de modèle à construire, uniquement des exemples à suivre.

 

http://www.nouveauxcommanditaires.eu/

 

Guillaume Pfister