Culture is future »

05.11.2012

Penser ‘outside of the box’, par Frédéric Filloux

La culture / l’imagination créative vous donne-t-elle une raison d’espérer ?

 

Les principales raisons d’espérer sont : l’apprentissage ; la soif de découverte ; la volonté féroce de s’améliorer ; le goût du risque (en France, l’obsession du risque zéro demeure très présente). L’ouverture sur le monde est également une raison d’espérer : les jeunes parlent de nombreuses langues et ont la possibilité de facilement voyager à l’étranger.

La mondialisation (et donc la friction entre les modes de vie et de pensée) est une formidable raison d’espérer ; Apple est la première entreprise à avoir compris que l’on peut faire payer un premium pour de « l’esthétique » (alliance entre beauté et esthétique, la combinaison de la technologie et des "liberal arts" comme disait Steve Jobs).

Qui l’incarne le mieux ? 

Il est difficile d’isoler culture des techniques et sciences .A Florence, au musée de Galilée, on voit bien l’alliance entre beauté (esthétique) et technicité. C’est la maitrise des techniques qui a libéré la création comme le montre l’exemple de Norman Foster et de l'audace architecturale au sens large. Si les artistes n’avaient pas eu le support libératoire des sciences, ils n’auraient pas eu la liberté de créer autant de choses. Pour favoriser la création, il est nécessaire de trouver et de développer des environnements économiques favorisant les ruptures créatives, bien que cela soit difficile à faire éclore. En ce sens, le système éducatif a un important rôle à jouer : certains système prône la défense d’un moule de pensée (e.g ENA en France) qui est un encouragement à la continuité plus qu'à la disruption alors que d’autres, à l’instar du système anglo-saxon, qui facilite l’éclosion de la créativité (on peut étudier les UV qui nous intéressent) ou du modèle d’éducation de Montessori (Larry Page et Sergei Brin – les fondateurs de Google – en sont issus).

Il faut davantage de confiance : des individus dans la société et de la société dans les individus.
Il faudrait ainsi que les politiques définissent un vrai plan de développement culturel. Mais la politique est par essence «corrompue»par le clientélisme obligatoire: il faut donc trouver des substituts (mécènes, fondations, grands centres de recherche). A ce titre, Jean-Louis Gassée prend souvent l'exemple de la Villa Medicis lorsqu'il imagine la création d'environnements propices à l'éclosion des startups, qu'il voit comme des lieux de convergence de l’économique et de la création aux USA.
La technologie élargit le spectre créatif. Si on prend la photographie par exemple, l'avènement du numérique a créé une inflation gigantesque de l'offre, en même temps, les possibilités d'essais, de recherche, n'ont jamais été aussi grandes. Des instruments comme Photoshop ont eu des effets pervers sur l'image photographique, mais ils sont aussi un formidable champ d'expression créative. De la même façon, le perfectionnement des appareils de prise de vue – qu'il s'agisse de la photo ou de la vidéo – a aussi élargi le champ créatif : le fait de pouvoir photographier ou filmer en très basse lumière est en train de changer le cinéma, comme la photographie s'est trouvée modifiée ; la photographie de guerre s'est trouvée ainsi complètement réinventée.
Paradoxalement, à cette inflation technologique du traitement de l'image répond aussi une certaine régression délibérée : cf. le retour en force du Lomo et de ses photos floues et le fait qu'Instagram, l'application pour iPhone rachetée par Facebook, est construite sur une série de filtres qui dégradent l'image nette du capteur numérique en ajoutant les imperfections des objectifs d'antan?

 

Quelle serait l’initiative personnelle / projet / œuvre qui concrétise votre raison d’espérer ? 

L’architecte est un véritable artiste. Il y a un foisonnement d’artistes aux USA grâce au soutien économique privé et à une relation décomplexée entre le monde artistique et le secteur privé. L’impact de la technique sur l’architecture est fantastique : le commanditaire de la plus grand tour du monde à Dubaï souhaite « rajouter des étages », comment y parvenir ? C’est la technique qui permet de réaliser une telle prouesse. Eiffage a demandé à Norman Foster de rendre « esthétiques » les pylônes du Viaduc de Millau. Le même Norman Foster a pu donner sa forme circulaire au nouveau siège d'Apple grâce à la maîtrise du verre courbe mise en œuvre en Chine qui dispose des plus grands fours de la planète pour cela.

La data visualization (convergence de disciplines : technique/conteur/artiste) est un art en pleine éclosion. Cette discipline est partie d'une nécessité – rendre intelligibles des données complexes – et la possibilité de tester toutes sortes de modèles, de faire des simulations, des interprétations graphiques en trois dimension, tout cela a permis l'émergence d'une dimension artistique dans la visualisation d'information. C'est sans doute un des meilleurs exemples de la convergence entre information, technologie et créativité artistique.

Comment souhaitez-vous la transmettre aux générations futures ? 

Pour faciliter la transmission, il faut un système éducatif adapté qui ne sélectionne plus par l'échec, mais bien par un encouragement à penser "outside of the box", s’accompagnant d’un choix volontariste et assuré des parents (eg. Ecoles Montessori). Le pouvoir politique doit favoriser cette éclosion en créant des îlots de création (rapprochement public/privé pour des clusters). La culture n’est – en plus – pas chère (1% du budget de l’état), mais est trop politisée (y compris les artistes eux-mêmes).