Culture is future » Financements et modèles économiques

28.06.2013

Obama et la culture : une mission impossible ?

Un coup de théâtre comme les américains les affectionnent. Alors que des coupes drastiques étaient annoncées dans les budgets publics, Barack Obama a annoncé une augmentation de 10% du budget alloué à la culture pour 2013-2014. Happy-ending ou virtual effects ?

Un couple présidentiel engagé dans la culture. Dès 2008, le couple Obama s’est affirmé comme défenseur des arts et de  la culture. Alors que Michelle Obama, Présidente honoraire du President’s Committee on the Arts and Humanities, considère en 2009 que « l’art n’est pas seulement quelque chose de joli à avoir, mais quelque chose qui nous défini en tant qu’individu », son mari soutenait la même année qu’il souhaitait  « profiter de sa position d’autorité pour promouvoir l’art et l’éducation artistique aux Etats-Unis permettant le développement économique d’innombrables communautés ». En proposant une augmentation de 10% du budget alloué à la culture pour 2013-2014, le Président Obama tient l’un de ses engagements les plus attendus de son second mandat. Mais à quel prix ?

Une décision à double tranchant. Alors qu’en France, les pouvoirs publics financent largement la culture (7,4 Mds€ en 2013), le budget fédéral américain de la culture pour 2014 est fixé à 1,51 Mds$ (contre 1,44 en 2013), ce qui représente près de 7% du financement national de la culture. Cette  croissance surprise -malgré la politique de séquestration budgétaire mise en œuvre suite du fiscal cliff- est accompagnée d’une réduction de la déduction fiscale liée aux dons («deduction for charitable contributions») de 10%, passant de 39.8% à un taux de 28%. En donnant d’une main, l’Etat fédéral reprend de l’autre…. en prenant le risque d’un effet dissuasif sur une manne philanthropique qui a drainé  13 Mds $ pour la culture en 2011.  Las, selon le Chronicle of Philanthropy, cette mesure fiscale pourrait même conduire à une baisse des dons de particuliers de 5 milliards de dollars…

Des augmentations inégalement réparties. Les subventions publiques sont réparties parmi les institutions fédérales (dites, “grantmaking”) : les National Endowment for the Arts and the Humanities (NEA et NEH) et l’Institute of Museums and Library Services (IMLS). Celles-ci distribuent des bourses dont bénéficient  des organisations telles que la Smithsonian Institution, le Kennedy Center et la National Gallery of Art. En 2014, si certaines organisations obtiendront une hausse non négligeable (entre 5,8% et 11%) de leur budget, d’autres subiront une baisse significative comme le Kennedy Center qui va connaître une baisse de 7,5% par rapport aux années précédentes.  

Des besoins encore largement insatisfaits. Les effets collatéraux des crises budgétaires du premier mandat Obama ont laissé des séquelles dans de nombreuses institutions culturelles, marqués notamment par l’impact de la American Reinvestment and Recovery Act de 2009 a minimisé les arts au profit de la relance économique en ne distribuant que 75 M$ aux agences culturelles (NEA et Smithsonian Institute) sur les 840 milliards M$ investis. De surcroit,  au cours des années fiscales 2011 et 2012, la NEA ainsi que les autres agences qui distribuent les bourses aux plus petites associations à but non-lucratif ont vu leur budget diminuer de 11,2%. Ce n’est qu’en 2013 que certaines institutions ont connu une augmentation de 5% comblant à peine les coupes précédentes.

Cet engagement est-il suffisant ? De l’avis général, ce tardif – mais louable - effort public ne comble pas les besoins estimées au double du budget alloué des 100 000 associations culturelles répertoriées, ce qui rend toujours leur avenir incertain. Pour les années suivantes après ce coup d’éclat dont il faudra mesurer les conséquences réelles, Obama saura-t-il encore les moyens de défendre  une politique culturelle qu’il définit lui-même comme incontournable pour la reconstruction du pays ? We can only ‘hope’.

 

Madeleine Planeix-Crocker et Alice de Saint-Pierre