Culture is future » Financements et modèles économiques

03.09.2012

N’ayons pas peur de la TV connectée

Dans le cadre de sa mission de concertation sur la culture face aux enjeux numériques, Pierre Lescure a exprimé des craintes vis-à-vis des opportunités de piratage offertes par la télévision connectée (Le Monde du 28 aout)  et relance donc la question de savoir si la richesse des contenus légaux est le seul  moyen efficace de lutter contre le téléchargement illégal.

La télévision connectée, « porte grande ouverte » au téléchargement illégal ?

D’ici 2014, selon l’étude Bain & Cie « Terminaux et services connectés : l’expérience culturelle réinventée ? »[1],  les terminaux connectés auront pénétré plus de 60 % des foyers occidentaux, et 50% des personnes interrogées se disent prêtes à l’utiliser davantage. Parmi eux, la télévision connectée, avec un taux de pénétration de plus de 45 %. En France, déjà 3 millions de foyers en sont équipés. Cette émergence des terminaux et services connectés va alors continuer à augmenter la profondeur de l’offre culturelle disponible. Pour Pierre Lescure, la télévision connectée constitue donc une « porte grande ouverte » au téléchargement illégal car elle facilite l’accès à des sites de téléchargement, et ce, contrairement à l’ordinateur, directement sur un support déjà dédié au visionnage.

L’émergence de nouveaux acteurs prescripteurs

L’étude Bain & Cie a souligné que si la généralisation de la télévision connectée va engendrer un changement des pratiques des utilisateurs, « ces nouveaux usages culturels font par ailleurs face à la concurrence d’autres loisirs connectés, notamment des réseaux sociaux. » La télévision connectée offre des services interactifs dans un système fermé dont le contenu est contrôlé par les chaînes et les éditeurs, à la différence des moteurs de recherche et les communautés sociales en ligne qui, prescripteurs, facilitent l’accès libre à tout le contenu présent sur le web. C’est bien à ces derniers que pèse la responsabilité de favoriser l’offre culturelle légale accessible.

La diversification des modèles économiques

Il est peu probable que la généralisation de la télévision et autres services connectés dans les foyers occidentaux favorise de manière significative les revenus des éditeurs, volonté de payer inégale du côté des ménages ou revenus publicitaires atones du côté des chaînes. Pour lutter contre le téléchargement illégal, la télévision connectée va, à l’image des services de streaming par exemple, se tourner vers la diversification des revenus et des modèles économiques hybrides financés soit par le paiement à l’acte, l’abonnement adaptés à l’individualisation des pratiques, soit par la publicité, offrant à chacun une alternative au téléchargement illégal. On le voit ce n’est pas la télévision connectée en elle-même  qui est le bourreau des éditeurs, laissons lui plutôt le temps et les moyens d’imaginer des œuvres et des formats innovants pour satisfaire de nouvelles générations de spectateurs et de créateurs.