Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

19.05.2014

La culture vecteur de développement économique en Afrique de L’Ouest

Dans un monde globalisé l’Afrique fait figure de continent oublié. La culture africaine n’échappe pas à cette image. Paradoxalement elle foisonne et se nourrit à la fois d’une culture globale et d’une création propre. Pourtant cette création reste encore chaperonnée par la vieille Europe, même si les nouvelles mutations qui s’amorcent, entrouvrent la voie au développement d’industries créatives endogènes.

 

L’originalité de l’Afrique dans un monde globalisé demeure son attrait pour l’informel, malgré les apparences le continent s’unit au reste du monde grâce aux réseaux parallèles. Frédéric Martel montre au travers de son livre : Mainstream, enquête sur la guerre globale de la culture et des médias comment l’Afrique de L’Ouest est reliée à la médiasphère et à la culture mondiale de manière  officieuse, à partir de milliers de câbles clandestins qui raccordent la population à la télévision satellite. Cette intrusion dans la culture mondiale se manifeste sur le marché de Yaoundé où gisent des milliers de CD piratés de musique américaine ou de tout aussi nombreux DVD de blockbusters. Et même la relative absence de cinémas, particulièrement en Afrique francophone, les deux dernières salles de cinéma au Cameroun ayant fermé en 2009, se trouve compensée par la multiplication de ciné-clubs chez les particuliers. Au travers de ce marché on se retrouve en pleine culture africaine qui se mondialise, c’est un véritable modèle réduit de l’industrie culturelle légale. Toute la vie culturelle est organisée par des circuits parallèles, une sorte d’industrie créative pirate qui assure l’approvisionnement en produits culturels de la population africaine.

Mais cette industrie se contente de jouer le rôle d’intermédiaire entre la culture mondiale et les populations d’Afrique de L’Ouest.

 Deux villes européennes parrainent encore la création africaine

Le modèle de création propre en Afrique de L’Ouest connait deux capitales exogènes : Londres et Paris. Ces deux villes sont paradoxalement les plaques tournantes des flux culturels d’Afrique de l’Ouest, l’artiste africain ne peut espérer aujourd’hui percer et acquérir une légitimité internationale ou même être en mesure de toucher l’ensemble du continent sans s’exporter dans une de ces deux villes. En effet 70% des musiciens africains résident dans les pays du Nord par obligation créative. Ceci pour plusieurs raisons, la première est la présence d’infrastructures de meilleure qualité comme les studios ou les labels. Ensuite les médias européens comme RFI ou la BBC sont plus à même de toucher toute l’Afrique que leurs équivalents africains. Il est aussi question d’argent, un concert en Europe reste encore plus rentable qu’une tournée africaine. On se retrouve donc face à un modèle culturel dont la création endogène reste limitée surtout par manque de moyens car elle n’offre que très peu aux artistes la possibilité de s’exporter et d’acquérir une légitimité au niveau international.

Pourtant l’Afrique se situe à une période charnière et des mutations d’amorcent.

Une nouvelle donne pour les artistes africains

Elles remettent en cause le paysage culturel africain. Il y a d’abord Internet qui est aujourd’hui de plus en plus présent grâce à son utilisation collective et nombre d’artistes africains se servent de cet outil afin de diffuser leurs créations et de toucher un public toujours plus large. Internet bouleverse ainsi la carte des échanges culturels leur permettant d’atteindre directement les autres pays africains. Le deuxième facteur est l’émergence du Nigéria en tant que nouvelle plaque tournante pour les flux culturels en Afrique de L’Ouest. Il est devenu la deuxième puissance cinématographique quant au nombre de films produits sur une année avec 2000 films. Leur distribution reste réservée au cadre domiciliaire et leur prix extrêmement bon marché permet d’éviter le piratage et de faire de ceux-ci les produits mainstream d’Afrique de l’Ouest. Enfin il émerge depuis quelques année une revalorisation de la culture ancestrale africaine, cet enrichissement s’incarne dans l’ONG : Programme des Musées en Afrique de L’Ouest, dont le but est de promouvoir une approche professionnelle dans le domaine des musées et de leur permettre de bénéficier de fonds accrus. Cette ONG a par ailleurs recensé en 2007, 167 musées au travers des 16 pays d’Afrique de L’Ouest ce qui ouvre une nouvelle voie d’exposition pour les artistes.

L’Afrique de L’Ouest se trouve aujourd’hui à une sorte de carrefour culturel, d’un côté toujours plus influencé par la culture globale et d’un autre, elle tente de retrouver son indépendance créative vis-à-vis de ses anciennes métropoles afin de développer une culture propre mélangeant modernité et tradition lui permettant de s’affirmer sur la scène culturelle mondiale.

Galien Renault.

Crédit photo : Vassil