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16.07.2013

L’éducation artistique: discours utopique et un programme du XXIe siècle

« L’art est l’expérience ultime de l’altérité » a déclaré la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, lors de la séance d’ouverture du Congrès IDEA le 8 juillet, tout en soulignant la dimension universaliste de l’art, ainsi que sa nature proprement intersubjective. Est-ce que l’éducation artistique peut répondre à cette mission utopique ou croule-t-elle sous le poids des réalités du XXIe siècle ?

L’éducation artistique : une mission, non pas une industrie. L’éducation artistique possède en effet des qualités (notamment son caractère innovant et anticonformiste) qui lui permettent d’aspirer à ses principes utopiques. Les formateurs artistiques interviennent dans les écoles d’une manière ciblée, créant leurs programmes école par école. Leur action est orientée vers une communauté spécifique, et encourage la cohésion sociale. Cette spécificité régionale va à l’encontre des tendances ‘d’impact mondial’, mais c’est justement en bravant ce mouvement que l’éducation artistique peut tenter de se distinguer. En mettant en place des projets plus délimités, les éducateurs artistiques encouragent les élèves à s’immerger dans leur environnement, ainsi que les pratiques culturelles de leur contexte immédiat, allant bien au-delà de ce qui est enseigné en cours. La présentation de Dr. Hannah Grainger Clemson, “Capacity for change: the role of the arts in engaging city communities to reflect on social issue”, souligne la force d’offrir aux élèves de nouvelles perspectives artistiques et sociales avec lesquelles visualiser leur quartier, qu’ils tenaient auparavant pour acquis. Les rues sont maintenant perçues par des esprits ouverts à la culture et sont redéfinies comme espaces de l’imaginaire, donnant ainsi vie au concept d’hétérotopie de Michel Foucault.

Enseignement social et tolérance. Ces programmes d’éducation artistique orientés vers la communauté possèdent de surcroit la caractéristique de promouvoir la diversité au sein d’une région. Les intervenants de la table ronde « L’art dans l’éducation artistique au cœur des grandes mutations du XXIe siècle » ont tous évoqué le besoin de donner voix, par le biais d’expression artistique, aux populations marginalisées d’une communauté. En négligeant les contributions culturelles des minorités, l’éducation artistique s’opposerait à ses valeurs égalitaires. C’est alors que le but devient d’établir des programmes d’éducation artistique interculturels, comme le fait déjà Professeur Wan-Jung Wang au National University of Tainen (Taiwan). Ses spectacles sont des collaborations entre étudiants universitaires et des femmes vietnamiennes qui vivent en isolement dans le quartier universitaire Tainen suite à un mariage arrangé. En France, des cours « bi-langues » sont offerts dans certains collèges des quartiers à forte population immigrée, permettant ainsi aux élèves d’apprendre le français ainsi que leur langue natale souvent mise à l’écart. A une échelle régionale, ces efforts incitent à la tolérance dans une communauté, une valeur essentielle du XXIe siècle.

Mais est-ce suffisant ? Ainsi, les programmes d’éducation artistique sont vaillants dans leur action utopique, tentant d’y répondre en choisissant une mission spécifique et en entretenant des valeurs du XXIe siècle. Cependant, une utopie est par définition irréalisable, ce qui risque de dévaloriser la portée de l’éducation artistique. Malgré le ton généralement optimiste du 8e Congrès IDEA, les réalités économiques modèrent et limitent durement les discours actuels. Le soutien pour ces programmes se fait de plus en plus rare, ce qui nous mène à envisager un monde dépourvu d’éducation artistique. Si l’éducation artistique devient un moyen employé pour répondre à des problèmes sociaux plus larges, l’unique manière d’empêcher ces valeurs de s’envoler est peut être d’offrir une voix plus crédible aux éducateurs. Ceci peut passer premièrement par une professionnalisation des intervenants, afin de lutter contre l’amateurisme, et oui, il faudrait trouver le moyen d’adapter l’utopie au moule du XXIe siècle …   

Madeleine Planeix-Crocker