Culture is future » Innovation et numérique

13.04.2012

Imaginez un Internet vide

Imaginez un Internet vide... non pas vide de tuyaux, de réseaux, de couches logicielles multiples, de boîtiers et d’écrans, de backbones et de fibre ou encore des quelque 1,5 million de km de câbles sous marins qui sillonnent les mers et océans pour rendre la magie possible. Ni vide des billets d’humeur, des réactions à chaud, des imitations plus ou moins bienveillantes, des nouveaux services constitués à grand renfort de technologie et d’innovation créative ou par des phénomènes plus sociologiques de partage et de prescription.

Mais vide des livres qui nous ont construits et qui vont nous enchanter. Vide des meilleures répliques de cinéma qui sont devenues des cris de ralliement à partager entre amis et avec sa famille, vide des scènes d'anthologie ou des morceaux de bravoures, regardés en boucle ? Vide des portraits et peintures qui reflètent les couleurs et la vie du Titien, des douze exemplaires des Bourgeois de Calais disséminés aux quatre coins de la planète, des joueuses de Polo pré bouddhiques, de l'œuvre monumentale et fascinante de la dernière exposition d'Anish Kapoor au Grand Palais, des arts de la rue de Robin Rhode, des œuvres numériques de Charles Sandison, de l’univers fascinant de Louise Bourgeois ou de Subodh Gupta ? Vide de la musique aux couleurs de l’Afrique de Salif Keita, de la harpe malienne et du violoncelle du duo magique qui réunit Ballaké Sissako et Vincent Ségal, de la force de Martha Argerich, de l’harmonie intérieure de Jordi Savall et Montserrat Figueras, de l’appel à la liberté de Léonore pour sauver Florestan, des métamorphoses des Beatles, de Bowie, d’Abba ou des Rolling Stones, de la dernière vidéo de Lady Gaga, de la poésie slamée de Grand Corps Malade,  des refrains disparus à la fin de l’été ? Des performances de Pina Bausch, des chorégraphies inédites de William Forsythe, des secrets bien gardés des répétitions des plus grandes compagnies de danse ? Vide du bourgeois gentilhomme dans une multitude de versions, de la Russie décrite dans la cerisaie de Tchekhov, d’un Krzysztof Warlikowski en prise à la technologie ? Vide des reproductions d’Aliénor d’Aquitaine, de Marie Durand, des amants Héloïse et Abelard ou du portrait de Madame de Maintenon pour préparer des exposés ? Vide des poèmes conquérants de José Maria de Heredia, romantiques d’Arthur Rimbaud ou de l’inde actuelle de Tishani Doshi ? Vide de l’écriture polyphonique de Mario Vargas Llosa, des intrigues haletantes de Stephen King, des rêveries de Rousseau, des épopées fantastiques de JK Rowling ? Vide des bishōnen et bishōjo reproduits dans les mangas, des ports d’attache de Corto Maltese, des Spirou et autres personnages de Marjane Satrapi ? Vide des avatars qui défilent sur les jeux vidéos, vide des univers récréés en 2D, 3D, 3D temps réel avant qu’une technologie nouvelle – et déjà existante - ne vienne ajouter un sixième sens. Enfin, vide de toutes les œuvres et ouvrages en devenir.

La fiction ou le questionnement par l’absurde ne mène pas forcément aux bons raisonnements. Même si c’est parfois séduisant…

Alors non, Internet n’est pas vide, mais son alimentation nécessite un recours à l’imagination, au talent et… à un investissement - personnel bien sûr -, mais aussi en argent sonnant et trébuchant. Pour continuer à créer.