Culture is future »

22.11.2013

#FA2013 - Résumé de la session : La culture, combien de divisions ?

Olivier Poivre d’Arvor (directeur de France Culture) précise le périmètre de la session autour de trois questions : Peut-on mesurer les pouvoirs de la culture ? À quelle aune ? Économique, diplomatique, politique ? Facteur de cohésion sur les territoires, elle sait aussi nourrir la dissidence, la concurrence et les conflits. La culture se dissout-elle dans la demande de biens et services culturels ? Quelles divisions se reforment de notre horizon culturel pour le pire comme pour le meilleur?

Lawrence Lessig - Professeur de droit Harvard (USA) a été longtemps le grand défenseur d’un internet libérateur de la culture notamment au travers des « creatives commons » dont il valorisait les vertus pour permettre l’accès à la création à tous. Si internet reste un outil de liberté comme en témoigne les printemps arabes, il constate aussi la difficulté à moyen terme d’en définir l’impact démocratique. Il s’appuie sur l’exemple américain où les politiciens utilisent jusqu’au 70% de leur temps à chercher du financement pour leur élection sur Internet. Internet a pris un ascendant déterminant comme moyen d’accéder aux gens, sauf que pour être entendu et efficace il faut souvent radicaliser ses arguments, un business model qui favorise la surenchère.  Cela explique par exemple la réussite des Tea parties, avec un effet pervers : le blocage des institutions américaines. Internet peut-il nous sauver ? Ce n’est plus très clair à moyen terme, tant la dérive extrémiste pourrit la vie démocratique. Il faut peut-être attendre une nouvelle génération pour sortir de cet engrenage étouffant.

Jean-Michel Jarre. Auteur-compositeur et Président de la CISAC reconnait que sur les questions de propriété intellectuelle les artistes n’ont pas été capables d’envoyer un message clair au public. Elle n’est pas seulement le moyen d’assurer la pérennité économique de la création. C’est le seul moyen démocratique de permettre à tous de vivre un jour de sa création. Il faut inventer un nouveau rapport entre le contenu et le contenant, le hardware et le soft ware. Les antagonistes entre creatives commons et propriété intellectuelle peuvent s’estomper pour une plateforme commune permettant aux créateurs de se financer et aux amateurs de diffuser leur création. L’ouverture des uns ne doit pas se faire au détriment des autres. Il faut actualiser un système conçu au XVIIIe siècle aux conditions de production et de diffusion d’aujourd’hui. Il ne faut pas diaboliser internet ; les artistes ont toujours su se servir des nouvelles technologies. Il va même jusqu’à proposer un ‘eternal copyright’ qui nourrirait un fonds de soutien aux créations de pays émergents. 

Paul Mashatile, ministre d’Afrique du Sud rappelle que la culture un rôle essentiel de développement dans beaucoup de pays. Pour l’Afrique du Sud elle sert à nourrir la réconciliation, à construire une nation. Elle doit aussi permettre de rapprocher les pays. Ce que l’Afrique du Sud appelle l’OBOUTU : je suis parce que vous êtes, permet de tendre la main à l’autre, d’accepter sa différence. La culture est ce pont entre les hommes.

Yonfan, réalisateur (Chine) à travers la destinée de deux femmes artistes la cinéaste allemande Leni Riefensthahl et la comédienne sino chinoise Yushi Yamaguchi (Yoshigo Otaka) comment l’art peut influencer nos vies pas toujours consciemment. Le star system crée des représentations qui nous habitent pour le meilleur ou le pire.

Bernard Landry (Ancien premier ministre, professeur à l’Université du Québec à Montréal, professeur à l’École  Polytechnique de Montréal) constate avec intérêt que les manifestations antimondialistes, remplacés par les altermondialistes, nous invitent à une autre vision de monde. Le vrai danger de la mondialisation reste l’homogénéisation qui constituerait un recul inimaginable. La première valeur d’un pays n’est pas son économie mais sa culture qui sacrifie à l’obsession matérialiste pour apprécier la beauté des choses. 

Proposé par le Canada, l’exception culturelle qui refuse que la culture soit une marchandise comme les autres reste à défendre ; l’idée a fait son chemin mais elle reste à nourrir constamment. 

Plusieurs échos de la salle : Il n’est pas ringard que de défendre l’exception culturelle (Laure Darcos). Il ne faut pas oublier que dans certains pays certains pouvoirs religieux détournent les mots pour instaurer une culture religieuse. En Tunisie, ce sont les créateurs et les femmes qui empêcheront des régressions démocratiques. Mais il faut de l’argent qu’un crowdfunding mondial pourrait faciliter.