Culture is future »

23.11.2013

#FA2013 - Résumé de la journée du Samedi 23 Novembre

La culture comme facteur de paix

‘Quand il y a des rondeurs, tout est possible. Il faut désapprendre l’intolérance. La culture est une manière de contourner toutes les intolérances ’ Plantu

‘ Nous ne pouvons pas favoriser la culture s’il n’y a pas un minimum de justice.’ Anwar Abu Eisheh (Ministre de la culture de l’Autorité palestinienne)

‘Plus la mondialisation efface les frontières, et plus le vertige des grands espaces privés de repères le  pousse à en tracer d’étroites. Voyez le prurit intégriste qui nous ramène aux guerres de religion de jadis, ou la poussée des nationalismes agressifs, ou encore, sur un mode moins tragique, les régionalismes qui mettent à mal le projet européen.  Il n’est pas de culture digne de ce nom – de culture de conciliation - sans un espace public neutre, qui seul permet des formes indispensables de médiation entre l’individu et la collectivité, comme entre différentes collectivités. La prise de parole est une belle et bonne chose, à condition qu’elle obéisse à des règles de rationalité et de civilité.

La culture, quelle culture ? Pas n’importe quelle culture, bien sûr – la culture en tant que création des œuvres de l’esprit humain qui exerce sa liberté créatrice ; la culture humaniste, telle que définie par programme des Lumières, autrement dit la culture centrée sur l’homme libre qui, parvenu à l’âge « adulte », est en mesure de faire barrage à la barbarie. C’est cette culture-là qui offre prise à la politique.’ Elie Barnavi (Israël)

 ‘Nous sommes dans un militantisme de reconstruction. Nous ne sommes pas en phase de la liberté de la femme mais du pays face à un pouvoir voyou. ’ Sana Ghenima (Tunisie)

‘Nous avons besoin de dialogues, pas de confrontation, notamment en termes de droits des femmes. Les femmes ont du pouvoir, mais il faut leur laisser l’épanouir.’ Liza Donnely (Etats Unis)

Relever l’enjeu culturel au lieu de diaboliser le ‘Big data cultural bang’ 

 ‘La vitesse exponentielle avec laquelle la masse de données générées augmente et est stockée, la progression des outils d’analyse et de rapprochement de ces données ainsi que la capacité et l’intérêt que suscitent ces résultats rendent irréaliste un moratoire. Si l’avenir n’est pas totalement clair, il est cependant certain que ceux qui n’auront pas su considérer le défi dès maintenant seront les grands perdants.’ Anticiper la puissance des quelques entreprises capables d’optimiser à leur profit ce qu’EY qualifie de ‘data worthy’ (données profitables) invite les  industries culturelles et créatives à prendre des stratégies qui combiner taille critique, approche analytique et production de contenus, principal enjeu stratégique pour les ICC.’ Bruno Perrin, auteur de l’étude EY pour le Forum d’Avignon 2013, ‘Données personnelles et comportements culturels au cœur  du Big data’.  

Privilégier  une nécessaire phase d’expérimentation test & learn.Il est urgent d’opposer le « principe d’innovation » au « principe de précaution » trop frileux. Pour les entreprises, la compréhension et la protection de la ‘donnée culturelle’ exige une ‘culture de la donnée’ : diagnostic, gouvernance, stratégie et plan d’action’ (EY).

‘Il faut parler d’une valorisation positive de la data, une aide plus qu’une intrusion. Elle permet aux créateurs de mieux connaître leur public. Et d’être découvert par d’autres publics par la recommandation. Il faut laisser la place à l’humain grâce à des équipes éditoriales. Notre travail est de trouver le meilleur équilibre.’  Yann Thebault (Spotify)

‘Les entreprises ont à comprendre que les gens qui commentent sur les réseaux sociaux jouent et qu’il ne s’agit d’un sondage fiable. Il faut sortir des catégories ou de profils déterminés pour trouver les meilleurs flux d’échange et de plus large audience.’ Steffen Wachenfeld (Hitfox)

‘Les entreprises vont pouvoir prédire nos comportements. Il faut se  préparer à une association de plus étroite avec les machines qui vont augmenter nos potentiels pour le meilleur et le pire. Nous devons développer des codes d’éthique pour nourrir la confiance dans les relations, plus qu’un excès de règlementation.’  Rudi Klausnitzer (écrivain)

Identifier les données partageables entre acteurs économiques pour trouver de la valeur. ‘Les entreprises non pas à courir après un modèle Big Data qu’elles ne pourront jamais atteindre, mais à participer au rapprochement induit par le partage des données qui s’annoncent.  De ces convergences vont naître des nouvelles chaînes de valeur non seulement à l’intérieur de chaque industrie culturelle, mais encore entre les industries culturelles, et d’une manière plus générale, entre tous les secteurs d’activités impliqués dans le développement des Smart Cities : la Culture, l’Education, le Tourisme, les Transports, l’Hébergement et le Logement, l’Urbanisme, l’Energie, la Santé, la Restauration et l’Alimentation, l’Agriculture, le Commerce… et les industries de l’Information et des Télécommunications dont la Data est désormais la matière première. » (Philipe Torres, auteur de l’ étude pour le Forum d’Avignon, ‘Big Data = Big Culture ? Le pouvoir grandissant de la Data et ses perspectives  pour l'économie de la Culture’, L’Atelier BNP Paribas) 

Considérer la protection et la valorisation des données personnelles comme un enjeu culturel primordial. ‘En considérant les données personnelles -en particulier culturelles- laissées sur internet comme l’ADN numérique de notre identité, le Forum d’Avignon appelle à une Déclaration universelle des droits de l’internaute et du créateur à l’ère numérique (voir infra) qu’entreprises, Etats et citoyens devront respecter. Le politique s’honorerait à rappeler que la culture est l’essence de l’espèce humaine. L’activité économique oui, mais attention aux valeurs véhiculées par la culture. Et à leur respect’. Nicolas Seydoux (Président du Forum d’Avignon)

La culture au cœur du politique, c’est s’engager pour une Europe de la culture !

Valoriser les bénéfices au sens propre et symbolique de l’investissement culturel,  créateur de valeur, d’emplois et de lien social. La culture est un investissement qui possède ses spécificités propres et ne peut se réduire à sa simple dimension économique. Il faut néanmoins convaincre les investisseurs que l’évaluation d’un investissement culturel peut s’apprécier aussi en fonction de critères qualitatifs mesurables. Le Forum d’Avignon et  ses partenaires du projet Catalyse[1] – FA Bilbao (mars 2014) et FA Ruhr (Essen juin 2014) - publieront une proposition sur la culture comme moteurs du développement urbain et territorial.

Malgré les regrettables tergiversations autour de l’exception culturelle, le Forum d’Avignon et ses participants appellent à une mobilisation des acteurs politiques pour non seulement porter haut les couleurs de la culture et de la création européenne mais pour concrètement mettre en place une politique collective pour une Europe de la culture, qui favorise le développement économique et le bien-être des citoyens. Si c’était à refaire, ne faudrait-il pas commencer par la culture ?

‘Mesurer le poids économique de la culture, en termes d’emploi, en termes de retombées économiques sur nos territoires, ce n’est pas qu’une affaire comptable. C’est l’arme la plus efficace pour couper court aux propos qui font  de la culture le règne du superflu. Et lutter contre l’affaiblissement du surmoi  culturel dans notre pays mais aussi en Europe.

Nous sommes ainsi mieux équipés pour contrer l’affaiblissement de la place de la culture au sein du débat politique, sur le plan national, international mais surtout européen. Car l’Europe a besoin d’un projet culturel pour retrouver un nouveau souffle. Il faut contrer l’affaiblissement de la place symbolique de la culture, il faut re-légitimer l’action publique pour donner un nouveau souffle à notre projet culturel ! L’enjeu aujourd’hui, c’est de repenser cette exception culturelle à l’aune et dans l’ère du numérique.

Le ministère de la culture, au 21ème numérique, en assurer le financement et en protéger les œuvres mais aussi accompagner les pratiques de nos concitoyens. Il est temps de mener une véritable politique des usages pour mettre le citoyen au cœur de l’écosystème du numérique. Je veux favoriser, pour tous, un accès éclairé aux outils numériques et l’expression de la créativité sous ses formes les plus innovantes. La révolution numérique doit être celle de tous les citoyens au service de la création.

Je veux croire que ce qui nous rapproche, créateurs, régulateurs, décideurs publics, entrepreneurs culturels, est plus fort que ce qui nous sépare parfois. J'en appelle à la constitution de cette coalition créative. « Aimer les différences ». C’est pour moi plus qu’une injonction morale, c’est l’essence de la culture. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de cette définition première de la culture que vous nous avez offerte, cher Michelangelo. Car dans notre contexte de crise politique et morale où la tentation est au repli sur soi et à la peur de l’autre, la culture est résistance. Alors que la haine et les violences les plus inouïes se déchaînent contre certains de nos concitoyens, elle est cette force irrépressible qui, toujours, nous ouvre aux autres et nous invite au dialogue.’

Aurèlie Filippetti. Ministre de la culture (France)

 


[1] Catalyse dispose d’un financement du Programme Culture de l’Union européenne. Le Forum d’Avignon Bilbao les 5, 6 et 7 mars 2014, explore Le potentiel des villes comme fabriques de culture.