Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

28.07.2015

Contribution : "Le SESC brésilien, un modèle culturel exportable ?" par Antoine Kauffer

Avec un positionnement original, les SESC brésiliens dynamisent le concept de centres culturels en drainant un public issu de milieux sociaux très divers. Entièrement financées par une taxe parafiscale, ces structures atypiques connaissent un succès grandissant — à São Paulo, quatre nouveaux SESC devraient voir le jour d’ici 2016, s’ajoutant aux 34 déjà installés dans cet état. Mais ce modèle est-il exportable ?


Les sescs, des infrastructures uniques

Entité fédérale privée disposant d'une représentation autonome dans chaque État brésilien, le SESC (Service social du commerce) a été créé en 1946 avec une première antenne à Rio de Janeiro. Depuis lors, il a essaimé, avec actuellement 572 établissements répartis dans plus de 2000 municipalités brésiliennes[1].

Le bénéfice essentiel du SESC provient de sa capacité à mettre en place une programmation culturelle riche, dirigée vers différents publics. A titre d’exemple, le SESC Belenzinho, situé dans une zone populaire de la mégapole pauliste et qui a rouvert ses portes en 2010 après quatre années de travaux. Ce dernier couvre une surface de plus de 35 000 m2  dans laquelle sont abrités piscines, salles de spectacle, bibliothèque, pistes de course, salles d’exposition, gymnase, théâtre, café… Avec des horaires confortables (9h - 22h du mardi au samedi ; 9h - 20h les dimanches et les jours fériés), cette vaste plateforme culturelle à l’architecture unique – une « clairière » selon les mots de son architecte, Ricardo Chahin[2] – mise sur l’éclectisme. En proposant des activités et des spectacles allant du mime à la « manipulation culinaire » en passant par le cirque et le tissage, elle s’assure l’intérêt de la frange la plus large de la population pauliste.²

A l’instar du SESC Belenzinho, les autres SESC, véritables structures « multimodales » déploient leurs actions dans des domaines d'intérêt public de nature diverse (éducation, santé, culture, loisirs), et offrent de nombreux avantages :

  • pour les managers, celui de perméabiliser l'identité muséale loin de toute spécialisation rigide;
  • pour les artistes, celui de favoriser la créativité en décloisonnant les arts ;
  • pour le public, celui de "faire entrer la culture dans la vie de tous les jours, sans que celle-ci se présente comme quelque chose à part"[3].

Le Sesc, un mode original de financement

Le succès du SESC tient notamment à son mode original de financement fondé sur une taxe parafiscale obligatoire de 1,5 % prélevée sur la masse salariale des entreprises du secteur tertiaire.[4] Les fonds sont recueillis par un organisme public, l'Institut de Prospective Sociale de l'Etat qui les redistribue, sous contrôle mixte public/privé, aux SESC régionaux. Ces derniers disposent en retour d'une autonomie totale dans la gestion des ressources qui leur sont allouées et dans l'offre culturelle qu'ils proposent.

Dès lors, l'employé – ainsi que ses proches (conjoint, parents et enfants de moins de 21 ans) – jouit d'un abonnement gratuit au SESC de son Etat fédéral. Une cotisation à très bas coût (~ 20€/an) est possible dans la majorité des Etats fédéraux pour les employés qui ne travaillent pas dans une entreprise tertiaire[5].

Sesc, un modèle reproductible ?

Si le modèle des SESC n'est pas transposable tel quel à l'étranger puisqu'intimement lié à l'histoire et au système fiscal brésiliens, ses vertus peuvent l’être. Il implique en effet un changement de mentalités à la fois de la part des entreprises et de la puissance publique allant vers une plus grande reconnaissance de la culture comme facteur d'inclusion sociale. Dans la mesure où il élargit la perception de la culture, admise au Brésil comme un vecteur de développement, il peut être source d'inspiration pour questionner certaines rigidités institutionnelles européennes.

Antoine Kauffer


[3] Nan Van Houte dans une interview pour le New York Times du 27 mars 2012. Voir (en anglais) : http://www.nytimes.com/2012/03/27/arts/brazils-leading-arts-financing-gr... wealth.html?pagewanted=2&_r=1

[5] Il semblerait que ce ne soit plus possible dans l’état de Sao Paulo depuis juillet dernier. Voir : http://www1.folha.uol.com.br/ilustrada/2014/07/1491065-com-muita-procura...