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20.08.2015

Contribution : "Le cinéma Utopia Manutention, lieu de vie et d’activités culturelles d’Avignon" par Manon Gay

Installé depuis les années 1980 au pied du Palais des Papes, ce cinéma labélisé art et essai a su tirer son épingle du jeu face aux multiplexes en créant intramuros à Avignon un lieu culturel qui participe à l’identité du quartier de la Manutention.


Utopia Manutention, un cinéma qui a renforcé l’attractivité de l’intra muros.

« Lorsqu’on s’est installé à la Manutention, bâtiment que la mairie nous loue et sur lequel nous avons fait à nos frais tous les travaux de gros œuvres, se souvient Patrick Guivarch, gérant des salles Utopia d’Avignon, c’était un quartier qui périclitait. Il y avait la prison Sainte Anne en activité, les gardiens y garaient leurs véhicules, les dealers venaient y faire leur shoots. Depuis il y a l’AJMI, salle de concert Jazz; les Hauts Plateaux, lieu de création et de recherche artistique, et Inouï l’association pour la promotion et la diffusion des musiques inclassables qui se sont implantés. » Devenu un lieu d’activités culturelles attractif de l’intra-muros, l’Utopia a participé à la gentrification du quartier de la Manutention qui est aujourd’hui devenu un quartier de propriétaires et« se boboïse de plus en plus ».

Face au conformisme des multiplexes, une programmation éclectique et une tarification réduite.

Refusant de céder à la seule logique du profit, Utopia s’appuie sur une programmation diversifiée et donne leur chance à des petits producteurs et distributeurs indépendants. D’autant que Utopia furent longtemps les seuls à diffuser des films en version originales. Ne bénéficiant que d'un faible budget publicitaire, le tarif des places est pourtant largement inférieur aux grandes sociétés de distribution comme UGC ou Gaumont. Patrick Guivarch revendique qu’Utopia a lancé le concept du carnet d’abonnement bien avant les cartes de fidélité UGC ou autres. Le gérant était parti d’un constat simple: « un paquet de films qu’on diffusait étaient des films que les gens ne connaissaient pas. On ne pouvait pas leur demander de payer plein pot pour voir des films qu’ils ne connaissent pas. D’où l’idée de proposer un carnet d’abonnement à 4,80 € la place qui donne envie d’aller voir plusieurs films, ce qui a fidélisé notre public. » 

Un cinéma d’avantage pénalisé par l’absence de transports intra-muros que par le téléchargement.

L’évolution de la consommation audiovisuelle, téléchargement, VOD etc., n’est pas le principal obstacle auquel fait face le cinéma Utopia d’Avignon. Patrick Guivarch s’explique: « les téléchargements portent d’avantage préjudice aux puissants qu’aux faibles: on a tendance à télécharger ce que tout le monde connait. » Utopia est donc davantage confronté à des problèmes de circulation dans la ville, d’organisation urbaine. « Quand on dit que les multiplexes sont excentrés c’est faux, argumente le gérant. Si vous regardez la carte, vous vous apercevrez qu’il y a des quatre voies, des parkings: La facilité d’accès profite plus aux multiplexes d’Avignon qu’à Utopia.» Cette carence pose un véritable problème pour la clientèle d’Utopia qui ne peut pas se permettre de passer plus de temps aller-retour dans sa voiture qu’au cinéma. Ni de payer plus cher le parking que la place de cinéma ! Les « smicards » quittent peu à peu le quartier pour habiter extra-muros et seront de plus en plus inaccessibles. Les salles de cinéma Utopia d’Avignon, a leur début, dans les années 80, enregistraient jusqu’à 290 000 entrées. Même si la fréquentation a diminué depuis: 250 000 entrées enregistrées en 2014, le public reste très attaché au lieu car le cinéma reste avant tout une expérience collective.

 

Manon GAY, Master 1 Publics de la culture et communication, Université d'Avignon