Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

11.08.2015

Contribution : "La friche culturelle, terrain de jeux créatifs et dynamique de liens sociaux" par Anne Le Loët

Les friches culturelles se multiplient, permettant souvent à des artistes de trouver des lieux ‘vides’ à investir pour leur donner une nouvelle dimension. Retour sur un phénomène à la fois créatif et social pour les territoires.

Le rôle créatif et social des friches industrielles. Depuis une trentaine d’années, la réhabilitation des friches notamment industrielles que ce soit par des artistes ou des porteurs de projets culturels se sont multipliées en Europe. Le mouvement a débuté en 1970 avec les Halles de Schaerbeek à Bruxelles puis à Berlin avec Ufa Fabrik une ancienne firme de production de film pour émerger en France dans les années 80 avec Confort Moderne à Poitiers.

La friche est conquis parfois de façon illégale ou proposée par les municipalités comme la Poste Lille 3000, elles deviennent de véritables centres de projets artistiques permettant de constituer des relations avec les habitants et une expérience sociale pour des populations confrontées à de nombreuses inégalités : sociales, économiques, urbaines… Citons l’exemple de La friche de la Belle de Mai qui se situe en plein cœur d’un quartier défavorisé de Marseille : cet ensemble architectural imposant et exceptionnel de douze hectares est synonyme des derniers vestiges de l’apogée industrielle de la cité phocéenne que la crise économique a déconnecté de son environnement[1]. Pour pouvoir ré-ancrer ce bâtiment au sein de son quartier, la transversalité artistique et le mélange des publics seront mis à l’honneur.

Symboles de nouveaux projets, nouvelles dimensions culturelles. Les « lieux du possible », selon Fabrice Lextrait et Frédéric Kahn : « L’art advient toujours à l’endroit où on l’attend le moins. Il n’occupe pas une place, au contraire, il libère des espaces, ouvre des horizons qui seront d’abord considérés comme marginaux, pour finalement renverser notre rapport à la norme »[2]. Tous ces espaces délaissés, totalement abandonnés, semblent convenir de par leur nature à un désir des artistes d’investir de nouveaux lieux et ainsi de permettre de pallier à un manque d’espaces dédiés à la création.

Les friches culturelles renforcent la volonté d’une nouvelle manière d’insérer l’art dans la société. Les termes « lieux intermédiaires » ou « nouveaux territoires de l’art », souvent employés pour nommer ces lieux, caractérisent des espaces d’expérimentation de l’art. Pour les acteurs publics et les artistes, ces espaces singuliers apparaissent comme des lieux favorisant l’installation de structures faisant dialoguer les créateurs avec les autres acteurs de la cité. Dès lors, ces démarches artistiques s’apparentent à une forme d’engagement citoyen.

Quel avenir : entre gentrification et expérience sociale. C’est lieux vides voient l’arrivé d’artistes qui change l’ambiance de ces quartiers, qui deviennent « bohèmes ».  Cela entraîne l’aménagement d’un nouveau voisinage attiré par cette atmosphère. Cette phase de la gentrification se caractérise par le développement de cafés et restaurants branchés, etc ainsi qu’une revalorisation immobilière et par conséquent l’installation de ménages plus aisés. Ce qui pousse les habitants originels et parfois les pionniers à partir. Dans une autre perspective, depuis son engagement en Europe, le récit des friches culturelles doit prendre en compte des paramètres de transformation et d’inertie plus importants. L’absolu d’une restructuration des pratiques culturelles et artistiques auprès des populations et de leur espace de vie reste entier. Les nombreux projets mis en œuvre prouvent l’envie et le désir de constituer une nouvelle manière d’établir et d’investir autant l’univers proche que lointain. C’est en cela que les friches culturelles sont synonymes d’un renouveau et apparaissent sous « un vivre en commun » faisant et laissant conjointement une place à la singularité de chacun, même s’il reste difficile pour ces lieux de produire un « récit politique ».

Le chemin est encore long pour que les friches culturelles trouvent le juste équilibre.

Anne Le Loët, Master 1 Publics de la culture et communication, Université d'Avignon

Légende photo : toits de la friche culturelle Belle de Mai à Marseille

Crédit photo : Charlotte Noblet


[1] Issue du site de la friche de la belle de mai : http://lafriche.org/

[2] LEXTRAIT Fabrice et KAHN Frédéric, Nouveaux territoires de l‘art, édition Broché, 27 octobre 2005.