Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

12.04.2013

Contribution : « Danse et handicap, comment transcender le mouvement » par Toute la Culture

Il est de plus en plus courant de voir des spectacles interprétés par des handicapés physiques ou mentaux. Comment est-ce perçu par le public ? Ressent-il de l’admiration, de la pitié, ou réagit-il tout simplement par rapport à la qualité de la représentation ? Nous allons tenter d’expliquer les démarches des chorégraphes pour qui cette mixité entre valide et invalide n’est pas un acte de bienveillance, mais une démarche indispensable qui ouvre aux uns et aux autres des univers insoupçonnés

Il n’y a rien de pire que d’entendre une mère dire à sa fille de 13 ans, à l’issue d’une représentation : « Il faut applaudir parce que ce sont des handicapés ». Cette phrase, je l’ai entendue en 2005 après « Body in question » de l’australien James Cunningham. Ce danseur et chorégraphe a perdu l’usage de son bras lors d’un accident de moto et sa pièce n’est qu’une longue jérémiade mélodramatique sur son état. Sans aucune dignité, égocentrique et dépourvue de sens artistique, cette œuvre ne mérite aucune indulgence.

La réaction de cette mère de famille signifie pitié, compassion et ne fera jamais évoluer le regard sur les différences. Car soit le spectacle est bon, soit il est raté et le fait qu’il soit interprété par telle ou telle personne ne doit en rien influencer le résultat final. Aucun handicapé n’est en quête d’un geste d’apitoiement, de mansuétude. Qu’il soit ainsi de naissance ou suite à un accident, qu’il présente des malformations, qu’il se déplace en fauteuil roulant ou que son état mental soit différent, la seule chose que cet être demande, c’est d’être un Homme et, que celui qui s’imagine valide, ne lui renvoie pas l’image d’un invalide. Pour la plupart d’entre eux, cette différence a exacerbé leur sensibilité. Certains, après un accident sont devenus peintre ou musicien, d’autres comprennent que leur corps si dissemblable des autres est justement un moyen pour se révéler, divulguer ses idées ou utiliser autrement le mouvement dansé.

Les handicapés face aux metteurs en scène et chorégraphes

Nombreux sont les metteurs en scènes et chorégraphes qui, en partageant leurs connaissances et leur art avec des handicapés et font oublier la nature de ces interprètes. Ces derniers apportent même une extrême profondeur aux réalisations. Actuellement, Christian Rizzo se joue avec raffinement du handicap des non-voyants dans « De quoi tenir jusqu’à l’ombre », avec la compagnie de l’Oiseau Mouche dont le lieu à Roubaix est décoré des magnifiques costumes de toutes les créations. Du théâtre de l’Entresort, Madeleine Louarn travaille depuis trente ans avec des adultes handicapés mentaux de l’Atelier Catalyse qui ne savent ni lire ni écrire. Durant plus de trois ans, il a fallu faire apprendre et comprendre le texte des « Oiseaux » d’Aristophane (1) à ces comédiens professionnels et ce fut le même labeur pour toutes les autres créations de cette équipe qui est régulièrement programmée au Festival d’Automne. Assister à une répétition est d’une rare intensité car Madeleine Louarn ne leur fait aucun cadeau.

 

Article à lire en intégralité dans le cadre d’un dossier « Handicap et culture » sur Toute la Culture.

Sophie Lesort pour Toutelaculture.com

 

(1) « Les Oiseaux » d’Aristophane par le théâtre de l’Entresort les 16 et 17 avril au Quartz à Brest

 

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Photo : (C) Alain Monot