Culture is future » Innovation et numérique

26.09.2013

Carte blanche à Arte : Professeur Cyclope, la promesse d’une autre BD numérique ?

Dans quelques jours, Professeur Cyclope sortira son septième numéro sur tablettes. Le mensuel BD 100% numérique lancé par Arte et Silicomix se veut certes créatif et innovant mais porte également des engagements qui tranchent sur le net. Indépendance, rémunération des auteurs, prix abordable ? Chadi Romanos, rédacteur en chef du pôle web D’Arte France, répond à nos questions.

Professeur Cyclope est un magazine sur tablettes : pourquoi choisir ce support ? Et parallèlement choisir une périodicité ainsi qu’un mode d’abonnement hérités de la presse papier ?

Professeur Cyclope est avant tout un mensuel de bandes dessinées et fictions numériques. Ce qui signifie que le papier, l’imprimé, n’en est pas le premier support de diffusion. Mais, même si Professeur Cyclope est parfaitement lisible sur un ordinateur de bureau ou un portable, c’est sa lecture sur tablette que nous avons choisi de mettre en avant. Parce que l’objet s’y prête particulièrement : mobilité, évidemment, légèreté, format, mais aussi et surtout une forme de sensualité dans la manipulation des planches – ce côté soyeux des écrans -, et une qualité exceptionnelle des rendus visuels, des noirs notamment. Il est important de comprendre le rapport au livre, au magazine, à la chose imprimée, pour imaginer ce qui pourrait motiver une forme d’adhésion à la lecture de BD sur tablette.

Le choix de périodicité et des modes d’abonnements hérités de la presse écrite s’inscrit dans la même logique : prélever dans les pratiques existantes ce qu’elles ont de meilleur, de plus efficace. Dans un contexte de sursollicitation des lecteurs internautes, comment faire ressortir Professeur Cyclope ? Nous avons fait le choix de concentrer la proposition éditoriale sur de grands rendez-vous, mensuels, afin de lui donner de la visibilité. Et pour ce qui est de l’offre payante, elle vient compléter une offre gratuite en français et en allemand : ARTE donne à voir l’essentiel des créations originales du magazine chaque mois, les abonnés bénéficiant d’histoires supplémentaires et de la possibilité de stocker et de lire leurs BD hors connexion, via des applications dédiées ou un navigateur web. 

Techniquement et narrativement, cette publication numérique ouvre-t-elle des portes aux auteurs et éditeurs ?

Clairement, le choix de la publication numérique, a fortiori sur tablette, constitue en soi une promesse d’innovation. Professeur Cyclope ouvre donc un nouveau terrain de jeu aux auteurs. Aux nouveaux auteurs, aux jeunes talents, qui inventent de nouvelles formes de narration. Je pense notamment à Stephen Vuillemin et à ses Lycéennes, BD case à case en GIF animés, ou à des créateurs plus installés, comme Marion Montaigne, qui s’essaie au turbo média avec Zapotto (case à case plus séquentiel).

Mais le magazine ne renie en rien les formats « planche », qu’il accueille volontiers. Et, dans la mesure où l’on parle de créations originales, la lecture en est optimisée (scroll horizontal ou vertical, navigation tactile…).

La question des éditeurs est sensiblement différente. Professeur Cyclope est une coédition de Silicomix, structure qui regroupe les fondateurs du projet, et ARTE France. Cette association se veut aussi une façon d’inventer de nouveaux modèles, dont l’avenir dira – nous n’avons produit que six numéros à ce jour – s’ils peuvent avoir valeur d’exemple.

Rémunérer correctement les auteurs est un des engagements de Professeur Cyclope. Cela peut paraitre étonnant quand on sait que beaucoup de projets basés sur la création se lancent sur le net sur la base du volontariat. Comment avez-vous évité cette étape ?

Le fait de s’associer à un projet d’auteurs – je rappelle que Vehlmann, Bonneval, Pedrosa, Tanquerelle et Brüno, les fondateurs, sont des figures de la BD -, c’est aussi comprendre leurs intérêts. L’offre gratuite est abondante sur internet, via des blogs contributifs ou des plateformes d’éditeurs. Mais elle ne relève que rarement de choix éditoriaux. Ce que Professeur Cyclope promet à ses lecteurs, c’est une proposition éditoriale de qualité, inédite et, le plus souvent possible, innovante. Et pour ce faire, c’est un écrin confortable que le magazine doit proposer aux auteurs : des contraintes limitées, une incitation à innover et une juste rémunération. Professeur Cyclope n’a pas pour seule vocation de promouvoir des auteurs ; le magazine ambitionne ne nourrir des lecteurs avec des œuvres originales et, autant que faire se peut, singulières. Ce qui a un coût.

Après six numéros, quels sont les premiers résultats ? En tirez-vous de premières conclusions en termes de « business model » ?

Il est trop tôt, après six numéros, pour dresser un bilan. Des chantiers d’envergure sont encore en cours, d’autres en voie d’aboutir (les applications iOS et Android). L’objectif de l’année était de créer l’offre, annoncée à Angoulême et lancée le 1er mars dernier, et de la consolider. En 2014, nous devrons tous nous atteler à ajuster le modèle, à imaginer les autres vies des œuvres, notamment sur papier, et évidemment à recruter des lecteurs. Aujourd’hui, Professeur Cyclope flirte avec les 1000 abonnés, chiffre qui correspond à la feuille de route qui avait été établie. Le prochain Festival international de la BD sera sans doute l’occasion de revenir sur une année de publication et de donner encore plus de visibilité à Professeur Cyclope.

 

WEAD (Nicolas Guiloineau) pour le Forum d'Avignon.

 

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