Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

17.10.2012

Article - Collection Lambert, argent privé, patrimoine public


Depuis le 15 juillet, la Collection Lambert appartient par donation au patrimoine français, et participe au rayonnement de la ville d’Avignon. Retour sur cette histoire exemplaire de complémentarité privé/public et de transmission d’une aventure esthétique pour les générations futures.

« J’ai voulu tout mettre en œuvre pour que ce “souvenir de moi”, ma collection personnelle, devienne publique, accessible à tous. » Le 15 juillet 2012, en présence du Président de la République  et de la Ministre de la Culture et de la Communication, Yvon Lambert a signé  la donation de sa collection à l'État français ainsi que son dépôt inaliénable dans la ville d'Avignon qui s’est engagée à l’exposer dans son intégralité en un lieu unique avec une extension jusqu'à l'hôtel Montfaucon voisin. Elle constituera ainsi, avec 556 œuvres majeures évaluées à plus de 90,6 millions euros, la plus importante depuis la donation Moreau-Nélaton effectuée en 1906 au profit du Louvre et constituée d’œuvres de Géricault, Corot, Delacroix, Manet, Monet, Renoir, Sisley…

Une aventure éthique et esthétique depuis les années 60

Constituée dès les années 60, la Collection Lambert représente les goûts du collectionneur, ses aspirations et ses passions : marchand depuis cette période, il a combattu les académismes d’une peinture française qui refusait depuis la guerre de reconnaître que le centre mondial de la création n’était plus le Paris des années glorieuses, mais l’Amérique triomphante. L’art Minimal, l’art Conceptuel, le Land art représentent les piliers de cette collection. Dans les années 80, le  marchand-collectionneur s’est tourné vers une nouvelle peinture plus figurative, puis dans les années 90, la photographie a recueilli tous ses suffrages. Depuis les années 90, la vidéo, les installations, la peinture constituent l’essentiel des achats qui permettent d’accroître un fonds toujours tourné vers la jeune création en devenir.

Un ensemble cohérent, pour un pari mémoriel. 

La collection est ainsi constituée d’ensembles très cohérents pour chaque  artiste, au point que pour certains, Avignon est le seul endroit en France où l’on peut admirer tant de chefs-d’oeuvre. C’est le cas  pour Cy Twombly (plus de 30 références) que l’exposition «Blooming» en 2007 a permis de le faire découvrir auprès du grand public, Robert Ryman (plus de 10 peintures sur toile), Andres Serrano (qui a offert au musée 120 photographies en 2006), Sol LeWitt (plus de 35 sculptures, œuvres sur papier et wall drawings), Nan Goldin (70 photographies)… Citons aussi Donald Judd, Brice Marden, Daniel Buren, Dennis Oppenheim, Gordon Matta-Clark, Anselm Kiefer, Miquel Barceló, Julian Schnabel, Jean-Michel Basquiat, Barbara Kruger, Douglas Gordon, Bertrand Lavier, Loris Gréaud, Vincent Ganivet, Zilvinas Kempinas, Vik Muniz, Lawrence Weiner…

Si l’histoire fait son tri, le musée creuse son sillon

Dans le catalogue de l’exposition « Les chefs-d’œuvre de la donation Yvon Lambert »*, le collectionneur  interroge l’histoire de l’art et fait par de ses doutes. « Les noms de Cy Twombly, Robert Ryman, Anselm Kiefer, Christian Boltanski ou Douglas Gordon  résonneront-ils comme des phares qui scintillent et jalonnent l’histoire de l’art ? Le temps nous le dira,  lui qui, sévère et capricieux, retient si peu de noms dans son grand livre illustré. » Au-delà  du travail du temps, le musée qui abrite ses trésors a su s’imposer en douze ans d’existence comme un lieu majeur de la scène artistique contemporaine :  sur le plan national et international en présentant de grandes expositions de groupes ou monographiques  parmi lesquelles Sol LeWitt, Cy Twombly, Miquel Barceló, Douglas Gordon, Roni Horn, Lawrence Weiner, Vik Muniz ; et sur le plan local, en multipliant les partenariats avec des institutions culturelles de la région et en développant une politique culturelle soutenue à l’égard des publics et particulièrement auprès des plus jeunes.

 

*Jusqu’au 15 novembre 2012. A l’occasion de son douzième anniversaire, le musée présente certaines des œuvres majeures de la collection Lambert avec l’ambition de montrer toute la rareté et le prestige de la création la plus pointue de ces 50 dernières années.