Face aux promesses non tenues sur la durée de la 3D, l’industrie cinématographique tente un nouveau pari, la 4D ou le cinéma augmenté d’expériences sensorielles. Point d’étape.
Avec sa reconnaissance artistique (l’Oscar du meilleur film en 2010) et surtout financière (près de 1,860 milliards d’euros de recettes), Avatar sonnait le vrai début de l’aventure 3D pour toute une industrie. L’initiative n’était pas nouvelle (dans les années 50, le relief avait été lancé pour contrer le développement de la télévision)… pour ne rester qu’une curiosité vite oubliée même si le grand Hitchcock s’y était frotté avec ‘Le crime était presque parfait’.
Avec Avatar, tous les espoirs semblaient permis, portés par le discours charismatique de son génial réalisateur. Pour James Cameron, la 3D devient l’outil indispensable pour promouvoir le cinéma sur tous les supports en dynamisant l’exploitation en salles et le renouvellement du langage cinématographique.
Un seul film ne peut pas faire le printemps. Si beaucoup de producteurs ont tenté de marcher dans les pas de Cameron, l’avenir de la 3D ne s’est pas définitivement conforté. Pour au moins trois raisons ; l’inconfort pour le spectateur, lié au port des lunettes ou aux maux de têtes qui s’ensuivent,… or la technologie 3D sans lunettes ne suit pas. Les salles augmentent de 30% à 40% le prix des tickets par rapport à la séance classique. Selon une étude du groupe Scholè Marketing, ces prix ne se justifient plus au regard de la qualité des films, qui, depuis Avatar, ont sombré dans une 3D ajoutée plus qu’une réelle valeur ajoutée esthétique, scénaristique ou technique.
Dés lors, sans véritable innovation, la 3D redevient un effet de mode, une sorte de« gadget », selon Michel Ciment, historien, qui n’arrive pas à s’inscrire dans la durée. Surtout que l’effet 3D exige une maitrise technique et des investissements particulièrement importants. Or les studios ont vite fait leurs calculs. Les chiffres corroborent ce sentiment mitigé : 2011 est ainsi l’année où le point de saturation de la 3D a été atteint, selon le CNC. Bien que de plus en plus de films soient projetés en 3D, le public privilégie la 2D, qui constitue la majeure partie des recettes en salle. Alors que les entrées en 3D constituaient 60% à 70% des recettes du week-end de démarrage d’un film en 2010, elles n’en constituent plus que 40% en 2011.
Entre 2010 et 2011, quelque soit le pays, la part de marché des films 3D reste stable alors que leur nombre a doublé
| 2010 | Part de marché des films 3D | Nombre de films 3D | % des entrées totales | % des recettes totales |
| Allemagne | 20,40% | 24 | ||
| R.U. | 24,00% | 26 | ||
| Corée du Sud | 16,50% | |||
| E.U. | 22 | 20,60% | ||
| 2011 | Part de marché des films 3D | Nombre de films 3D | % des entrées totales | % des recettes totales |
| Allemagne | 22,80% | 46 | ||
| RU | 22,00% | 47 | ||
| Corée du Sud | 22 | 11,70% | ||
| EU | 38 | 19,10% |
Pour les plus optimistes, la 3D constituerait plutôt une première étape vers ce qui constitue l’ambition de tout distributeur pour attirer le public dans les salles : faire appel à tous les sens du spectateur afin de « restituer une illusion parfaite du monde extérieur avec le son, la couleur et le relief », selon René Barjavel, ou le « cinéma total » imaginé par l’historien André Bazin, calqué sur le modèle de l’opéra total de Wagner. Sous réserve évidemment que les auteurs intègrent ces changements de paradigme dans leur réalisation.
Alors, la 4D avatar de la 3D ? Le terme 4D renvoie au cinéma 3D augmenté d’effets sensoriels rendus possible par des technologies présentes dans la salle, telles que la simulation du vent, de la pluie, d’un tremblement de terre grâce aux vibrations des fauteuils ou à des brumisateurs. Des ingrédients qui font le succès des parcs d’attraction... L’expérience est proposée dans environ 175 salles dans le monde. Rien d’autre donc qu’un « marché de niche », selon Scholè Marketing, surtout compte tenu des investissements nécessaires : près de 8 000 euros d’installation par siège 4D contre 4 700 euros pour un fauteuil classique.
Pour l’heure, seul 0,1% du parc mondial d’écrans est équipé pour cette 4D, alors que 15% l’est pour la 3D, un chiffre qui s’élève même à 31,5% aux Etats-Unis. La 4D répond à des demandes culturelles qui varient selon les pays. La Corée du Sud est le plus gros marché consommateur, les Coréens étant désireux de sentir leur fauteuil bouger lors d’une scène d’action et d’être aspergés d’eau lorsque le héros est lui-même arrosé par la pluie… rejoints par d’autres pays comme la Thaïlande et, le Mexique. A l’inverse, les Européens y sont plus réticents. L’avenir de la 4D tient donc d’une part, à la capacité des producteurs à créer des films adaptés à ces marchés, et d’autre part, à l’imagination des exploitants pour rentabiliser ses expériences avec d’autres prestations comme des services hauts de gamme ou des projections privées.
Sources :
Actualités internationales, numéro 231, Les études du CNC, mars 2012
Cinéma total, René Barjavel, 1944
Le mythe du cinéma total, André Bazin, 1946
Les perspectives du cinéma de la 3D à la 4D, Etude Scholè Marketing
Pour ou contre la 3D au cinéma ?, Le nouvel Observateur, rue89, Louis Lepron

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