Culture is future » Financements et modèles économiques

08.11.2011

Toujours plus loin - Le leasing : quand l’art s’immisce dans le monde de l’entreprise…

2008, année d’un choc planétaire tant économique que culturel, sonne-t-il le glas de l’hégémonie de la finance ? Les bulles se dégonflent, sauf une : celle de l’art contemporain qui poursuit son expansion, sous le regard circonspect des commentateurs, qui tentent d’analyser l’appétit toujours croissant des collectionneurs. Ainsi, à l’heure où même les plus grandes compagnies financières peinent à débloquer des fonds propres pour investir, il semble que l’art demeure une valeur « refuge ». Le leasing, procédé de location d’œuvres sur une durée déterminée plus ou moins longue avec possibilité d’achat à prix fixé au terme du contrat, semble correspondre aux problèmes contemporains. C’est ainsi qu’on voit se développer de jeunes entreprises telles The Galerie ou Art Lease dont l’activité principale est de jouer les intermédiaires entre artistes et entreprises. L’entreprise choisit son œuvre, l’intermédiaire l’achète pour la lui louer et finir éventuellement par la lui vendre. Si cette activité reste encore peu développée, notamment sur les marchés européens, elle présente pourtant une dimension sociétale et culturelle innovante. L’art sur le lieu de travail favorise l’appropriation par les salariés de leur environnement immédiat. L’œuvre intrigue, dérange parfois, puis rassemble. La nature des pauses change, du « café-clope » au débat intellectuel sur le sens ontologique de l’œuvre, on franchit un pas et surtout, l’œuvre crée le lieu. D’espaces impersonnels et trop souvent hostiles, les bureaux deviennent lieux personnalisés, sociaux et ici culturels. Pour l’entreprise l’intérêt est multiple : plus qu’une simple amélioration de l’environnement de travail, il s’en suit une nouvelle atmosphère favorable à l’émergence d’une dynamique collective. De plus, la possibilité de vendre l’œuvre à n’importe quel collaborateur au terme du contrat de leasing au prix décoté fixé, offre la possibilité de féliciter un employé ou associé de manière atypique et tout aussi intéressante que  l’incentive financier. Par ailleurs, sur le plan financier, le leasing est considéré comme une charge sociale dès lors que lœuvre est exposée dans l’enceinte de l’entreprise, c’est donc une charge fiscalement déductible... Ainsi, au regard des avantages procurés par ce type de mécanisme, l’expansion de ce procédé ne devrait-il plus tarder. 

Il est intéressant de remarquer que cette tendance semble conquérir en premier lieu les nouveaux acteurs du marché. La galerie Alexandre Cadain, galerie d’art contemporain située rue Quincampoix dans le 3ème arrondissement de Paris, témoigne de cet engouement pour ce nouveau mécanisme de vente : d’une vente traditionnelle qu’on qualifierait de « b to c » réalisée en galerie, on s’oriente vers un « b to b » avec l’intermédiaire qu’est l’entreprise avant la vente finale à un particulier. Alexandre Cadain, 21 ans, étudiant en Master à HEC Paris, a fondé sa galerie il y a maintenant trois ans et ne s’est lancé que récemment dans le leasing. C’est, selon lui, la meilleure alternative au ralentissement de la vente en galerie : 80% des ventes sont réalisées lors de vernissages, reflétant la faible activité d’une galerie au jour le jour. Bien qu’il se refuse à en faire son activité principale considérant la vente traditionnelle comme essentielle à son activité, il estime que le leasing est actuellement un des procédés de démocratisation de l’art contemporain des plus pertinents. Dans une société où la peur d’entrer dans une galerie entretient un déficit de curiosité latent pour l’art contemporain, le leasing permet de lutter contre l’opacité de ce courant trop souvent considéré comme excentrique ou inaccessible aux « non-connaisseurs ». En réaction à cette réticence sociale, la galerie Alexandre Cadain anticipe la demande et organise des conférences introductives en présence de l’artiste pour les entreprises avec lesquelles elle développe un contrat de leasing. L’entreprise est non seulement conseillée dans son choix et dans la mise en scène des œuvres dans l’enceinte des bâtiments, mais elle bénéficie également d’une présentation inaugurale afin d’expliquer les œuvres exposées, ouvrant ainsi les portes de l’art contemporain à l’ensemble des salariés. 

 

Une contribution d'HEC/Margaux GREGOIR