Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

25.10.2011

Toujours plus loin - L'art peut changer la ville en 72h chrono

The 72 hours Urban Action pour la biennale de Bat Yam

La création peut transformer la ville en deux temps, trois mouvements et, surtout, avec un petit budget.

C'est ce qu'ont montré les lauréats du concours organisé dans le cadre de la biennale de design urbain de Bat-Yam en Israël en 2010. En 72 heures, avec un budget de 2500 euros, les 10 équipes participantes ont dû transformer un coin de rue, un trottoir, un bout de place publique pour les rendre plus beaux, plus pratiques, plus conviviaux. C'est à dire 72h chrono pour conceptualiser et monter la réalisation, en passant par les croquis et l'achat des matériaux. 72 heures pour améliorer la ville en tant qu'espace de vie et de lien social. Bien sûr, l'épreuve s'adressait naturellement aux designers, mais le concours était promu comme ouvert à tous ceux voulant mettre la main à la pâte, artistes, urbanistes, etc. Bat-Yam, banlieue modeste de Tel Aviv en bord de mer, se prêtait bien à ce défi. Bien peu de monde doit penser que cette ville, mal reliée au centre et séparée du bord de mer par des bars privés et une voie rapide, possède une belle architecture et une organisation urbaine pensée.

Les réalisations étaient destinées à rester en place durablement, contrairement à ce que l'on peut voir dans les biennales de design habituelles, où les innovations sont désinstallées après l'évènement.  C'est pourquoi le maire de Bat-Yam figurait parmi les jurés, tandis que Glenn Wiess, responsable de l'art public et du design au New York Times et Square alliance et également membre du jury, affirme que Bat Yam, plus que d'autres évènements du même genre, "établit une relation entre des évènements temporaires et de potentiels changements permanents".

L'idée de Kerem Halbrecht, l’architecte concepteur du concours, était de montrer que les politiques urbaines ne sont pas forcément longues et coûteuses à mettre en place. Si la créativité et la volonté sont au rendez vous, l'espace public peut répondre en temps réel aux besoins en mutation. Ce concours voulait également jouer sur la privatisation de l'espace publique que l’on peut actuellement observer dans les villes. Comme l'explique Kerem Halbrecht, " Nous vivons dans un monde où de plus en plus d'éléments sont privatisés, c'est à dire qu'ils appartiennent à quelqu'un. Je cherche à trouver des moyens de travailler au cœur de cette réalité, et à permettre la mise en place de lieux et de services détenus par des personnes privées mais publiquement accessibles, où tout le monde y gagne."

Premier Prix : "Northern Gate" par l’équipe But, Yam. Mission : «Créer un espace public qui permette plusieurs usages à différentes heures de la journée, et établisse une entrée vivante pour le centre ville.» 

Un des deux lauréats fut «Northern Gate», corridor de bois créé par l’équipe BUT, YAM  pour répondre à la mission de «Créer un espace public qui permette plusieurs usages à différentes heures de la journée, et établisse une entrée vivante pour le centre ville.» Le lieu de la mission était à la fois un parking, le lieu de rendez-vous d’habitants se rendant aux deux synagogues situées aux coins de la place, et l’entrée du Business District. Barrière pour les voitures et passage ombragé pour les piétons, ce corridor structure la place, propose une perspective étonnante et crée un jeu d’ombres, de jour comme de nuit. L’équipe lauréate a également repeint les lignes du parking parallèlement au couloir, optimisant les flux de passage et augmentant le nombre de places de parking disponibles.

 

Premier prix : «Lobby», par l’équipe de Dasding Hoffman, répondant à la mission : «Fournir aux habitants de la tour un espace public de haute qualité et accueillant»

 

L’autre premier prix revint à l’équipe de DASDING HOFFMAN: leur mission était de transformer l’espace public bas d’une tour devenue un centre pour retraités en un espace vivant et accueillant. Couleur, fonctionnalité et mouvement ont été leurs mots clefs : ils ont créé d’ingénieux bancs en bois accrochés à un muret mais pouvant être déplacés, tandis que de grandes bandes de tissus de couleur accrochées aux fenêtres des premiers étages fournissent de l’ombre aux passants.

 

 

De nombreuses biennales jeunes et innovantes comme la biennale de Bat-Yam ont vu le jour ces dernières années. Ces nouvelles biennales sont comme un baromètre de la création artistique : la géographie de l'éclosion de ces biennales donne une idée des nouveaux pôles dynamiques de la création, tandis que les médiums mis à l'honneur révèlent les tendances actuelles. Si Bat-Yam, dont la première édition a eu lieu en 2009, est dédiée à l’urbanisme, Soundwave révèle les dernières innovations sonores à San Francisco depuis 2004, Media_city Seoul met à l’honneur l’art numérique depuis 2010, Arte Nuevo InteractivA à Mérida au Mexique recense les innovations dans l’art interactif, pour ne citer que ces quelques biennales. En ce qui concerne l’art contemporain plus conventionnel, au cours de ces 10 dernières années, Curitiba au Brésil, Athènes, Singapour, Göteborg en Suède, Yokohama, Moscou et Bucarest ont créé leur propre biennale, sans doute pour affirmer leur attractivité artistique face à un pôle régional dominant (Londres, Copenhague, Rio, Hong-Kong, Tokyo, Venise...), et doivent faire appel à une certaine innovation artistique et marketing pour ne pas simplement «copier» les grandes biennales historiques.

 

Une contribution d'HEC/Abigaïl Aron

Photos : Mor Arkadir