Culture is future »

23.11.2011

Toujours plus loin - Quelques réflexions personnelles sur ce qu’est vraiment la culture…

Lorsque nous avons appris que nous allions participer au Forum d’Avignon, les autres étudiants et moi-même nous sommes retrouvés à un café à nous poser la question : qu’est ce que la culture ?

Les premiers mots qui nous sont venus à l’esprit étaient simples : art, théâtre, musique, etc… Ensuite nous avons pensé à la culture nationale – qu’elle soit suédoise ou Européenne; puis à la culture familiale et celle partagée au sein d’un cercle d’amis; et plus largement à la culture du travail, se manifestant aussi bien en réunion que lors de la pause déjeuner. Enfin, il y a la culture collective, celle qui consiste à être humain, avec pour seules limites celles de la terre. 

Lorsque je suis rentrée chez moi ce soir là, je me suis mise à réfléchir à ce qu’était vraiment la culture. Cette notion si large et tellement intégrée à nos vies de multiples façons.  D’où vient la culture et pourquoi tient-elle cette place? 

Ma théorie est que la culture s’est d’abord développée de façon très pratique. Les choses étaient faites d’une certaine façon, tout simplement car c’était la seule connue et que, par expérience, les individus avaient appris à faire les choses de la manière la plus simple possible.  

La connaissance était transmise de génération en génération à travers des chansons et des récits, emplis d’informations simples sur quoi manger, comment chasser et toutes ces choses qui contribuent à forger la philosophie autour de ce qui fait réellement l’essence de la vie.  

Quelque part, une scission s’est opérée entre la culture pratique, liée au fonctionnement des choses, et celle consistant à prendre plaisir tout simplement et à apprécier la vie, dépassant le fait d’être simplement en vie. 

Ces deux distinctions sont les deux que je peux voir dans la culture aujourd’hui. L’une renvoie à l’art et à la musique : appelons-la la « culture plaisir ». La seconde est la culture se manifestant au sein de nos familles, du monde du travail et de nos pays : appelons-là la culture pratique. 

La culture pratique a pour objectif de nous aider à comprendre comment les choses sont faites et fonctionnent. Il existe des normes et des cadres régulant toute activité, influant sur la manière dont nous collaborons, travaillons et vivons ensemble. Sans la connaissance de cette culture pratique, ou lorsque celle-ci diffère (par exemple lorsque l’on change de travail), un certain laps de temps doit être consacré à l’adaptation et au changement de la culture existante. Le « bon sens » justifiant certaines choses fait partie intégrante de tout système culturel, mais est loin d’être évident pour celui qui découvre une culture. En tant que suédoise, je sais que me déchausser en entrant dans une maison est un signe de respect envers mon hôte. Toutefois, au Danemark, enlever ces chaussures ne se fait pas, le sol pouvant être « sale et froid ». J’ai encore du mal à ne pas considérer les danois comme durs et manquant de savoir-vivre lorsqu’ils pénètrent chez moi avec leurs chaussures, bien que j’habite désormais au Danemark. Ce « bon sens » avec lequel nous grandissons est difficile à changer – il est plus simple de s’adapter dans le monde du travail mais cela demande du temps avant de pouvoir être considéré comme un des « anciens » à qui il est possible de poser n’importe quelle question. 

La « culture plaisir » n’est pas liée au fonctionnement des choses, mais contribue simplement à donner du sens à la vie ainsi qu’à l’expression des croyances, des jugements sur ce qui est beau ou encore des sensations sur ce qui donne l’impression à un individu d’être vivant. Elle participe à l’expression de soi, à la communication et à la constitution de l’identité, à travers des œuvres fondés sur ce que d’autres ont exprimé ou nos propres sentiments, exprimés de manière personnelle. Elle concerne la vie et la façon de ressentir la vie. Elle met en relation les individus dans le but de passer un moment agréable ou de se comprendre. C’est une façon de communiquer avec ceux qui partagent nos idées, comme à d’autres pensant différemment. Si quelqu'un possède des goûts à l’opposé des vôtres, il peut être difficile de comprendre cette différence. Cela n’a aucun lien avec le fait d’être amis, de travailler ensemble ou de ne pas se connaitre. Combien de fois ne nous sommes-nous pas retrouvés pris dans une discussion sur un genre de musique particulier avec un parfait étranger admirant tous nos artistes préférés ? Ou, de la même façon, nous sommes-nous demandés ce que nos parents ou enfants pouvaient bien trouver à la musique qu’ils fredonnent tout au long de la journée ?

En bref, je dirais que la culture pratique consiste à comprendre la réalité dans sa globalité, comme une réalité unique liée à une situation particulière. La culture plaisir donne elle du sens à la vie, à nos vies.

En filigrane des deux se trouve l’identité. La culture existe pour nous donner une identité, nous permettre de nous identifier, de nous exprimer, de communiquer et de travailler ensemble. 

Nous regardons des œuvres d’art et nous identifions à elles, expriment ce que nous sommes, nos pensées et sentiments de cette façon.  Dans chaque endroit où nous évoluons – au travail, à l’école ou au sein de n’importe quel groupe, nous renvoyons des informations sur le fait que cet environnement nous convienne ou non. Nous nous identifions à la culture, tentons de la changer ou prenons simplement de la distance. La culture nous représente et nous permet de nous identifier les uns les autres. 

Nos cultures ont longtemps été séparées entre nationalités et classes et il a été difficile de s’identifier à des gens pensant différemment. Avec la mondialisation, et notamment le développement des réseaux sociaux, les frontières culturelles disparaissent.  

Tous les différents types de culture se diffusent et sont partagés à travers le monde sous de multiples formes, que ce soit de la musique latino-américaine ou la stricte maitrise du temps propre à l’Europe du nord. De même, les cultures populaires et nationales se propagent. Des personnes à la mode de Bogota, de New-York ou de Stockholm  ont probablement plus en commun entre elles qu’avec leurs voisins. 

Les gens tendent à s’identifier à ce qui est concret pour eux et ce qui leur donne du sens, indépendamment des frontières de leur pays. Nous nous habituons à naviguer entre différents types de culture, et à emporter avec nous ce que nous apprécions. Cela ne signifie pas que quelques années après notre culture ne sera pas différente, mais que, en tant qu’individu, il est possible de s’identifier à une culture et pas seulement de s’adapter à la culture dans la laquelle nous évoluons. Cela nous permettra de rencontrer des personnes que nous n’avions jamais comprise auparavant, de nous ouvrir à la diversité comme force et de nous ouvrir de manière à laisser chacun construire sa propre identité et s’exprimer à sa manière. 

Je crois que dans l’environnement mondialisé d’aujourd’hui et dans le contexte de développement des réseaux sociaux, nous nous avançons vers un futur empli d’identités multiples, connectées par une culture riche et offrant des perspectives différentes à chacun. 

Avec l’expansion d’une culture “ouverte”, nous créons de nouvelles opportunités et mettons en place un langage permettant une meilleure communication des uns avec les autres.  

 

Une contribution de Kaos Pilot/Johanna Valentin

Credit photographique : Eoghan OLionnain