Culture is future » Innovation et numérique

18.10.2011

Toujours plus loin - Circus Oddity : Laliberté, Fratellini, Pekin, la révolution est en marche !

Le cirque est par essence un spectacle vivant à vocation populaire. Au XXème siècle, le cirque obtient ses lettres de noblesse grâce au cirque ménagerie qui mêle magie, domptage d’animaux exotiques aux acrobaties folles de trapézistes et gags ancestraux de clowns peinturlurés. Mais à partir des années 70, ce modèle s’essouffle malgré la création en France et à l’étranger des nombreuses écoles d’arts du cirque. Ainsi un mouvement novateur voit le jour qui  peu à peu transforme le visage de cette institution du divertissement et du spectacle vivant.  

Le Cirque du Soleil est l’exemple même du mouvement de transformation qui bouleverse depuis les années 80 le milieu du cirque traditionnel.

Lorsqu’en 1984, Guy Laliberté fonde le cirque du soleil, cet éternel saltimbanque des temps modernes  est loin de se douter du succès dont il va bénéficier. En effet, par des spectacles toujours plus innovants et créatifs, le cirque du soleil jouit rapidement et dès ses premiers spectacles d’une popularité et d’un public important. En laissant libre court à l’imagination d’artistes et de différents talents, le cirque du soleil va peu à peu éclipser l’image traditionnelle du cirque forain. C’est la fin de l’image d’un cirque du passé avec ses animaux faméliques et les éternels clowns terrifiants. Place à une évasion visuelle et auditive. Les acrobates, gymnastes et cracheurs de feu permettent aux spectateurs de rêver au rythme de « tubes » de légende.

Mais la transformation ne s’arrête pas au simple renouveau artistique, le cirque du soleil se démarque aussi par sa fonction sociale novatrice.  L’histoire de son créateur, Guy Laliberté n’y est pas étrangère. En effet, marqué par une jeunesse aventureuse, il a imprégné sa conception du monde et de la société à son entreprise. Ainsi apparait la notion de cirque « social », où le cirque quitte son rôle simple de divertissement enfantin pour devenir le tremplin d’une cause caritative.  L’immense popularité du cirque du soleil  (depuis 1984, 100 millions de personnes ont déjà assisté à un spectacle du cirque du soleil) et ses ressources (chiffre d’affaires 2010 : 775 millions de dollars) lui ont permis de s’impliquer auprès de jeunes en difficultés et désormais. Il intervient par le biais d’ONG partenaires dans plus de 25 pays (dont Haïti, Honduras, Salvador, …) pour lutter contre la pauvreté. Le cirque du soleil symbolise le nouveau visage du spectacle forain où le spectateur contribue par sa présence à l’entretien d’un idéal, celui d’un monde meilleur. Cette implication se traduit notamment  par l’association One drop (fondation pour l’accès à l’eau potable) créée par Guy Laliberté. 

Ainsi l’image de petite troupe itinérante laisse place à une véritable multinationale où travaillent plus de 5000 employés. Par ailleurs, l’itinérance s’est peu à peu métamorphosée et le cirque malgré les tournées mondiales qu’il effectue s’est sédentarisé en spectacles permanents un peu partout dans le monde.

L’engagement social pris par le Cirque du soleil n’est pas le seul critère permettant d’évaluer le changement effectué par le monde du cirque. L’Académie Fratellini en est une autre facette. En effet, l’héritière de l’Ecole nationale du cirque illustre bien la transformation du cirque traditionnel.

L’Ecole nationale du cirque est fondée en 1975 par Annie Fratellini. Cette femme née en 1932 est la digne héritière de la passion et de l’engagement des trois frères Fratellini, clowns mondialement connus entre 1909 et 1940. A sa mort en 1992, l’Ecole nationale du cirque prendra le nom de cette artiste accomplie qui a su tout au long de sa carrière jongler avec ses différents talents (comédienne, actrice, musicienne, …).

L’Académie marque une autre évolution du monde du cirque la sédentarisation. En effet la troupe traditionnelle itinérante, montant son chapiteau de village en village s’est peu à peu effacée sans pour autant disparaitre au profit de structures plus importantes et donc non mobiles. Ainsi le Grand Chapiteau de l’Académie conçu par l’architecte Patrick Bouchain est le premier cirque « en dur » du XXIème siècle.

L’Académie transforme ainsi la vie itinérante de l’apprenti forain en une véritable formation mêlant avec ingéniosité enseignement individualisé et alternances professionnelles. L’apprenti acrobate n’est plus un aventurier parti chercher la fortune au gré des routes et des rencontres mais un véritable étudiant bénéficiant de tous les avantages d’une école organisée (partenariats internationaux, stages avec différentes troupes de cirques théâtres et opéras partenaires).  L’Académie, même si désormais sa fonction première est de former les futurs artistes de cirque de demain, n’a pas abandonnée sa fonction première et participe à l’élaboration de spectacles qui auront lieu dans ses murs ou à l’extérieur. Ainsi l’Académie est devenue une plate-forme tournante du monde du cirque en Europe et une référence dans le monde.

Enfin il est nécessaire de noter l’importance d’un nouveau phénomène lié sans nul doute à la globalisation et la naissance d’une culture mondiale. Le cirque s’exporte. On peut prendre facilement comme exemple le cirque chinois. Incarné dans le grand cirque de Pékin ce spectacle bien particulier a pourtant ravi des millions de spectateurs. Très particulier, ce cirque se caractérise par la maitrise d’une discipline complète qu’est l’acrobatie chinoise. Ce terme vague englobe de nombreuses spécialisations comme la danse, l’équilibre ou encore le jonglage. Longtemps oublié en Chine, le Cirque chinois renait au début du XXème siècle par une modernisation des pratiques, des costumes et des chorégraphies. Impressionnant par la maitrise de leur discipline, les Etoiles du Cirque de Pékin vont connaitre un succès mondial en adaptant une légende chinoise mondialement connue, la légende de Mulan. Popularisée par les studios Disney, cette histoire revit à travers les différents numéros dans lesquels la culture chinoise s’exprime et vit au niveau mondial. Rattrapées le succès les Etoiles du Cirque de Pékin sont aujourd’hui encore en tournée en Europe.

A l’instar du cirque, la magie traditionnelle elle aussi a su faire face au déclin. Introduite par Raphael Navarro, « la magie nouvelle » n’est plus un ensemble de tours mais une véritable performance artistique. Le magicien dépasse son rôle de prestidigitateur pour devenir un scénographe jouant avec virtuosité de la lumière et de ses accessoires.   

Le cirque moderne n’a du cirque d’antan que le nom. Les numéros ont changé, ils sont le savant mélange d’innovations techniques (lumières, hologrammes,…) et de prestations d’athlètes de haut niveau repoussant chaque jour les limites du possible.

« The show must go on ! »

 

Crédit photographique : klimari

Une contribution de Théo de Saint-Pierre.