Culture is future » Financements et modèles économiques

20.01.2012

Toujours plus loin - Cinéma - fréquentation, productions nationales et numérique : tour du monde en 1400 mots

Quelles tendances pour le cinéma dans le monde ? Evolutions sociétales, fluctuations économiques, apparition de biens culturels et de supports concurrents tels que la télévision ou la vidéo, nouvelles pratiques liées au numérique : le secteur du cinéma ne se distingue pas des autres secteurs culturels quant aux opportunités et aux maux des années 2000-2010. En revanche, les réponses apportées (mesures de soutien et de régulation émanant des institutions publiques, nature des œuvres créées et diffusées, attentes du public) sont elles bien distinctives. Rapide tour du monde, réalisé notamment grâce aux études du CNC, dont le dernier bilan International de décembre 2011 paru en janvier 2012.

 

Fréquentation et recettes : un bilan mitigé
Au niveau mondial, on constate un recul moyen de 4.9% des recettes en salles au 1er semestre 2011 (alors qu’en France on constate une augmentation de 4.2% sur l’année 2011 – baisse de 6.2% au premier semestre 2011 compensée par une hausse de 14.8% au second semestre). Des variations demeurent notables entre les pays, avec des baisses fortes en République Tchèque (-30.6%), au Japon (-16.8%), en Nouvelle-Zélande (-13%) ou encore en Amérique du Nord (-8%). En Europe, si l’Allemagne ou les Pays-Bas voient leurs recettes augmenter, l’Italie (-10%) et l’Espagne (-5%) connaissent des baisses effectives, tout comme le Royaume-Uni dans une moindre mesure. La Chine se hisse elle en haut du classement avec une croissance de 23.9% de ses recettes. En Amérique du sud, la tendance est également à la hausse du fait de la croissance de la fréquentation, qui, allant de pair avec l’augmentation du prix des places, permet de générer des recettes satisfaisantes. (Screen Digest, Septembre 2011)
Les films diffusés sous de nouveaux formats (e.g. 3D, Imax) contribuent de façon de plus en plus effective aux recettes – les places étant vendues à un prix plus élevé, même si la croissance du nombre d’entrées n’est pas toujours évidente. En effet, si l’on constate une hausse généralisée du nombre de films proposés en 3D dans la plupart des pays, la part de marché de ces films n’augmente pas toujours : en Allemagne, leur part de marché a ainsi diminuée de 1.9% au 1er semestre 2011 par rapport à la même période en 2010.
Les évolutions du nombre d’entrées sont également hétérogènes à travers le monde. En Allemagne, le nombre d’entrées augmente de 2.2%, et ce malgré un baisse du nombre d’établissements cinématographiques, avec un nombre de fauteuils passant pour la première fois sous les 800 000 depuis 1998. Au contraire, le Danemark accuse un recul de 6% des entrées en salle, de même que l’Espagne où ce recul atteint 4.3%. En Corée du Sud, la fréquentation et les recettes connaissent, elles, une baisse avoisinant les 2%. De manière générale, l’apparition de supports concurrents et la diversification des pratiques culturelles ont touché le secteur du cinéma. Ainsi, en Italie, une étude a révélé que, si 27 millions de spectateurs sont allés au moins une fois au cinéma en 2010, près de 48% de la population âgée de plus de 15 ans ont déserté les salles obscures, depuis 5 ans pour 56% d’entre eux. Les films semblent toutefois diffusés de manière plus large via d’autres médias comme la télévision, un tiers de la population italienne regardant au moins un film par jour sur des chaines généralistes.
Un autre facteur d’explication pourrait être la hausse des prix des billets. Relativement stables en Europe (autour de 7.4€ en Allemagne ; stabilisé autour de 6.7€ en Espagne) malgré de légères augmentations, inévitables du fait de la diffusion de films sous de nouveaux formats, cette hausse semble être en partie à l’origine de la baisse de la fréquentation aux Etats-Unis. En effet, les prix des billets ont augmenté deux fois plus vite que l’inflation depuis 1999. Sur cette période, la fréquentation a ainsi baissé de 10%. On note par ailleurs une préférence du public américain pour le format 2D lorsque le film est proposé en plusieurs versions : les spectateurs se montrent peu enclins à payer un surcout pour voir un film en 3D selon une étude menée en 2010 par le cabinet PriceWaterhouseCoopers.

Un marché marqué par la remontée des productions nationales
Une tendance notable touchant le secteur du cinéma est le repositionnement des productions nationales sur un marché encore dominé par les productions américaines.
Ce repositionnement peut passer par des impulsions publiques comme en Argentine, où, alors que plus de 80% du box office est pris d’assaut par des films américains, la mise en place d’une taxe sur la diffusion de films étrangers en salle va dans le sens d’une volonté de promotion des productions nationales. La demande interne confirme également cette tendance : en Allemagne, au Danemark, en Corée du Sud ou encore en Espagne, la première place du box office était détenue par une production nationale au premier semestre 2011.

Tableau : Panorama du positionnement des films nationaux dans 8 pays au 1er semestre 2011


 

 

 

 

 

 

Un secteur touché par de profondes transformations
Le secteur connait actuellement de nombreuses transformations, tant en termes de technologies que de type de contenus et de pratiques. D’un côté, la numérisation introduit une plus grande liberté dans le choix des films diffusés et permet la promotion de films plus diversifié. De l’autre côté, des contenus alternatifs tels que des retransmissions d’événements culturels (opéras, pièces de théâtres, concerts) ou sportifs - et donc de nouvelles expériences, sont mis en avant répondant à de nouvelles attentes du public.
Au Royaume-Uni, le succès de la diffusion de contenus alternatifs constitue ainsi une évolution notable pour les salles de cinéma, portée par la hausse constante du nombre de salles numérisées (67% du parc devrait être numérisé en 2011). En Norvège, le nombre d’entrées connait une hausse, bénéficiant notamment du déploiement du numérique. 80% des salles norvégiennes sont désormais équipées pour proposer des films en 3D, ce qui permet une meilleure diffusion des films. L’exemple de la Russie qui  poursuit également sa conversion au numérique avec 47% des écrans équipés, va également dans ce sens. 99% des écrans numériques sont compatibles avec les technologies 3D permettant une fois encore la promotion de contenus alternatifs connaissant une augmentation effective de leurs diffusions en 2011 à travers le pays.
Enfin, il est intéressant de noter que si l’exportation de films tend à se ralentir dans un certain nombre de pays à l’instar de l’Espagne (-27.2% entre 2009 et 2010), celle de programmes télévisés ne connait pas toujours la même évolution, notamment du fait d’une attirance notable pour les programmes multi-plates-formes et transmédia.
En Espagne, les exportations télévisuelles augmentent ainsi de 9.2% entre 2009 et 2010. Au Royaume-Uni, l’exportation de programmes télévisuels croît également de 13% en 2010. Parmi les facteurs permettant une diffusion accrue de ces programmes figurent le côté innovant de ces productions et bien sûr la langue, les Etats-Unis attirant plus du tiers des exportations en provenance du Royaume-Uni.
Les offres multiservices, de même que la promotion de la télévision sur Internet, la mise en ligne de vidéos ou encore la montée d’autres produits audiovisuels, tels que les jeux vidéos tendent donc – et ce n’est pas une surprise - à concurrencer le grand écran. Quelques chiffres :
-    A Malte, la télévision payante est présente dans 92.2% des foyers à travers deux opérateurs proposant des offres multiservices, de type « box » aux usagers.
-    En Suède, les revenus de la télévision sur internet continuent d’augmenter s’élevant à 32M€ en 2011 (environ 80% dérivent de la publicité). La télévision de rattrapage reste ici le service le plus consommé, même si la presse suédoise s’est très tôt engagée sur ce segment de marché en proposant de nombreuses vidéos en ligne.
-    En Australie, 92% des foyers possédaient au moins une plate-forme dédiée aux jeux vidéo. Ce chiffre atteint 93% en Nouvelle-Zélande. Avec 99% des foyers australiens équipés d’un ordinateur, l’environnement numérique est ici fortement marqué par la généralisation de nouveaux supports et modes de consommations de biens culturels.

Sources
•    Actualités internationales n°230, Cinéma et Audiovisuel, Décembre 2011, Les études du CNC
•    Fréquentation des salles de cinéma - estimations de l’année 2011, Direction des études, des statistiques et de la prospective, 3 janvier 2012, CNC
•    Ragot Sophie, Le cinéma est-il devenu un loisir de luxe ? Une étude économétrique de la demande française, in Revue d’économie politique, Janvier-Février 2010, Dalloz

Crédits image : Rictome

Pays
Part de marché des films nationaux     Croissance par rapport à la même période en 2010    Nombre de films nationaux présents au box office     Part de marché des films américains
Allemagne    20.9%    1.8%    2    65.5%
Chine    51%    10%    N/A    N/A
Corée du Sud    48%    8.9%    6    46%
Danemark    29%    12%    3    N/A
Espagne    17%    7.9%    N/A    N/A
France    41.6% (estimation pour l’intégralité de l’année 2011)    5.9%    2 (estimation pour l’intégralité de l’année 2011)    46%
Norvège    17.4%    1%    7 (top 20)    N/A
Royaume-Uni    32.3%    8.3%    N/A    66%
Source : CNC/Forum d’Avignon