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04.11.2011

Qui est Richard-David Precht ?

prechtParmi les intellectuels contemporains, Richard David Precht se singularise par le statut qu’il revendique : il faut « accepter le mandat du philosophe, qui consiste à ouvrir les disciplines et à s'intéresser aux sujets importants pour la société. »  

Né en 1964 à Solingen, Richard David Precht a étudié la philosophie et l’histoire de l’art. Il a publié de nombreux ouvrages de fiction ou de philosophie. Passionné des sciences, il a reçu notamment en 2001 le prix de journalisme pour la recherche biomédicale.  

C’est lors d’un passage sur une émission télévisée allemande qu’il se fait connaître ; non conventionnel, il détonne avec sa nouvelle vision du philosophe allemand. Son livre Wer bin ich, und wenn ja, wie viele  (Qui suis-je, et si je suis combien ?) devient alors un succès en librairie, vendu à presque un million d’ouvrages. L'analyse philosophique et sociologique qu'il y fait des rapports humains permet à un large public de comprendre des problématiques philosophiques souvent complexes. 

Sa volonté est de pouvoir confronter la philosophie avec d’autres disciplines, en leur apportant un éclairage nouveau. Il remarque aussi qu’on convoque bien souvent l’universitaire pour une expertise finale, comme une validation, alors qu’il devrait faire aussi partie du processus de création, en y proposant ses idées.  D’après lui, la philosophie s’est peu à peu fermée, notamment suite à la séparation des disciplines à l’université - on ne demande plus aux philosophes d’être experts dans d’autres domaines.  

Richard-David Precht promeut à l’inverse une philosophie qui part de faits réels et qui propose une pensée créative du concret au concept. La philosophie a ainsi obligation de toucher à toutes les questions autant politiques, économiques, culturelles que sur les médias ou la médecine. 

C’est cette approche que Richard David Precht est venu partager au Forum d’Avignon 2009 lors du débat sur « la culture pour penser demain ». Il relève notamment que « la question qui se pose dans la société est de savoir qui, en définitive, peut représenter une nouvelle culture, des nouvelles valeurs ou une nouvelle morale. Qui est responsable ? ».  Les philosophes doivent sortir de cette « absence de rôle », redonner sens. Il a alors plaidé pour une « philosophie des responsabilités et des compétences ».  

Extraits de Les Stratégies culturelles pour un nouveau monde- Actes du Forum d’Avignon 2009 paru chez Gallimard  

« Autrement dit, plus personne n’est responsable de la vision globale de la société [..] Il n’est pas forcément souhaitable de revenir sur cette différenciation des fonctions et je ne souhaite pas le retour d’un potentat à la tête de la société. Néanmoins, nos sociétés ne parviennent pas à trouver de solutions en la matière, et elles ne paraissent plus attendre grand-chose de ses universitaires et de ses chercheurs en ce domaine. En définitive, il n’existe pas de lien entre le monde politique et le monde universitaire, et nous en arrivons à nous demander pourquoi nous formons toutes ces élites si, finalement, elles n’ont pas voix au chapitre. »

 « Qu’adviendra-t-il si la croissance fait défaut ? L’innovation est le modèle de fonctionnement de nos sociétés, mais ce modèle ne perdurera pas indéfiniment. D’autres modèles devront alors être imaginés. De même, il faudra peut-être recourir à d’autres systèmes de rémunération et d’incitation que l’argent. Gagner de l’argent est formidable lorsqu’on est pauvre mais, à partir d’un certain degré de richesse, le bonheur n’augmente plus proportionnellement à la richesse. Pourtant, de nombreuses économies considèrent que la croissance est essentielle. Ce credo quasi religieux de nos sociétés révèle notre incapacité à élaborer des scénarios alternatifs. Nous sommes époustouflés par l’apparition de nouveaux indices de mesure du développement humain, comme celui du bonheur. Mais nous constatons que la France se situe à la 70ème place tandis que Vanuatu est en 1ère place alors que ce pays est nettement plus pauvre. Comment expliquer ce paradoxe ? Lorsque le rapport Stiglitz se demande pour quelles raisons l’on mesure le niveau de développement d’une nation exclusivement par rapport à son PIB et non par rapport à son bien-être, il met le doigt sur une question essentielle. Nous n’avons pas encore réussi à répondre à ces problématiques qui appellent une révolution énorme de nos sciences humaines, de nos sciences de la culture. Il nous faut un nouveau siècle des Lumières. »

Illustration : Richard-David Precht au Forum d'Avignon