Culture is future » Financements et modèles économiques

28.09.2012

Proposition du Forum d'Avignon: De la créativité dans les modèles de financement de la culture

Les exemples sont multiples des moyens développés par les créateurs pour vivre de leur passion, leur art, leur talent à travers les époques. A chaque crise, à chaque rupture, à chaque révolution technique, ils ont été remis en question ou portés au pinacle. Dans le contexte actuel de tensions budgétaires pesant en particulier sur les pays européens, la culture doit imaginer de nouvelles façons de penser son économie et de se financer. 

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Avec sa proposition ‘De la créativité dans les modèles de financement de la culture’ (octobre 2012- disponible sur son site www.forum-avignon.org), le laboratoire d’idées du Forum d’Avignon vise trois objectifs : valoriser l’investissement culturel comme créateur de valeur(s) ; faciliter la relation entrepreneur et investisseur culturel ; enfin,  encourager l’investissement culturel privé.

Cette proposition se nourrie d’une triple conviction : la culture est un investissement créateur de valeur(s) et ne doit pas être perçue comme un coût ; l’investissement public et l’investissement privé ne s’opposent pas ; les pouvoirs publics doivent garder leur rôle d’incitateur. Elaborées dans le cadre de groupes de travail avec les expertises des contributeurs, les pistes proposées visent :

  • à revaloriser concrétement les actifs immatériels,
  • à rappeler le rôle clé des droits de propriété intellectuelle, comme à mettre au point des retours d’expérience sur les notions de responsabilités et de risques de l’investissement culturel,
  • mais aussi à faciliter la phase d’amorçage de l’entreprise créative notamment par des ‘creative business angel’, des fonds d’investissement, du financement collectif, du statut coopératif, et bien évidemment le mécénat culturel.

 

La feuille de route est claire : c’est dans l’économie du savoir, de la connaissance et de la culture que reposent la croissance et les emplois de demain. Si les pistes proposées ne sont pas exhaustives, l’ambition du Forum est de promouvoir collectivement et individuellement la façon d’investir la culture. Loin des anathémes des déclinologues. L’appel du Forum d’Avignon à une créativité renouvelée dans les modèles de financement de la culture vise à apporter des réalisations concrètes dans plusieurs perspectives, notamment pour nourrir le débat et l’émergence de sources complémentaires de financement de la culture, et encourager les Européens à puiser dans leurs racines culturelles communes, au-delà de frontières, d’un marché et d’un destin communs, la modernité du projet européen fédérateur.

 

Lire "Le redressement productif dépend aussi des créateurs" par Laure Kaltenbach et Laurent Benzoni sur le Huffington Post

 

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A travers ses publications, le Forum d’Avignon souhaite jouer son rôle d’acteur du débat public et porter ses convictions pour promouvoir la diversité culturelle.

Le Forum d’Avignon est un laboratoire d’idées indépendant et international, créé en 2008 et soutenu par 25 partenaires et mécènes, publics et privés. Il organise les rencontres internationales de la culture, de l’économie et des médias, où les participants mettent en lumière des idées et réalisations de tous les continents. S’appuyant sur un réseau international unique d’artistes, d’experts et de responsables publics et privés, le laboratoire d’idées du Forum d’Avignon a constitué un patrimoine d’études internationales et de propositions inédites autour de trois perspectives pour la culture et les industries créatives : le financement et les modèles économiques, le numérique et l’innovation, l’attractivité des territoires.

 

Synthèse de la proposition

‘De la créativité dans les modèles de financement de la culture’ 

Les propositions du Forum d’Avignon  


Dans un contexte de tensions budgétaires pesant en particulier sur les pays européens, la culture doit se nourrir de nouvelles façons de penser son rayonnement et son financement. 

D’autant plus conscient que la culture ne peut être réduite à une seule dimension financière, le Forum d’Avignon réaffirme la nécessité de soutenir collectivement et individuellement l’économie créative et culturelle, pour sa contribution à l’attractivité et au développement des territoires, son potentiel de croissance économique et de création d’emplois et le lien social qu’elle contribue activement à tisser.

 

1.       Pour valoriser l’investissement culturel comme créateur de valeur(s) 

Culture et industries créatives représentent, selon l’UNESCO, environ 1 300 milliards de dollars de chiffre d’affaires soit près de 1,5 fois le tourisme mondial.  L’emploi culturel en Europe est évalué à plus de 6 millions d’emplois directs, et entre 3 et 5 points de PIB. La contribution de la culture et des industries créatives irrigue l’ensemble de l’économie et est un facteur essentiel de cohésion sociale. Pourtant, la culture et les industries créatives sont encore souvent considérées comme un coût et non comme un investissement.

  • Evaluation sur la base de critères économiques et qualitatifs : Si la culture est un investissement qui possède ses spécificités propres et ne peut se réduire à sa simple dimension économique,  il faut néanmoins convaincre les investisseurs que l’évaluation d’un investissement culturel, peut s’apprécier en fonction de critères économiques et qualitatifs aussi mesurables que ceux d’un investissement productif.
  • Génération d’entrepreneurs culturels : Pour renforcer l’attractivité de ce secteur auprès des investisseurs, et favoriser l’émergence d’une génération d’entrepreneurs culturels, il faut en premier lieu faciliter l’évaluation des actifs immatériels (essentiellement des droits de propriété intellectuelle – marques, brevets, droits d’auteurs), notamment dès l’amorçage d’un projet :
  • Etablir un cadre général d’aide à la décision d’investir dans la culture  à partir de retours d’expérience des principaux acteurs (fonds, incubateurs, experts comptables, …):
    • identifier les indicateurs économiques et qualitatifs les plus pertinents pour valoriser les actifs créatifs ;
    • ouvrir la réflexion sur les modèles de valorisation comptable des actifs immatériels. Il ressort que l’évaluation par l’investisseur n’est généralement pas corrélée à leur valeur  de bilan ;
    • rapprocher les mécanismes d’évaluation des actifs dans le domaine des marques aux actifs de propriété littéraire et artistique (‘capital-marque’).
  • Renforcer le cadre réglementaire – national et européen – de  protection de la propriété intellectuelle, constituant un socle indispensable  pour les créateurs comme pour leurs investisseurs.

 

  2.       Pour faciliter la relation entrepreneur et investisseur culturel

La dissociation du créatif et du financier a la vertu de ne pas mélanger les genres. Elle a aussi ses limites, multipliant les incompréhensions, avortant des projets originaux ne rentrant pas dans les schémas habituels, limitant les capacités d’innovation, sclérosant des filières. L’enjeu du binôme entrepreneur / investisseur culturel est de partager un langage (objectifs, échéances, …), des responsabilités (risques et profits, …) et des référentiels (évaluation des actifs immatériels, …) communs.

  • Renforcer la polyvalence de la formation : la compréhension réciproque nécessite des formations dans les cursus des créateurs sur les principes de l’investissement (juridiques, comptables, commerciaux, financiers, etc.), de la propriété intellectuelle et, plus largement, une sensibilisation aux ressorts de l’industrie créative dans les enseignements financiers, commerciaux et marketing.
  • Favoriser un réseaux d’agences de développement : Pour faciliter le financement d’amorçage toujours délicat des entreprises créatives, les subventions existantes (notamment européennes) doivent s’orienter vers les agences de  développement dont la mission est de structurer la valeur économique des projets culturels, au regard des attentes et critères des investisseurs : business plan et structuration financière de l’offre (ou investment-readiness). Ces agences devraient être encouragées avec une incitation financière pour tout dossier ayant fait l’objet de financement par des investisseurs.
  • Développer une labellisation d’intérêt général : Inspirée du modèle de l’agrément de l’association 1901, le label des agences de développement faciliterait leur légitimité à recevoir des subventions et leur notoriété auprès des investisseurs comme des créateurs.

 

  3. Pour encourager l’investissement culturel privé

  • Soutenir le ‘Creative business angel’ ; Soutien particulier ou collectif, du ‘tiers’ au ‘cluster’, du ‘smart’ au ‘love’ money), ilconstitue le rouage économique indispensable pour faciliter l’émergence de créateurs, autant par un soutien logistique (ex. création de référentiel sur l’évaluation des actifs immatériels,…) que financier (ex. déduction type TEPA).
  • Ouvrir les critères d’éligibilité : Les critères d’éligibilité des fonds d’investissements dédiés aux entrepreneurs culturels devraient être recensés et valorisés dans un référentiel pour tous les acteurs notamment les agences de développement à même de conseiller et accompagner les entrepreneurs.  
  • Encourager le financement culturel collectif (ou crowdfunding). Pour encadrer et protéger les démarches individuelle et démocratique, des dérogations sur la protection de l’épargne publique sont nécessaires. Elles peuvent être intégrées dans le cadre de la révision du Small Business Act Européen, créé en 2008 avec quatre encadrements pour une catégorie d’actifs précis (ex. droits de propriétés, …), un montant maximal par projet ou entreprise, un nombre limité de souscripteurs et un plafond de montant individuel. 
  • Revaloriser la coopérative. Ce statut efficace pour les structures de spectacles vivants -surtout s’il est adossé à un objectif de professionnalisation et de visibilité économique- peut accroître leur attractivité auprès de financeurs privés autant que publics. 
  • Encourager le mécénat culturel,outil d’implication individuel et sociétale. Encadré, le mécénat culturel a démontré son efficacité pour le développement durable et la culture. Il est l’un des moyens de renforcer le financement d’actions d’intérêt général par des mécanismes qui doivent être élargis ; d’une part aux PME, et d’autre part, harmonisés sur l’ensemble des pays de l’Union européenne (comme le mécénat de compétences, non reconnu dans de nombreux pays).

 

Par ces propositions non exhaustives, le Forum d’Avignon souhaite que l’investissement culturel ne soit pas opposé à l’investissement productif, mais considéré comme créateur de valeurs, d’emplois et de lien social. 

 

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