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13.02.2012

Le Forum d’Avignon donne la parole à 25 artistes de renommée internationale sur le thème de la propriété intellectuelle - Philippe Claudel

Le Forum d’Avignon donne la parole à 25 artistes de renommée internationale sur le thème de la propriété intellectuelle. Découvrez chaque jour leurs réponses…

Philippe CLAUDEL, réalisateur

Dans quelle mesure les innovations technologiques ont-elles fait évoluer votre métier ?

Ma dette est immense vis à vis de l'informatique et en particulier de l’ordinateur portable, sans lequel je serais incapable d'écrire une seule ligne: l'usage de l'ordinateur portable a libéré mon imagination. C'est lui qui l'alimente et la fait fonctionner. Il est en quelque sorte mon cerveau extérieur et inépuisable. Concernant mes activités de cinéaste, j'ai tourné mes deux films avec la technologie numérique, en intégrant ses spécificités, ses nouvelles possibilités et ses limites. Je suis fasciné par les nouveaux outils de production et de lecture de l'image et n'ai aucune nostalgie pour la pellicule.

Comment percevez-vous la réutilisation de vos œuvres par d’autres ?

L'œuvre est une matière magnifiquement volatile. Elle naît chez l'un, mais n'existe que si le regard de l'autre la considère. Aussi ne faut-il pas s'étonner de sa diffusion. Elle essaime et fertilise. Cela a toujours été. La littérature est une vaste entreprise de recyclage. Il faut bien sûr distinguer le plagia pur et simple, stérile et condamnable, des emprunts, hommages, généalogies de créations, dettes, qui eux sont vivifiants et stimulants.

Dans 10 ans, à qui confierez la gestion des droits de vos œuvres ? 

Serais-je encore là dans dix ans ? Admettons. Dans ce cas, les droits moraux sont plus importants pour moi que l'optimisation de mes revenus. L'argent n'est pas une valeur morale ni artistique. J'aimerais que le travail créatif soit mesuré selon un autre étalon, mais qu'il soit pour autant protégé de tout pillage. Le créateur n'a pas vocation à devenir un nabab, ni un paillasson sur lequel on peut s'essuyer. Sa place est ailleurs. Et ses œuvres n'ont pas à être considérées sur le même plan que des biens marchands ou des produits financiers.