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10.02.2012

Le Forum d’Avignon donne la parole à 25 artistes de renommée internationale sur le thème de la propriété intellectuelle - Jean-Jacques Annaud

Le Forum d’Avignon donne la parole à 25 artistes de renommée internationale sur le thème de la propriété intellectuelle. Découvrez chaque jour leurs réponses…

Jean Jacques ANNAUD, réalisateur  

Dans quelle mesure les innovations technologiques ont-elles fait évoluer votre métier ?

Le support digital n'a pas bouleversé ma vie. Il permet de tourner plus sans s'occuper du prix de la pellicule, à la manière des photographes amateurs qui font 400 photos au lieu de 3 pour la communion de la petite cousine. Le numérique permet aussi d'alléger, voire de se passer de lumière pour les scènes de nuit.
En revanche le tsunami du téléchargement gratuit transforme radicalement le segment de cinéma dans lequel j'ai fait ma vie. 60 pour 100 du remboursement de mes films provenaient des ventes de DVD au cours des dix ou vingt ans qui suivaient la sortie en salle. Le choix qui s'offre désormais à moi est soit de faire du cinéma de consommation immédiate pour adolescents, soit de faire les films de mon cœur pour 40 pour 100 du coût.

Comment percevez-vous la réutilisation de vos œuvres par d’autres ?

Je  comprends que la liberté de piller des magasins de chaussures ou d'écrans plats fasse partie des revendications, comme celui de consommer gratuitement des travaux qui demandent la collaboration d'un grand nombre de salariés pour exister. La création cinématographique requiert des moyens matériels qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, financer. Ou voir disparaitre.

Dans 10 ans, à qui confierez la gestion des droits de vos œuvres ? 

Le droit d'auteur, comme le droit moral de celui qui a conçu un tableau, un roman, une symphonie a été un combat pour tous les auteurs de tous les pays et de tous les temps. Il a été mené et gagné d'abord en France. Revenir sur cette victoire du respect du créateur me semble une funeste régression. Mais je comprends l'excitation qu'il y aurait pour un nouveau re-créateur de découper les toiles de Leonard de Vinci, de Friedrich et de Monet pour en faire un génial collage qui deviendrait son œuvre.

Je ne me préoccupe guère de mes travaux passés, à condition qu'on les laisse faire leur chemin, fleurir ou mourir dans l'état que j'ai voulu pour eux