Culture is future » Innovation et numérique

11.07.2013

Mettre le cerveau en marche : le dialogue symétrique entre les neurosciences et les arts

Le dialogue entre les processus artistiques et cognitifs n’a jamais été aussi vivant, comme en témoignent les débats du 8ème congrès IDEA[1], du 8 au 13 juillet, à Paris. Avec en vedette : le potentiel des neurones miroirs.

De brillantes IDEAs. Les débats de l’IDEA montrent que les recherches interdisciplinaires font bien plus que de souligner la fascination mutuelle entre les arts et les sciences.Elles anticipent de nouveaux développements pratiques et conceptuels, comme l’indique cet échange entre Alain Berthoz, neuroscientifique éminent dont la recherche est tournée vers les pratiques artistiques, chercheurs en langues-cultures (Joëlle Aden), et chorégraphe Emmanuelle Vo-Dinh, dont certaines œuvres furent inspirées par des découvertes scientifiques. Un nouvel enjeu pour la chaîne de valeurs culturelles est ainsi articulé. 

Un reflet pas comme les autres. Les neurones miroirs[2] révèlent que les êtres humains sont capables de simuler une action sans devoir l’effectuer en réalité. La découverte est inouïe. Car elle va au-delà de simples mouvements. Elle est également de l’ordre des émotions. L’empathie dans le monde quotidien, la catharsis dans celui du théâtre nous sont désormais expliqués par la neuroscience. Et c’est pour cela que les neuroscientifiques se sont adressés à des metteurs en scène, acteurs – à des danseurs, même – pour comprendre pourquoi leurs patients-témoins affectés de désordres neurologiques, tels la maladie de Parkinson, mais pratiquant le théâtre montraient des progrès à tous points de vue (physique, émotionnel, cognitif), que ceux dépourvus de pratique créative. L’imaginaire d’un individu, aussi irrationnel soit-il, pourrait bien être son propre salut.  

L’enjeu encéphalique. Si la capacité d’empathie au spectacle est un trait pouvant être développé par l’éducation et la pratique artistique, comment miser sur cet apprentissage à l’école afin de créer non seulement une nouvelle génération de spectateurs sensibles mais également pour assurer une éducation esthétique et éthique ? La portée humaine de cette question découle naturellement de son articulation. L’espoir est qu’en observant les recherches des neuroscientifiques, les artistes parviendront à cerner les qualités uniques de leur pratique qui stimulent spécifiquement la simulation de l’acte, toute imprégnée d’humanité. Ces résultats fructueux pourraient conséquemment être appliqués dans les classes dès l’école primaire, afin de promouvoir une génération sensibilisée et pas uniquement inféodée au flux perpétuel de l’offre numérique.

Vers de nouvelles pédagogies. Le but serait de définir des programmes d’école qui, par le biais des arts, animeraient le fonctionnement des neurones miroirs des étudiants. Les neuroscientifiques et les artistes affirment que les jeunes qui bénéficieraient d’un tel enseignement seraient dorénavant non-adverses aux arts.  Les jeunes pourraient donc se redéfinir au sein de la chaîne de valeur, en tant qu’amateurs et spectateurs éclairés, et non plus des consommateurs matériels passifs. Et dans un contexte plus large, ils se distingueraient de par leur sensibilité accrue et leur quête d’interaction kinesthésique et empathique à l’échelle de réseaux humains.

Madeleine Planeix-Crocker


[1] international arts de la scène-éducation - http://www.idea-paris-2013.org/
[2] Découverts par Professeur Giacomo Rizzolatti dans les années 1990, les neurones miroirs sont des neurones du cerveau qui expliquent notre capacité d’apprentissage par imitation