Culture is future »

14.11.2012

Les sept raisons d’espérer de la création et des créateurs

Faut-il tenter de définir - surtout actuellement - des raisons d’espérer pour (et de) la création et les créateurs ? A l’occasion de l’ouverture de la cinquième édition du Forum d’Avignon qui débute aujourd’hui 15 novembre 2012 le cabinet Louvre Alliance a accepté de relever le défi, donnant raisons à sept perspectives toutes à la fois stimulantes et jubilatoires. 

 Elles sont sept à  défier le chant des Cassandre qui n’a jamais cessé de prophétiser la mort de l’art et de l’artiste. C’est à la fois ambitieux et provocateur tant la matière résiste et s’élargit au fur et à mesure des réflexions, tant le monde d’aujourd’hui doute et tousse, tant cela donne envie de prolonger chaque esquisse et chaque proposition…

Dans un souci d’apaisement,  Louvre alliance aurait pu se contenter de trois :

  • Espérer de l’être humain : rester au plus intime du créateur et au plus proche de son processus désirant, déceler les indices d’un inépuisable désir de créer, d’espérer,
  • Espérer des formes : en perpétuelle évolution, il s’agit d’illustrer à quel point la contrainte de la forme constitue un inépuisable réservoir de concepts poursuivant son travail de témoignage,
  • Espérer du monde : les profonds mouvements à la surface du globe ne sauraient figer la culture et les arts, mais, au contraire, les déplacer, en les dérangeant.

Il fallait creuser plus loin, plus au cœur des phénomènes et des talents émergents. Parce qu’il s’agit de capter, à travers le monde, une dynamique vitale qui n’a jamais cessé d’imprégner et de traverser nos sociétés, quels que soient l’Histoire et le continent.  Et puis, les chiffres ne doivent rien au hasard. Sept raisons d’espérer, qui synthétisent des dizaines d’entretiens, de rencontres avec des personnalités intellectuelles ou artistiques, célèbres ou méconnues, figures publiques ou éloignées des réseaux, et de nombreuses lectures.

La réflexion du cabinet Louvre Alliance va au-delà d’une simple compilation d’entretiens et de lectures, pour déceler les invariants et les leviers du renouvellement créatif, sans volonté encyclopédique ni prétention à conclure, mais par esquisses. Motivantes aussi, parce que cette ambition invite à aller à la rencontre de créateurs qui incarnent cette vitalité d’aujourd’hui et de demain, parce qu’il s’agit de traquer les gisements créatifs en devenir sur lesquels porter notre désir.

 

I - Espérer de l’être humain : au plus intime du créateur et au plus proche de son processus désirant, déceler les indices d’un inépuisable désir de créer.


1- La constance d’une volonté de créer, Eros et Thanatos :

L’art naît à la fois ou tour à tour d’un Oui et d’un Non, d’une affirmation et d’un rejet, et se reconnaît, simultanément ou séparément, chez Dionysos et chez Apollon. Peu de chance ainsi que la source se tarisse, si affirmation et contestation sont toutes deux sollicitées, se combinent ou se relaient.

2-  La pratique créative, un horizon d’attente :

Qu’elle soit solaire ou contestataire, la création humaine se déploie à partir d’une pratique qui n’est pas nécessairement celle de la fabrication d’une œuvre. Non qu’il y ait lieu, ici, d’attendre le chef d’œuvre, mais être confiant dans ce mouvement de réappropriation culturelle par l’individu, fut-ce par la renaissance du loisir et de l’amateur.

3- L’expérience et l’implication du regard :

La société des images n’est pas toujours celle que l’on croit et que l’on dénonce rapidement, elle est aussi ce réservoir de formes qui nous donne à penser le monde. Etre sûr, alors, que l’Oeil écoute et que ce que nous voyons se mêle à ce qui nous regarde.


II - Espérer des formes : en perpétuelle évolution, il s’agit d’illustrer à quel point la contrainte de la forme constitue un inépuisable réservoir de concepts poursuivant son travail de témoignage. 


4- De l’hybridation au montage :

De l’emprunt à l’interdisciplinarité jusqu’à l’indisciplinarité, l’hybridation créative se manifeste intensivement par la densification des formes et extensivement par un travail de montage entre l’autrefois et le maintenant et entre l’ici et l’ailleurs.

5- Au-delà du numérique, l’immanence des formes :

Pour peu que le numérique nous fasse réfléchir au dépassement de la main, les formes que la technologie inventera excéderont à jamais leurs usages, rejoignant et démontrant ainsi l’immanence des formes anciennes.

 

III - Espérer du monde : les profonds mouvements à la surface du globe ne sauraient figer la culture et les arts, mais, au contraire, les déplacer, en les dérangeant. 


6- Les contraintes mondiales et le glissement des symboles :

Qu’il en subisse les revers ou réussisse à s’en affranchir, l’artiste compose à jamais avec le monde. Le développement planétaire et ses défis économiques, démographiques, sociaux ou environnementaux pousseront toujours plus loin les rhizomes de la pensée, de la science et des symboles, levains des arts de demain.

7- L’empathie des réseaux et la politique de l’esprit :

La transnationalité, les phénomènes de réseaux et les aspirations sociales lèvent déjà dans le monde de nouvelles formes de collaborations, labiles et sans hiérarchie. La politique de l’esprit naîtra peut-être ici, loin de la volonté du chef, dans de nouveaux petits agencements désirants. 

 

En guise d’envoi pour trois jours du Forum. Louvre Alliance rappelle que la création a besoin d’interstices, de cette fente de timidité dont nous parle la botanique : espace d’air et de lumière entre deux frondaisons. « Fente ou Pli, le lieu de création est encore le lieu d’une enfance, entre Ecole et Jeu. Le gai savoir est là : dans l’expérience d’un désir, tour à tour joyeux et cruel, froncé et ardent, enfantin. Un jeu, alors, celui de la création : un jeu enfantin où l’étude et l’exercice fondent les racines de l’imagination. »

Nul doute que ces propositions vont être ardemment reprises, débattues, questionnées par les 450 artistes, entrepreneurs, étudiants, investisseurs, pouvoirs publics, représentant 40 nationalités réunis pendant le Forum d’Avignon. Pour en restituer toute la complexité, pour en donner aussi toutes les angles d’attaque et de prolongements.

 

Parler de culture, en débattre et surtout la montrer. Chaque année le Forum d’Avignon s’attache non seulement à écouter des paroles d’artistes et de créateurs mais aussi à les voir évoluer dans leur art. Tout au long de l’année, les artistes sont un des piliers du laboratoire d'idées par leurs réflexions et leurs créations, au cœur des sessions d'échanges où ils sont toujours actifs comme les chefs d'orchestre Zahia Ziouani, Eduardo Browne et Itay Talgam, le violoniste Renaud Capuçon, la cantatrice Barbara Hendricks, les dessinateurs de Cartooning for peace Liza Donnely, Michel Kichka,  Ali Dilem et Nadia Khiari, les cinéastes Amos Gitaï, Nabil Ayouch et Jim Sheridan, les architectes Paul Andreu, Kjetil Traedal Thorsen et Franklin Azzi, les plasticiens Mircea Cantor, Herman Vaske, Julien Levesque, Barthélémy Toguo... Leurs performances sont également mises à l’honneur, pour la cinquième édition,  le lab du Forum d’Avignon -ou les rencontres de la culture et de la technologie- met à l’honneur Candide, dans une version 2.0 d’Orange et de la BNF ; le violoncelliste Peter Gregson qui, à partir de tweets des « amis » du Forum, compose une symphonie ; le chef d’orchestre Itay Talgam qui nous parle avec humour du contrôle ; Christian Horz de Bertelsmann nous entraine dans le nuage et 3DS et Michel L’hour et Medhi Tayoubi de Dassault System nous font redécouvrir le vaisseau amiral de Louis XIV retrouvé au large de Toulon en 1993.

Si les artistes sont très présents au Forum, l’alchimie ne saurait être complète sans la présence de chefs d’entreprises (Stéphane Richard, Président de France Telecom – Orange, Rick Cotton, VP NBC Univesal, Carlo d’Asaro Biondo, VP de Google, …), de personnalités politiques venues de nombreux pays (Aurélie Filippetti, Youssou N Dour- Sénégal, Didier Reynders - Belgique, Joachim Stymne - Suède, …) et de philosophes (Régis Debray, Richard David Precht) pour nous éclairer.

Le Palais des Papes et la salle du Conclave vont également résonner grâce au violoniste Renaud Capuçon et la pianiste Anne Pages-Boisset, à la voix magique du contre-tenor Fabrice di Falco, de l’univers envoutant de l’historien d’art Hector Obalk, de la chorégraphe Kitsou Dubois, la plasticien Mircea Cantor ou encore de la poétesse Tishani Doshi accompagné du compositeur Markus Schmidt, .... Le concert d’Etienne de Crécy dans l'opéra Théâtre d'Avignon complète le lien du Forum avec la ville, un signe d’amitié (le concert est gratuit) comme reconnaissance de son accueil, de son soutien et de la mobilisation de ses habitants.

 

Laure Kaltenbach, directrice générale,  Olivier Le Guay, responsable éditorial – Forum d’Avignon

 

Le Forum d’Avignon remercie Louvre Alliance (cabinet de conseil en stratégie, organisation et ingénierie culturelle), pour la qualité de son étude disponible gracieusement, avec un éditorial de Jacques Attali, sur le site Forum d’Avignon. Les débats sont retransmis sur Internet www.forum-avignon.org