Culture is future »

26.04.2016

Impliquons-nous ! L'appel du Forum d'Avignon @Bordeaux

Impliquons-nous. Les deux jours de débats des 8èmes Rencontres internationales du Forum d’Avignon à Bordeaux, se sont achevés sur un double appel des artistes, personnalités politiques, entrepreneurs, représentants de la société civile issus de 30 pays, avec souvent beaucoup d’émotion et de profondeur, et toujours avec passion et engagement : réaffirmer que la culture est l’affaire de tous, y compris du monde numérique, et remettre avec force la culture au cœur du projet politique européen.

« La culture est l’affaire de tous, ce défi, il appartient à chacun de le relever » : l’appel d’Hervé Digne, Président du Forum d’Avignon a su s’incarner tout le long de la 8ème édition du Forum par des propositions concrètes et ciblées : en rappelant de façon émouvante que « la culture est l’antidote à l’obscurantisme », Ouided Bouchamaoui, Présidente du patronat tunisien et prix Nobel de la paix 2015 pour le Dialogue national, a plaidé la nécessité d’une culture démocratisée, accessible à tous, non instrumentalisée par le pouvoir ; « La vitalité de la culture, a complété Didier Reynders, Vice Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères et européennes de Belgique, c’est aussi la force de la résistance qu’elle oppose à la barbarie. »

Günther Oettinger, commissaire européen à l’économie et à la société numérique a fait sienne la phrase de Matteo Renzi « 1 euro dépensé dans la sécurité doit se doubler d‘un 1 euro investi dans la culture ». « Pour donner un nouvel élan à notre création, Alain Juppé, Maire de Bordeaux, […] discerne trois exigences : Défendre. Soutenir. Libérer.  […] La culture est pour notre pays un investissement, un investissement, qui – comme tout investissement – prépare l’avenir, au même titre que l’éducation et la recherche ».  Les exemples ne manquent pas : le promoteur Laurent Dumas a lancé le projet « un immeuble = une œuvre » - pour ouvrir la création contemporaine de notre pays au plus grand nombre, pour dédiaboliser l’idée que l’art contemporain est réservé à une élite. ». L’architecte Massimiliano Fuksas prône « Less Aesthetics More Ethics » ce qui signifie aussi moins de stratégie et plus d’émotions. L’artiste plasticien Pascale Marthine Tayou relance « J’étais étudiant lors de la chute du mur de Berlin, quand ce vent de liberté est arrivé en Afrique. […] Est-ce que le vide est un plein vivant dans un environnement où il y a une forme de plaisir, de confort qui est, au fond, inconfortable ? ». « Dans l’histoire des entreprises, rappelle Nicolas Gaume, DG chez Microsoft, la conception du bâtiment suivait l’activité entrepreneuriale en étant fonctionnelle. Aujourd’hui, elle la précède. L’organisation du lieu appelle des nouvelles organisations du travail. » 

Le monde numérique, mis en valeur par les start-ups et les personnalités politiques pendant le Forum, doit replacer l’humain en son cœur. L’artiste ORLAN a fait un plaidoyer pour la reconnaissance artistique de l’art numérique. Eric Scherer de France Télévisions interpelle : « La high tech mondiale est en passe de faire éclore la nouvelle révolution numérique ». « Oublier le numérique, tout devient data, et la data est dans tout » annonce Philippe Torres de l’Atelier BNP Paribas. Au lieu de tomber dans le culte de la data, il faut nourrir une culture de la data : en se formant (retourner à l’école), se fixant des objectifs (smart city). Sans chercher à imiter mais en « disruptant les disrupteurs » (ex. Juno). L’ubiquité des smartphones comme le souligne le Président du CES de Las Vegas Gary Shapiro va engendrer le début d’une nouvelle et profonde transformation de nos modes de vies. Pierre-Louis Xech, spécialiste de l’Intelligence Artificielle chez Microsoft,  plaide pour une collaboration étroite homme/machine alors que ces futures évolutions interrogent d’ores et déjà notre contrat social. « La société devient de plus en plus calculée grâce aux données que nous laissons, selon le sociologue et chercheur à Orange Labs Dominique CardonMais nous ne sommes pas la somme de ce que nous laissons. » La construction d’algorithmes n’est pas neutre mais dépendante des objectifs des programmateurs. Or il faut sortir de cette « illusion d’objectivité du calcul » pour la philosophe Cynthia Fleury, qui appelle à « une démocratisation de l’apprentissage de la data » et « à réfléchir à une institution de régulation pour un usage le moins arbitraire de la data. »

Les perspectives prises par ses 8émes rencontres ont été pragmatiques : « il s’agit de débusquer les initiatives où elles sont et de les faire prospérer, a lancé Hervé Digne. Entreprendre la Culture, c’est promouvoir l’implication de tous aux côtés des artistes et des créateurs: collectivités publiques, entreprises, associations, collectifs ou citoyens. C’est sortir des bastions institutionnels pour encourager, dans le respect de l’identité culturelle de chacun, le développement des pratiques artistiques. C’est réaffirmer que la culture n’est pas un privilège : elle doit être l’affaire de tous. » En témoignent les « creatives hubs »  coordonnés par Michel Magnier, Directeur de la section culture et Créativité à la Commission européenne. L’éditeur Léonard Anthony, l’entrepreneuse Sana Ghenima, l’architecte Manuelle Gautrand, le metteur en scène et acteur Michel Kacenelenbogen ont chacun montré avec force que la création était par essence une prise de risque, une zone d’inconfort nécessaire, à l’instar des vocations entrepreneuriales. Tonjé Bakang, dirigeant fondateur d’Afrostream, a développé la spécificité de l’entreprise culturelle : « une énergie qui allie audace de l’entrepreneur et la prise de risque de la création artistique ». Stéphane Richard, PDG d’Orange, a résumé les qualités nécessaires pour qu’une grande entreprise garde un esprit d’entrepreneur : elle doit « garder une ouverture sur l’extérieur, sur les créateurs, de la curiosité, de la prise de risque » et dans un « monde de plus en plus averse au risque », ne pas avoir peur.  Thomas Paris et Françoise Benhamou ont ensuite interrogé l’évolution de notre modèle social mettant en parallèle modèles d’indépendance et modèles de salariat, avec la conviction que le modèle social de demain sera hybride.

« Mettre la culture au cœur du projet politique, remettre la culture au cœur du projet européen » : « Entreprendre la culture, pour Alain Juppé c’est imaginer de nouvelles modalités d’actions, libérer l’esprit d’entreprise et se saisir du numérique pour encourager le développement de nouvelles pratiques. » En découle un enjeu de transmission et de partage essentiel. Cet engagement pour que la politique culturelle de la France et de l’Europe retrouve un nouvel élan et un sens a été relayé fréquemment au cours de deux journées des Rencontres : si pour Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la culture et de la communication « Il est urgent que l’Europe soit une fraternité fondée sur la culture, l’Europe ne pouvant pas être qu’une crise, un problème, ou des barrières », Isabel Botelho Leal, Secrétaire d'Etat à la culture du Portugal a rappelé que l’Europe s’est fondée sur un idéal de paix ; István Íjgyártó, secrétaire d’Etat en charge de la Diplomatie culturelle et scientifique de Hongrie, Dace Melbārde, ministre de la culture de Lettonie et Bertel Haarder, ministre de la culture du Danemark ont insisté sur les forces du multiculturalisme européen pour faire naître une société plus solidaire et plus coopérative.

Viviane Reding, membre du Parlement Européen, a appelé à la nécessité « d’avoir une véritable vision, un projet de la Commission Européenne, qui défende la propriété intellectuelle ». Günther Oettinger, commissaire européen à l’économie et à la société numériques a affirmé que : « la culture est bien plus qu’une expression artistique, c’est notre seule perspective d’avenir, notre moyen de survie. Il faut investir davantage dans la culture. Le digital n’est pas une fin en soi, mais un outil au service de la créativité de nos citoyens. Pour qu’il soit efficace, il faut assurer un terrain de jeu équitable et une répartition juste de la valeur ajoutée entre auteurs, producteurs et utilisateurs. Ainsi le droit d’auteur est un enjeu clé qui doit accomplir deux tâches principales : permettre la rémunération juste des artistes et pousser les entreprises à investir dans de jeunes talents. Surtout à l’heure où l’accès au financement reste un problème majeur pour le secteur culturel. Il faut le faciliter et faire des propositions plus efficaces pour coordonner les efforts nationaux de financement. » Hervé Digne a rappelé dans son adresse finale, le combat du Forum pour la défense du droit d’auteur, pilier de l’indépendance financière des créateurs, recommande de n’aborder qu’avec prudence toute modification même à la marge de ses fondements actuels.

Si le réalisateur Michel Hazanavicius a mis en garde que « le marché digital unique peut être destructeur de valeur ». Christian Have, écrivain danois, a rappelé la nécessité « d’un rôle actif dans le développement des arts et de la culture car il s’agit d’un élément essentiel de notre société, et d’un nouveau partenariat entre artistes et entreprises ». Olivier Poivre d’Arvor a marqué les esprits en indiquant que « les vaches sont 1000 fois plus subventionnées que les artistes en Europe ». La route semble encore longue. Mais il y a urgence.

Pour la première fois, un Prix de la start-up culturelle a été remis. Les lauréats ont été : Jamshake, plateforme de collaboration musicale en ligne qui permet également de trouver des musiciens près de chez soi ou à l’autre bout du monde, reçoit le Prix du Jury, remis par PrismaMedia et Delight, outil de conquête de clients au service du spectacle vivant, qui reçoit le Prix du public remis par Château Dassault.

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