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20.04.2016

#FAbdx - Compte-rendu de la session : Les créateurs sont-ils des entrepreneurs comme les autres ?

Le débat associe Tonjé Bakang, dirigeant fondateur d’Afrostream, Stéphane Richard, PDG d’Orange, Manuelle Gautrand, Architecte, Léonard Anthony, Directeur associé de Susanna Lea Associates et Co-fondateur des Editions Versilio, Sana Ghenima, PDG de Sanabil Med, Glenn O’Farrell, Président et Chef de la direction du groupe Média TFO, Aurélien Bellanger, écrivain, Michel Kacenelenbogen, Comédien fondateur et co-directeur du théâtre bruxellois Le Public, Raphaël Pichon, Chef et fondateur de l’ensemble Pygmalion, Françoise Benhamou, Professeur des Universités, membre du Cercle des économistes, Thomas Paris, Chargé de recherche en économie et gestion au CNRS et professeur affilié à HEC, modérée par Isabelle Giordano, Directrice générale d’UniFrance Films, Journaliste.

Tonjé Bakang, dirigeant fondateur d’Afrostream, développe la spécificité de l’entreprise culturelle : « une énergie qui allie audace de l’entrepreneur et la prise de risque de la création artistique ». Stéphane Richard, PDG d’Orange, a résumé les qualités nécessaires pour qu’une grande entreprise garde un esprit d’ entrepreneur : elle doit « garder une ouverture sur l’extérieur, sur les créateurs, de la curiosité, de la prise de risque » et dans un « monde de plus en plus averse au risque », ne pas avoir peur.

Sur cette crainte et contrainte, Manuelle Gautrand, architecture, considère que « La France doit être plus ouverte aux risques de l’architecture contemporaine » et qu’il faut « moins d’a priori face à une architecture visionnaire qui créera le patrimoine de demain ».  Pour être un bon architecte, il faut être un bon chef d’entreprise : et dans le même temps, « un architecte est un artiste, qui donne une émotion au-delà d’un usage ». Léonard Anthony, co-fondateur des éditions Versilio, a quant à lui insisté sur le numérique et les réseaux sociaux. « Il y a un avenir de l’écriture numérique. Nous observons, nous écoutons, c’est un point fondamental » déclare-t-il, en évoquant son rôle de l’entrepreneur culturel.

Revivez le débat :


Lors de son intervention, Glenn O’Farrell, président du groupe Média TFO, a ajouté une dimension à l’idée d’entreprenariat culturel, car « il faut penser l’entreprise d’éducation ». Sana Ghenima, PDG de Sanabil Med, a mis l’accent sur l’international : « La Tunisie doit être attractive dans un monde multiculturelle ». A la question : Comment peut-on développer en Tunisie l’entreprise et favoriser l’innovation ? Elle répond que « c’est en Tunisie comme ailleurs, avec quelques contraintes supplémentaires et un marché plus petit ». Sa solution : « libérer les initiatives, et aller plus à l’internationale. »

Michel Kacenelenbogen, directeur du théâtre Le Public, pense que si « répondre à une attente n’est pas l’objectif premier de l’artiste », néanmoins « ce qui est beau et juste peut être rentable ». Et de conclure : « le monde de la culture a besoin d’entreprenariat ». Aurélien Bellanger a remis en question la notion d’entreprenariat : « Je voulais être auto-entrepreneur, mais j’ai été arrêté par les démarches administratives. J’ai fini par renoncer. »

Raphaël Pichon distingue pour le musicien entre création et interprétation : « entreprendre est le geste naissant de l’interprétation », alors que la création ne doit « surtout pas répondre à un besoin ; il faut s’extraire du monde ». Manuelle Gautrand résume ainsi les enjeux : il y a un « moment seul de la création ; et un moment d’ouverture et de vulnérabilité face à l’entreprise ».

Enfin, les économistes Françoise Benhamou et Thomas Paris ont ouvert le débat sur la question d’un nouveau modèle social. Pour la première, le monde de la culture a été précurseur de trois tendances : une innovation permanente, qui ne répond pas à un simple besoin ; un fonctionnement par projet et des carrières non-linéaires, qui se sont d’abord développés dans le champ culturel, avec des contrats d’intermittence de plus en plus courts ; enfin, l’hybridation entre modèle d’indépendance et modèles de salariat, et la conviction que le modèle social de demain sera hybride.

L’acte de création est « subjectif, et caractérisé par la prise de risque » selon Thomas Paris, La culture s’est imprégnée de cette précarité et donne lieu à un système un système unique, permettant l’accélération de la création, et une spécificité par secteur.

Découvrez l'interview réaction de Thomas Paris :