Culture is future »

21.11.2013

#FA2013 - Résumé de la session d'ouverture

Ouverture du Forum "Pas de politique sans culture".

Le président Nicolas Seydoux a ouvert la sixième édition du Forum d’Avignon sur le thème des Pouvoirs de la culture en rappelant que la mondialisation, comme Internet qui en est un des moyens, est une chance pour les "vieilles" civilisations, qui riches de leur diversité sont mieux armées que d’autres pour affronter un monde dont l’extraordinaire complexité est masquée par la standardisation de la technologie : « Depuis six ans, soutenu sans faille par tous les ministres de la culture, le Forum d'Avignon se bat avec eux pour que la culture soit au centre des réflexions du pouvoir et a notamment choisi pour thème cette année Pas de politique sans culture. »

Il a aussi souligné l’importance de la réflexion collective du réseau européen constitué par les Forum d’Avignon Ruhr et de Bilbao, réunis par le projet Catalyse soutenu par le programme Culture de l’Union Européenne. Au nom du professeur Dieter Gorny, Directeur d’ecce (Centre européen pour l'économie créative), organisateur du Forum d’Avignon, Berndt Fessel, directeur adjoint d’ecce, a posé selon lui  l'une des questions centrales du Forum d'Avignon : " Quelle est la place de la culture dans l'avenir? "

La réponse de RUHR.2010,  Capitale européenne de la culture fut  « La Culture du changement - changement par la culture». Ecce a été créée pour assurer la durabilité dans le développement des industries culturelles et créatives dans la Ruhr - comme un moteur d'innovation. Aujourd'hui, nous nous concentrons sur le renforcement de la stratégie et du processus - plutôt que de l'argent investi. Nous comprenons les villes comme des espaces d'apprentissage social - plutôt que des lieux touristiques. La 2ème édition du Forum d'Avignon Ruhr en juin 2013 a porté sur ‘Les retombées de la culture sur le changement climatique, l’interculturel, l'urbanisme et la nouvelle économie. Les résultats de nos réflexions sont condensés dans une étude à paraitre ‘Culture est la clé ’. Elle montre que le pouvoir de la culture est catalytique, encore faut-il en convaincre les plus sceptiques. Le projet CATALYSE que nous partageons avec le Forum d’Avignon et Bilbao vise au-delà d’une prise de conscience de l’impact de la culture dans le développement territorial, à proposer une boîte à outils pour le changement urbain par la culture - pour toutes les villes intéressées en Europe. Telle est notre mission commune, mais aussi notre responsabilité collective.

La parole a été donnée ensuite Denise Bombardier, journaliste canadienne, pour modérer la session d’ouverture : Pas de Politique sans Culture ! Elle a d’emblée affirmé que culture et politique formaient un cocktail explosif, à la fois complexe, dangereux et parfois épanouissant.

Erik Orsenna, écrivain et membre de l’académie française s’est montré convaincu que dans les temps de métamorphose,  nous avions plus que jamais besoin de culture, principal rempart à une violence qui grandit comme réponse chaotique à la peur du changement. Les lieux notamment qui accueillent la culture créent des dynamiques inouïes qui soulignent davantage l’impuissance des Etats centraux à répondre aux attentes des citoyens. Cette déception que fabriquent les Etats pousse à s’interroger sur leur utilité, ainsi que  celle de leurs ministres de la Culture. Alors que nouveaux usages et comportements culturels voient le jour, les pouvoirs centraux doivent envisager de nouvelles missions au-delà de celles de services publics nécessaires (fixer les règles du jeu, être garant du long terme, éducation, protection du patrimoine). Mais il manque une obligation d’évaluer ses engagements. A l’instar d’Erasmus qui permet aux étudiants européens d’étudier dans toute l’Europe, Erik Orsenna propose que tout politique ayant un mandat local bénéficie d’une année en Europe.

Pour Badr Jafar, Directeur général de Crescent Group et Président de Crescent Petroleum (Emirats Arabes Unis). La culture est ce qui représente les gens, les langages qui les expriment. Il y a encore beaucoup d’incompréhension sur les pays du Moyen Orient, dont la position dans des conflits incessants crée des malentendus. Pourtant la culture est le seul moyen de surmonter les différences entre les peuples. 

Chetan Bhagat, écrivain (Inde) a choisi de s’interroger sur l’influence de l’Inde. Il relève que son pays reste un pays pauvre avec un PIB par habitant 4 fois inférieur à celui de la Chine, avec une classe corrompue et une caste politique quasi dynastique (la famille Gandhi soutenue par le parti Congress)  depuis quatre générations, sans oublier l’impact de la religion. Pourtant les vents peuvent changer même si le problème de l’Inde est sa culture (servilité après 250 ans de domination anglaise, indifférence à l’injustice, conflits religieux larvés). Le pays a besoin d’une psychothérapie. S’il n’y a pas de changement sans politique, il n’y aura pas de politique sans culture.  « L’émancipation de mon peuple est ma muse créative, même si parfois sa passivité est décourageante ». langages qui les expriment. Il y a encore beaucoup d’incompréhension sur les pays du Moyen Orient, dont la position dans des conflits incessants crée des malentendus. Pourtant la culture est le seul moyen de surmonter les différences entre les peuples.

Le débat s’engage sur la démocratie, comme terreau culturel indispensable selon Erik Orsenna, qui souligne l’importance d’une culture la plus large possible,pour faire la chasse aux idées les plus générales. Il n’y a pas de recettes universelles pour tous les peuples. M. Jafar insiste sur l’importance de l’Etat de droit, soulignant que la définition de la corruption change d’un pays à l’autre (les enjeux claniques vs les lobbies occidentaux qui financent les campagnes politiques). Ce qu’Erik Orsenna résume : nous avons soit pas assez de lien, soit trop de liens. L’essentiel pour un pays est selon lui de disposer d’un récit, une nation n’est pas qu’une solution technique.

C’est l’action de la société qui selon Badr Jafar fait évoluer la culture. Une des faiblesses de l’Inde, pour Chetan Baghat est que les artistes pourtant adulés et écoutés ne prennent pas de position politique. Le secteur culturel reste dans l’ombre de la politique. C’est au secteur privé de prendre ses responsabilités quand il se rendra compte de son pouvoir. Pour Badr Jafar, les entreprises ont un rôle culturel à jouer, elles ne doivent pas seulement se contenter d’être rentables mais avoir une vision sociale et de développement durable.

Madame Bombardier affirme qu’il ne peut y avoir de révolution culturelle sans égalité des sexes. B. Jafar avance que les Emirats Arabes Unis ont une politique vers plus d’égalité et demande à ceux qui en doutent de visiter son pays, refusant les généralités  sur le Moyen Orient. En la matière, les artistes ont une partition importante pour faire évoluer les lignes. Il rappelle l’exemple du musicien Quincy Jones qui lui conseillait, pour se rapprocher de la culture d’un pays, de manger sa cuisine, d’écouter sa musique et d’apprendre au moins 30 mots.

Dans l’assemblée, plusieurs personnes ont donné leur point de vue ;

Le ministre de la culture d’Afrique du Sud insiste sur le fait que la politique est influencée par la culture. Elle dit ce que veut un peuple. Ce qu’est l’âme d’une nation. Elle se pervertie quand elle sert à opprimer un people et devient vertueuse quand elle sert à renforcer la démocratie des citoyens, les droits de l’homme et de la femme, les liens entre les nations pour améliorer le monde dans lequel nous vivons.

Guillaume Klossa invite l’assistance à ne pas perdre l’essentiel ; ‘nous sommes dans une période où les citoyens perdent leurs références. Les personnalités culturelles ont une responsabilité. De la même façon que Stefan Zweig en 1913 constatait que les intellectuels savaient qu’un conflit était éminent, mais qu’ils n’ont pas su faire face. Personne n’a su en temps voulu se mettre autour d’une table pour enrayer la guerre. Il faut repenser notre universalité, à l’échelle de l’Europe pour commencer. Nous sommes dans un écosystème désormais mondial. Les défis évoqués dans ce débat sont de dimension mondiale. Il convient à chacun dans cette assistance de prendre sa responsabilité pour participer collectivement au changement. Pour éviter le pire.

Et Erik Orsenna d’avoir le dernier mot ; ‘la politique peut se définir comme un affrontement du réel. Il s’agit pour la politique de rendre l’art possible pour qu’à son tour, elle influe sur elle.’