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16.11.2012

#FA2012: Session "La fabrique de la culture"

Résumé complet de la session ‘La fabrique de la culture’ animée par  Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture où il a été question d’ouvertures (à la liberté d’expression des créateurs et à la diversité des publics), de prise de conscience des entreprises et des états.

 

Etude Bain &Cie – Sept ans de réflexion : Imagination et transmission, créatrices de valeurs ? par Patrick Béhar, Associé, Bain & Cie

Musique et vidéo en ligne, liseuses et autres tablettes, jeux connectés, … les sept dernières années ont vu éclore une palette de technologies supposées révolutionner les médias. Ces évolutions tiennent-elles aujourd’hui leurs promesses ? Les usages culturels numériques représentent-ils en 2012 toujours autant de sources de création de valeurs : valeur d’usage, valeurs économique et patrimoniale, valeurs culturelles et sociales ?

Avec une enquête auprès de 7000 personnes dans 8 pays faite en juillet 2012, Bain & Cie souligne combien des innovations en apparence désordonnées  sont en fait l’expression de tendances de fond des comportements de consommation des biens et services culturels.

Télécharger l'étude.

 

Le résumé de la session "La fabrique de la culture"


#FA2012: Session "La fabrique de la culture" par forumavignon

Si « l’âge de raison » des industries culturelles n’est pas pour demain, Bain & Cie fait un exercice prospectif de modélisation de(s) valeur(s) à horizon 2016, au-delà des cycles de la musique, le livre, l’audiovisuel et les jeux vidéos, la diversité reste le moteur essentiel de création de valeur, confirmant qu’aujourd’hui, imagination et transmission demeurent plus que jamais essentielles à la création de valeurs.

 

Ouverture en apesanteur. Faire rencontrer la chorégraphe Kitsou Dubois et la Présidente d’Universcience et astronaute Claudie Haigneré, c’est réincarner le travail de l’artiste et du scientifique au plus prés d’un intense travail physique et tisser des passerelles entre deux matières au sens physique du terme, finalement pas si éloignés qu’on l’imagine, puisqu’elles demandent de l’exigence, de l’imagination t un sens du temps. Les liens sont d’autant nombreux entre les deux imaginaires qu’ils se nourrissent et se fécondent mutuellement.

 

C’est avec la présentation de l’étude Bain – Sept ans de réflexion : Imagination et transmission, créatrices de valeurs ? par Patrick Béhar, et Laurent Colombani, associés chez Bain & Cie que la première table ronde a été ouverte, ‘La diversité des publics est-elle un objectif stratégique ?

L’émergence d’une « terre du milieu », espace intermédiaire entre contenus de masse et contenus de niche, a toute de suite suscité des échanges.

Pourtant, les témoignages du réalisateur marocain Nabil Ayouch, et de la chef d’entreprise tunisienne Sana Ghenima, PDG de Sanabil Med S.A ont rappelé que la possibilité d’une relation entre un créateur et un public dépendait d’abord du respect de sa liberté d’expression, et que celle-ci ne pouvait pas se soumettre ni à des exigences cultuelles ou politiques. Quand le droit de l’artiste à exister  dépend de considérations politiques et religieuses, l’heure est d’abord à la vigilance et à la résistance, face à des notions aussi floues que l’art propre ou respectueux d’un texte sacré.

Moins dramatique car loin des fanatismes religieux qui prétendent dire ce qui est ‘propre’ on non, l’expérience du chef d’orchestre et professeur chilien, Eduardo Browne, évoque au contraire la culture risque d’être étouffée par l’indifférence et sa manette armée, le zapping accélérée. Il appelle à favoriser la pratique amateur, levier utile pour multiplier des spectateurs investis, et de donner du temps pour se laisser apprivoiser par les œuvres (du slow culture en quelque sorte).

En contrepoint, le producteur indépendant Patrick Zelnik, PDG de Naïve balaye la distinction publique de niches ou de masse, en revendiquant que la diversité des publics s’imposent d’elle-même. Par contre, il faut créer les conditions – par la réglementation et l’offre – pour éviter toute forme d’hégémonie. « La culture ne doit pas être une exception, un mauvais mot pour une vraie réalité, elle doit être générale’ a conclu Patrick Zelnik ?

 

La performance de Tishani Doshi et Markus Schmidt a magnifiquement illustré la beauté du risque de l’acculturation créative.  Ils se sont rencontrés dans le TGV spécial du Forum d’Avignon. Ils ont échangé sur leurs vocations respectives – la poésie et la musique. Mais c’est seulement plus tard, après avoir entendu Tishani Doshi lire ses poèmes, que Markus Schmidt suggère une possible collaboration. La musique, sans rien enlever au poids des mots, ajoute de l’épaisseur et de la texture aux poèmes.

 

Pour la deuxième table ronde, ‘ La culture, un pari risqué ?’ inspirée de l’étude Kurt Salmon sur ‘La fabrique de l’ innovation’ , plusieurs pistes ont été développées :

- le risque que le vol ou la contrefaçon d’œuvres de l’esprit tarisse le financement d’œuvres, les financiers ne pouvant amortir leurs investissements, les créateurs n’ayant plus les moyens de se rémunérer, c’est l’avertissement qu’est souhaité faire Rick Cotton, Vice-Président exécutif  et directeur juridique, NBC UNIVERSAL,

- le risque de laisser les champs libres à la création anglo-saxonne a été évoqué par Carlo d’Asaro Biondo, Président, Operations Southern Eastern Europe, Middle East Africa, Google, rappelant que la culture constituait un enjeu clé pour la compétitivité des pays dans la mondialisation. Il faut défendre le droit d’auteur sans pour autant dresser des frontières sur le net qui n’existent pas.

- le risque de ne pas devenir soi même, et celui que le chorégraphe et directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne Mourad Merzouki a choisi de brosser. Sans le soutien d’une institution ou d’un mécène qui a pris le risque de reconnaître son travail, de le sortir des étiquettes qui collent à la rue, il ne serait pas l’artiste qu’il est devenu. Il revendique la nécessité de lancer des passerelles entre les disciplines, et les dialogues entre les arts.

 

En temps que témoin, Jérôme Clement, a rappelé que le risqué est inhérent à la culture, pour celui qui la produit comme celui qui la reçoit. Et propose quatre réflexions : il est toujours difficile de savoir ce que la culture peut rapporter, tant an niveau individuel que collectif, mais une politique de l’offre culturelle demande une régulation et un soutien publique, la culture reste un atout plus qu’un risque, une chance sociétale qu’un travail pédagogique peut finir par rendre évident, le geste créatif ne dépend pas du digital, enfin le véritable risque pour la diversité culturelle est le manque d’engagement de l’Europe.