Culture is future »

16.11.2012

#FA2012 : Le point de vue de Pascal Lechevallier (Zdnet)

Pascal Lechevallier, consultant et blogueur sur Zdnet, a assisté au Lab du Forum d’Avignon, à la session d’ouverture, ainsi qu’à la session « Les raisons d’espérer de la culture ». Il revient sur ce qui l’a marqué. 

 

Pascal Lechevallier, à mi-chemin du Forum d’Avignon 2012, Que retirez-vous du contenu des interventions ?

C’est ma première participation et ce qui m’intéressait, c’était justement, au-delà des raisons d’espérer, le passage de la culture traditionnelle à la culture numérique, soit le sujet qui, je pense, suscite le plus d’enjeux et d’interrogations. Ce qui est très intéressant c’est qu’on constate malgré tout que les frontières restent établies. Après une journée de débats, j’ai du mal à identifier ce qui a été décrit par un des participants comme « la poussière numérique », je n’en vois pas la trace, il est difficile de voir comment on peut avoir véritablement espoir en le numérique. Stéphane Richard, le patron d’Orange, s’est posé comme grand défenseur de l’industrie numérique à travers les contenus et toutes leurs initiatives, mais avec un peu plus de recul on s’aperçoit que le lien est difficile à trouver. Le véritable enjeu est là. Ce lien va arriver par l’action politique, c’était le discours d’hier, mais aussi par les actions et initiatives des artistes eux-mêmes.

Mais finalement reste une question clé : celle de la distribution et de l’exposition, sans lesquelles la culture n’a pas de sens. On s’aperçoit que pour ce qui est de la distribution, il y a toujours aujourd’hui des barrières énormes. Il y a une chaîne qui est ici, qui s’appelle la chaine Icono et qui m’expliquait tout à l’heure qu’elle n’arrive pas à se faire distribuer en France alors que c’est une chaine gratuite. La culture ce n’est pas forcément quelque chose « mainstream » comme certains disent, c’est-à-dire accessible à tous, ça peut être extrêmement précis et s’adresser à un public très réduit. Cette chaine de télévision, qui est un concept novateur, n’arrive pas à se faire distribuer en France.

C’est là qu’on voit bien la dichotomie entre un discours et une réalité qui fait qu’au bout du compte, on ne répond pas vraiment à la question. Il y a des raisons d’espérer, et j’espère que les débats continueront d’avancer dans cette direction, mais la passerelle n’existe pas vraiment encore et le danger qui règne sur les industries traditionnelles de la culture c’est que cette révolution imposée par  le numérique déstructure complètement le modèle. De grandes interrogations se posent, la ministre hier a bien rappelé que la culture c’était aussi de l’économie et qu’il fallait des indicateurs et mener des actions pour sacraliser soit l’exception culturelle soit la culture en elle-même. Tout le débat est là, la route est longue mais on avance à petits pas.

 

Si vous deviez retenir une intervention en particulier ?

Pour l’instant, je pense qu’on est resté dans le conventionnel. Il y a évidemment eu une intervention d’Elie Barnavi qui justement mettait un peu de hauteur par rapport au sujet lui-même. Pour l’instant, ce qui est intéressant à retenir, c’est l’imprégnation globale. Rien ne ressort directement, le sujet est tellement complexe qu’il faut prendre le temps de revenir dessus. La plus belle intervention finalement, c’est celle qui est passée sans mots ni paroles, celle de Renaud Capuçon qui a joué son morceau de musique et qui a fédéré les gens. Au-delà de ça, je pense que les industries culturelles sont dans l’apprentissage du numérique et que c’est un processus très long. Et qui peut d’ailleurs être très destructeur. 

 

Il est toujours compliqué d’être absolument exhaustif et d’aborder tous les aspects d’une problématique en une seule conférence.  Quelle question, selon vous, n’a encore été pas abordée et mériterait de l’être ?

On n’a pas beaucoup parlé de distribution. Internet ne facilite pas nécessairement la distribution, loin de là. La culture s’appuie sur une économie, qui est un peu battue en brèche par ce qu’on appelle les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). Cela a été un petit peu évoqué. Pascal Rogard l’a évoqué en rappelant que Bruxelles poussait au libre-échange sans tenir compte des spécificités locales. C’est un vrai sujet car la culture n’est pas l’uniformisation. Les outils qui sont en train d’émerger ont tendance à effacer les différences, ce qui n’empêche pas d’ailleurs de voir un chanteur coréen émerger mondialement, ce qui n’aurait peut-être pas pu être le cas il y a 10 ans. On pense souvent que la culture est gratuite alors qu’elle repose sur une économie. Le vrai danger c’est la déstructuration des règles économiques qui régissent la culture aujourd’hui par l’arrivée de nouveaux modèles qu’on a du mal à maitriser. La question est là : les raisons d’espérer, dans quel modèle ? Il n’y a pas de réponse immédiate, mais ce qui est intéressant c’est de voir cette diversité de témoignages et d’intervenants autour de tous ces sujets-là. Mais cette problématique durera 10,15 ou 20 ans…

 

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Pour poursuivre la discussion: @PLechevallier