Culture is future » Innovation et numérique

12.10.2011

DEBAT 2011 - Référencement et prescription des oeuvres de l’INA sur Internet par Mathieu Gallet

Mathieu Gallet, PDG de l’INA

Qu’est-ce qui distingue l’offre de l’Ina sur le marché de la vidéo en ligne ?

Même si la situation évolue progressivement, la vidéo sur Internet est encore largement dominée par la pratique du user generated content  (UGC), où l’utilisateur met lui-même en ligne des contenus de diverses provenances, amateurs ou professionnels. C’est un système à l’origine d’une formidable diversité, mais qui a aussi donné naissance à une offre plus ou moins anarchique, peu transparente et peu lisible, sans même parler des atteintes au droit de la propriété intellectuelle.

Dans cet univers où tous les détournements sont possibles, l’originalité de l’Ina est de proposer au grand public des contenus sourcés et authentifiés. Lorsque vous visionnez une vidéo sur Ina.fr, elle est toujours accompagnée d’un descriptif réalisé par un documentaliste professionnel : vous savez d’où elle provient, à quelle date elle a été diffusée, par qui elle a été réalisée… C’est là tout l’apport de l’Ina : nous proposons des images gratuites, mais avec une forte valeur ajoutée.

Quels sont les enjeux liés à la mise en valeur du patrimoine sur Internet ?

Grâce à la numérisation entreprise depuis 1999, nos archives ont radicalement changé de nature : elles sont devenues des objets audiovisuels instantanément consultables et communicables, accessibles à tous depuis le lancement d’Ina.fr. D’institution dédiée aux professionnels, l’Ina est ainsi devenu une entreprise culturelle de l’audiovisuel, qui œuvre à la diffusion la plus large possible de ce patrimoine.

Pour autant, dans un monde numérique caractérisé par une sorte d’hyper-présent, la place du contenu d’archive ne va pas de soi. Pour qu’il acquière une large audience, il faut parvenir à le présenter sous un jour nouveau, en le faisant entrer en résonnance avec les centres d’intérêt et les préoccupations des internautes d’aujourd’hui. C’est tout le rôle du travail éditorial que nous réalisons sur Ina.fr : quotidiennement, nous proposons notamment une vidéo du jour et des dossiers thématiques en lien direct avec l’actualité, qui renouvellent le regard porté sur notre fonds.

Le public a aussi la possibilité de découvrir nos images à travers des interfaces novatrices que nous développons nous-mêmes, comme les fresques interactives ou les web-docs, qui font l’objet d’une éditorialisation très poussée. Enfin, nous imaginons des dispositifs qui permettent à l’utilisateur de s’approprier directement l’archive et d’interagir avec elle.  Nous avons ainsi déjà organisé plusieurs concours de « remix » d’images autour de différentes villes – Berlin, Paris, Gdańsk et aujourd’hui Montréal – toujours avec un très grand succès.

Quelles stratégies développez-vous pour améliorer le référencement et l’audience des vidéos de l’Ina ?

Lorsqu’Ina.fr a été lancé en 2006 – alors que la vidéo sur Internet était encore un phénomène assez neuf – nos images étaient accessibles uniquement via la page d’accueil ou les moteurs de recherche. Aujourd’hui encore, environ deux tiers des visites nous arrivent depuis les moteurs, uniquement par le biais du référencement « naturel » de notre offre.

Petit à petit, ce dispositif a évolué pour laisser plus de place à des logiques de partage et de dissémination. Depuis 2009, le site est doté d’un player exportable qui nous a permis de développer de nombreux partenariats, avec des sites aussi divers que yahoo.fr, lemonde.fr, linternaute.com, lequipemag.fr… Une vidéo mise en valeur sur l’un de ces sites peut obtenir jusqu’à 70 000 visionnages, voire plus pour les plus grands « buzz ».

Pour nous, il est dorénavant crucial d’être présent aux grands carrefours d’audience du Web. Nous avons déjà un partenariat fort avec Dailymotion, qui nous a permis de toucher un nouveau public et de faire connaître plus largement des offres qui connaissent un grand succès, comme « le journal de votre naissance ». Naturellement, les stratégies de viralité et les réseaux sociaux jouent également un rôle essentiel : le nombre de vidéos vues a ainsi considérablement augmenté depuis que notre player est exportable sur Facebook.

Plus récemment, l’Ina s’attache à développer sa présence sur tous les supports : les smartphones, les tablettes, et bien sûr les télévisions connectées, qui sont aussi une manière pour nos archives de retrouver la place qui était initialement la leur, l’écran du salon.