Culture is future » Financements et modèles économiques

24.09.2011

DEBAT 2011 - Propriété intellectuelle - Le Théâtre Marigny par Nicolas Dussart

dussartNicolas Dussart est Directeur Général Délégué du Théâtre Marigny 

Pouvez-vous décrire votre métier et en quoi les questions liées à la propriété intellectuelle influent sur votre organisation ?

Aux côtés de son Directeur Pierre Lescure, nous avons engagé depuis plusieurs mois le Théâtre Marigny, dans une politique ouverte et ambitieuse. Qualité de la programmation, diversité des formats, des genres, des événements, circulation des publics, modernité des installations font de ce lieu historique une nouvelle plateforme d’échanges, de création, d’émotions à la pointe de l’innovation culturelle.

Avec les nouvelles pratiques et attentes culturelles liées au développement des technologies, les enjeux de la question de la propriété intellectuelle sont devenus primordiaux. On pourrait croire de prime abord que les contraintes de la représentation, d’une temporalité « éphémère », de la présence nécessairement « vivante » des acteurs préservent l’espace scénique du débat contemporain sur les droits d’auteurs. Au contraire, le théâtre doit plus que jamais s’adapter aux nouveaux modes de consommation culturelle. Qu’est-ce qu’une salle de spectacle à l’heure du net ? Le Théâtre Marigny a délibérément choisi le futur : captation et retransmission, éditions et applications smart phone, « channel » numérique d’échange avec les artistes, le public… Ces innovations nécessitent bien sûr une adaptation et une attention toute particulière aux mécanismes de propriété intellectuelle.

Quels sont pour vous les 2-3-4 enjeux actuels de la propriété intellectuelle ?

Industrielle, littéraire ou artistique, la propriété intellectuelle a fait et fait toujours l’objet de débats passionnés. Elle s’illustre désormais sur des équilibres similaires à l’art dramatique : unité de temps, unité d’espace, unité d’action.

Unité de temps : la propriété intellectuelle doit concilier à la fois l’histoire – l’incitation à la création est ancienne - et la modernité. C’est à la pointe de l’innovation qu’elle connaît ses interrogations les plus fondamentales avec la diffusion des biens culturels sur le réseau numérique.

Deuxième défi, l’unité d’espace : la dématérialisation, la reproductibilité des œuvres et leur circulation impliquent désormais une harmonisation des législations internationales. Si sa traduction juridique et économique ne fait toujours pas consensus suivant les pays, que dire du principe même de propriété intellectuelle ? Est-il une valeur universelle ?

Unité d’action enfin : la définition de solutions technologiques et juridiques adaptées suppose de nouvelles façons de travailler ensemble. Utilisateurs, créateurs, partenaires publics, privés, éditeurs de logiciels, institutions culturelles, doivent réinventer leurs modes de collaboration.

Quels liens unissent les artistes et les marques  ou les institutions et les marques ou les créateurs et les marques ?

Art, culture et marque ne sont plus aussi incompatibles qu’était l’idéal d’un artiste détaché des contingences matérielles.

Aujourd’hui, l’institution culturelle est elle même une « marque » : c’est par son identité, l’originalité de son positionnement, de son offre, qu’elle peut être reconnue du public et soutenue par ses partenaires. La « marque » Marigny aujourd’hui existe, c’est une référence d’ouverture, d’excellence, de beauté, d’innovation.

Mais au delà de la notion de « marque », c’est plutôt par la convergence de valeurs, le partage d’envies et d’univers que spectateurs, artistes, entreprises, mécènes, lieux de représentations ou d’exposition font émerger des modèles de création gagnant-gagnant. Des univers qui, hier encore semblaient difficilement compatibles peuvent aujourd’hui rêver et mettre en oeuvre des passerelles, des collaborations démultipliées, notamment grâce à l’apport des technologies et aux échos qu’elles engendrent. Le Théâtre Marigny s’engage, pour le rapprochement entre le monde culturel et les marques à travers des nouvelles perspectives de création, dans le respect de la légitimité et de l’identité de chacun.