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02.11.2011

DEBAT 2011 - Propriété intellectuelle - La paroles aux artistes : réutilisation des oeuvres

Le Forum d’avignon a interviewé 25 artistes internationaux pour préparer le débat sur la propriété intellectuelle

Comment percevez-vous la réutilisation de vos œuvres par d’autres ?

 

 

Paul ANDREU, architecte

Tout artiste se nourrit des autres, de tous les autres : il prend (il doit être libre de le faire) et transforme (c’est une obligation pour le moins morale), il accepte, et s’honore que ses œuvres en nourrissent d’autres. Le monde des idées et de l’art est un monde d’échanges et de développements collectifs. Il est précieux pour tous, il faut le protéger des pilleurs. 

 

 

 

Jean Jacques ANNAUD, réalisateur

Je  comprends que la liberté de piller des magasins de chaussures ou d'écrans plats fasse partie des revendications, comme celui de consommer gratuitement des travaux qui demandent la collaboration d'un grand nombre de salariés pour exister. La création cinématographique requiert des moyens matériels qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, financer. Ou voir disparaitre. 

 

 

Nabil AYOUCH, réalisateur

Il n'y aucun moyen d'y échapper, ni aucune raison. Tout a déjà été inventé depuis tellement longtemps qu'il serait prétentieux de croire que "nos" œuvres ou nos idées nous appartiennent. Elles s'inscrivent dans un contexte nouveau et c'est ce qui les différencie. Mais leur raison d'être est de circuler et d'être recyclées..

 

 

 

Philippe CLAUDEL, réalisateur

L'œuvre est une matière magnifiquement volatile. Elle naît chez l'un, mais n'existe que si le regard de l'autre la considère. Aussi ne faut-il pas s'étonner de sa diffusion. Elle essaime et fertilise. Cela a toujours été. La littérature est une vaste entreprise de recyclage. Il faut bien sûr distinguer le plagia pur et simple, stérile et condamnable, des emprunts, hommages, généalogies de créations, dettes, qui eux sont vivifiants et stimulants.

 

 

 

Jean Pierre et Luc DARDENNE, réalisateurs

En art, tout artiste est à la fois héritier et découvreur. Il est normal que nos découvertes se transmettent à leur tour. 

 

 

Wim DELVOYE, réalisateur

C’est presque flatteur. Mes rayons X par exemple ont une vie séparée sur Internet, une vie anonyme en tant qu’image connues pour être téléchargées et imprimées sur des dépliants, des cartes postales, etc. Bien sûr, je ne suis pas content de voir que je ne suis pas mentionné comme auteur de ces images mais j’aime trop la « liberté » qu’Internet nous offre pour m’en inquiéter. J’ai moi-même utilisé des logos de compagnies connues dans mon travail, alors je ne peux pas trop râler par rapport aux autres personnes utilisant mes images.

 

 

 Laurence EQUILBEY, chef d’orchestre, directrice musicale d’Accentus

On me dit souvent que la création d'Accentus a inspiré en France quelques chefs, qui ont eu envie de tenter une aventure similaire. Je trouve cela enthousiasmant. Je ne suis sinon qu'une interprète, mes œuvres sont déjà en quelque sorte une exploitation de celles de quelqu'un d'autre!

 

 

 

Jochen GERZ, artiste plasticien

Cela n’a pas de sens de limiter ce que nous appelons communication à l’entité et l’identité des personnes. La même personne qui traite son œuvre en tant que propriété privée veut la transmettre aux générations futures. Il n’y a pas de propriété privée au delà de la période où nous vivons. L’art est comme l’aspirine : cela se dissous dans l’eau, et n’a pas beaucoup de sens en soi. Il ne prend forme que dans la perception d’autrui (le spectateur ou l’auteur), où il se métamorphose.

 

 

 

JUL, dessinateur

Si capillarité  il y a , autant évoluer parmi des "amis choisis": ainsi, je suis pour la plus grande générosité pour l'utilisation de travaux par d'autres dans des cadres et pour des causes dont je partage les enjeux, les objectifs, l'esthétique; et la plus grande intransigeance pour les réutilisations mercantiles au service d'intérêts et de profits particuliers et corporatistes quand je suis opposé à  leurs objectifs.

 

 

 

Radu MIHAILEANU, réalisateur et scénariste

Si cela se fait dans le cadre d'une autorisation et d’acquittement de droits, comme cela se pratique depuis la nuit des temps, je suis pour, tout artiste ayant inspiré d'autres. Ce ne sont pas de nouveaux modes de diffusion qui doivent changer l'esprit de respect de la propriété intellectuelle. 

 

 

 

 

Christopher MILES, film director 

Inspiration et courant de pensée – et montrer comment cela était perçu à l’époque.

 

 


 

 

Christine ORBAN, écrivain

Je ne suis pas philosophe, juste romancière… Mais quand il arrive qu’une de mes phrases soit reprise cela me fait plaisir, à condition bien sûr que l’on me cite.

 

 

 

ORLAN, artiste

Je trouve intéressante la réutilisation de mon œuvre par d’autres à condition qu’ils soient honnêtes et le fassent savoir, qu’ils s’en servent pour créer leurs propres œuvres et pas seulement par facilité – j’ai moi-même souvent cité mes propres œuvres dans les nouvelles, pointant la relation intrinsèque d’une œuvre à l’autre…

 

 


 

Jean-Marie PERIER, photographe

Tous les artistes sont inspirés par leurs prédécesseurs et inspirer à son tour est un privilège. Tout ce que l'on crée nous est « prêté ».

 

 

 

PLANTU, dessinateur

Nous cédons gratuitement les droits pour les scolaires ou les universitaires lorsqu’ils utilisent les dessins dans le cadre de leur travail pédagogique. Toutefois, lorsqu'il s'agit d’éditeurs de livres scolaires comme Bordas, Nathan ou Hatier, nous établissons un accord normal entre le dessinateur et la maison d'édition : nous demandons donc des copyrights. En ce qui concerne Cartooning for Peace, l’association que je préside : lorsque nous faisons une rencontre ou une exposition, nous accordons des droits gratuits aux médias (nous avons l’accord de tous les dessinateurs de l’association) pour illustrer la couverture presse ; mais dès qu’un média souhaite utiliser le même dessin en dehors de la manifestation, alors il s’agit de copyrights payés aux dessinateurs.

 

 

Marjane SATRAPI, réalisatrice

 Il y a une très grande différence entre ceux qui vous copient et ceux que vous inspirez. Il y a des gens qui vous reproduisent sans aucun état d'âme, je ne peux pas vraiment dire que je les porte dans mon cœur, après s'il y a reprise, inspiration ou influence, cela veut juste dire que le travail initial a été reconnu. 

 

 

Kjetil Tredal THORSEN, architecte

La plus grande reconnaissance que quelqu’un puisse recevoir est d’être copié par les autres. Cependant cela ne signifie pas que j’apprécie sans rien dire la réutilisation d’idées, de concepts ou de solutions par d’autres, mais il faut soutenir ceux qui développent un but commun en utilisant nos idées pour avancer. Dans notre propre processus, nous essayons toujours de “nous réinventer” à chaque fois, notamment en réagissant contextuellement à toute condition donnée. Plus problématique, je trouve irrespectueux les reconstructions ou modifications de bâtiments que nous avons construits en utilisant d’autres architectes qui ne s’appuient que sur le coût.

 

Barthélémy TOGUO, artiste plasticien

Ca ne me dérange pas, tant que le but est la recherche d'une autre esthétique. C'est comme dans le football, un défenseur sort une balle dangereuse dans la surface de réparation, la glisse au latéral gauche, qui prolonge avec la balle sur les côtés, fait une belle passe  à l'ailier qui dribble un adversaire, prolonge la course en vitesse  et sort un centre en hauteur qui tombe directement sur la tête de son attaquant de pointe en bonne position qui saute plus haut que la défense adverse et marque un joli but de la tête à l'angle de la lucarne du gardien. L'artiste a le droit de prolonger une action entreprise par un autre.

 

 

 TOTONHO, artiste 

Je suis un peintre, pas un prophète. Si je pouvais seulement prédire le futur… J’espère que mes peintures sensibilisent les enfants – artistes, politiciens et entrepreneurs de demain, et donne naissance à une vision plus respectueuse de la planète.

 

 

 Natacha WOLINSKI, écrivain

La réutilisation, le sampling, la réappropriation ne me gênent pas s'ils sont faits avec humour ou génie.