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02.11.2011

DEBAT 2011 - Propriété intellectuelle - La paroles aux artistes : la gestion des droits

Le Forum d’avignon a interviewé 25 artistes internationaux pour préparer le débat sur la propriété intellectuelle

Dans 10 ans, à qui confierez la gestion des droits de vos œuvres ? 

 

 

Paul ANDREU, architecte

Passe encore de semer…je ne me soucie pas trop de ce que je ferai dans dix ans. D’une manière générale, les créateurs et les artistes mangent et dorment tous les jours, comme les autres. Le droit moral est une chose importante mais qui ne permet ni de manger ni de dormir. Il faut donc un système global de rémunération de la création par ceux qui en bénéficient, directement et indirectement. Lequel ? Pas celui en tout cas de la grande distribution.

 

 

Jean Jacques ANNAUD, réalisateur

Le droit d'auteur, comme le droit moral de celui qui a conçu un tableau, un roman, une symphonie a été un combat pour tous les auteurs de tous les pays et de tous les temps. Il a été mené et gagné d'abord en France. Revenir sur cette victoire du respect du créateur me semble une funeste régression. Mais je comprends l'excitation qu'il y aurait pour un nouveau re-créateur de découper les toiles de Leonard de Vinci, de Friedrich et de Monet pour en faire un génial collage qui deviendrait son œuvre.

Je ne me préoccupe guère de mes travaux passés, à condition qu'on les laisse faire leur chemin, fleurir ou mourir dans l'état que j'ai voulu pour eux.

 

 

Nabil AYOUCH, réalisateur

Le respect du droit moral est fondamental mais ne concernera pas (uniquement) le gestionnaire des droits de mes œuvres. C'est une question qui relève des autorités publiques et de la perception que les futurs "consommateurs" de mes films auront des droits d'auteur dans vingt ans. L'éducation a un rôle très important à jouer dans ce domaine. L'arrivée des nouvelles technologies ne doit pas engendrer une relation de méfiance entre les créateurs et leur public. Elle doit engendrer de nouveaux comportements, de nouvelles manières d'appréhender l'œuvre et son rapport au temps.

 

 

Philippe CLAUDEL, réalisateur

Serais-je encore là dans dix ans? Admettons. Dans ce cas, les droits moraux sont plus importants pour moi que l'optimisation de mes revenus. L'argent n'est pas une valeur morale ni artistique. J'aimerais que le travail créatif soit mesuré selon un autre étalon, mais qu'il soit pour autant protégé de tout pillage. Le créateur n'a pas vocation à devenir un nabab, ni un paillasson sur lequel on peut s'essuyer. Sa place est ailleurs. Et ses œuvres n'ont pas à être considérées sur le même plan que des biens marchands ou des produits financiers.

 

 

 

Jean Pierre et Luc DARDENNE, réalisateurs

Nous confierions la gestion des droits de nos œuvres à celui qui en assurera la plus grande diffusion dans le respect du droit moral.

 

 

Wim DELVOYE, réalisateur

Je confierai le management de mes droits à  mon entreprise. Cette compagnie existe déjà. Garantir le droit moral est le plus important, puis assurer une large diffusion. Je n’ai aucune illusion à propos des revenus mais ils pourraient aider la compagnie à être « perpétuelle ». Je suis très intéressé par le succès récent des Schtroumfs. Cela a été un travail de 40 ans mais les Schtroumfs sont les Belges les plus connus. Pour moi, il est difficile de choisir entre le succès d’un artiste avant-gardiste et le succès des Schtroumpfs. Mais c’est peut être très « avant-garde » de confondre ces deux différentes ambitions.

 

 Laurence EQUILBEY, chef d’orchestre, directrice musicale d’Accentus

Je laisserai tous mes droits à une association qui œuvre pour l'égalité entre les hommes. Si c’était aujourd'hui, j'en choisirais une qui tente de renforcer la présence des femmes dans les postes exécutifs ; le secteur artistique est notamment loin d'être exemplaire : l'exécutif administratif des institutions culturelles est tenu par à peine 12% de femmes, et la programmation, par ces institutions, de femmes dans des rôles exécutifs artistiques est de moins de 5%... Je pense que ce signal n'est pas un bon signal de société, et je crois que nous paierons un jour cher cette piètre mixité. C'est pourquoi je donnerai mes droits à une cause défendant l'égalité entre les humains.

 

 

 

Jochen GERZ, artiste plasticien

Je confierais la gestion à quelqu’un qui garantisse sa circulation. Décider autrement montrerait que j’ai peu de confiance en mon œuvre et ses droits moraux… 

 

 

 

JUL, dessinateur

Comme toujours, à la carte : je pense qu'il faut parvenir à avoir en parallèle un travail et une diffusion vers un large public avec des revenus équitables pour l'auteur, en maintenant une propriété intellectuelle étroite et un droit de regard permanent sur l'utilisation des œuvres. Il faudra faire des contrats "en dentelle" !

 

 

 

Radu MIHAILEANU, réalisateur et scénariste

A ceux qui assureront la plus grande diffusion dans le respect du droit moral !!!!!! Une œuvre est forte par ses qualité et ses imperfections, personne d'autre que l'auteur qui l'a signée n'a le droit de « l'améliorer », de la déformer. Imaginez quelqu'un essayant d'améliorer un Van Gogh, un Mozart, un Dostoïevski ou un Bergman.

 

 

 

 

 

Christopher MILES, film director 

A quelqu’un qui les garantirait la grande diffusion, le respect du droit moral, et l’optimisation des revenus, après tout le droit d’auteur devrait être le droit d’auteur…

 


 

 

Christine ORBAN, écrivain

Le droit moral et la plus grande diffusion ne sont en rien antinomiques à la diffusion de mon œuvre ;  je pense même que l’éditeur à qui on confie une œuvre a un devoir de diffusion qui ne porte pas préjudice au droit moral d’un auteur.

 

 

 

 

ORLAN, artiste

Je pense que les trois aspects de la question (grande diffusion, respect du droit moral, optimisation des revenus) se conjuguent et sont difficiles à séparer. Je ne peux que souhaiter la meilleure valorisation possible de mon œuvre et cela passe par une grande diffusion (dans les lieux clés) qui en garantit le respect et le droit moral, le reste suit…  

 

 


 

Jean-Marie PERIER, photographe

A Photo 12, mon agence actuelle qui gèrera la diffusion, le droit moral et les revenus pour mes enfants beaucoup mieux que je ne saurais le faire. Du reste, si je vis aujourd'hui, c'est grâce à leur travail.

 

 

PLANTU, dessinateur

Dans 10 ans je continuerai encore à m’en occuper des droits de mes dessins. Je tiens à veiller à ce qu’ils soient bien respectés : il ne s’agit pas seulement de défendre les droits des images, nous nous battons aussi pour faire respecter nos droits à une image journalistique, éditoriale et responsable. Les médias demandeurs doivent le comprendre. Mes dessins ne sont pas anodins et il n’est pas question que mes caricatures se retrouvent sur n’importe quel support. Tout a du sens et notre époque oublie un peu trop souvent qu’un dessin de presse politique est porteur d’un message précis ; il ne s’agit pas seulement de belles images qui serviraient à faire de jolies taches sur la maquette des pages. Une caricature est le fruit d'un travail et elle véhicule une pensée éditoriale qui doit toujours être maîtrisée. C’est un combat de tous les jours. Il n'y a pas de journée sans que nous ne soyons obligés de batailler pour faire respecter nos droits de dessinateurs de presse. J’ai une assistante au journal qui veille à tout cela afin de me protéger. Quant à la gestion du stock d’originaux, nous sommes en pourparlers depuis plusieurs années avec l’IMEC (Institut de la mémoire Contemporaine) qui souhaite stocker les dessins dans son centre de documentation près de Caen. Les chercheurs, les étudiants et les journalistes peuvent, après autorisation, consulter tous les fonds de la culture contemporaine. L’avantage de l’IMEC est que l’auteur peut à tout moment reprendre son stock d’originaux ; ce que ne propose pas la BNF (lorsqu’on lui donne un fond, c’est pour toujours).

 

 

Marjane SATRAPI, réalisatrice

Par ceux qui défendront le mieux l'intégrité de mes œuvres, qui ne feront pas n'importe quoi pour de l'argent. En fait, c'est à moi-même que je confierais la gestion des droits de mes œuvres. Et après.... je ne compte pas mourir d'aussitôt.

 

 

 

 

 

 

Kjetil Tredal THORSEN, architecte

Définitivement celui qui protégera le droit moral …

 

 

 

 

 

Barthélémy TOGUO, artiste plasticien

A celui qui garantira le respect du droit moral.

 

 

 

 

 TOTONHO, artiste 

De préférence quelqu’un avec des intérêts communs ; quelqu’un qui à une vision humanitaire, respecte la nature, est intéressé par la culture et moins corrompu par le capitalisme. 

 

 

 

 Natacha WOLINSKI, écrivain

Dans dix ans, l'autoédition se sera développée et perfectionnée. Il est assez tentant de s'autonomiser du système éditorial actuel où l'écrivain ne touche que 10% de droits d'auteurs...