Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

01.06.2012

DEBAT 2011 - Investir la culture - Interview de David Throsby

Quel est le lien entre la croissance/performance économique et la créativité?

Il est de plus en plus évident que la créativité est indispensable à la promotion de l’innovation au sein du secteur économique. Les idées créatives sont un ingrédient essentiel de l’innovation du produit et du processus, et ces types d’innovation conduisent à un changement technologique, qui à son tour alimente la croissance économique. Ainsi un lien entre la créativité et la performance économique des entreprises et des économies en général est établi. Les industries culturelles ont un important rôle à jouer dans la création d’idées nouvelles. Si nous pensons les industries culturelles comme un système où les arts créatifs se situeraient au centre, nous commençons à comprendre comment les artistes et les organisations d’art génèrent des idées qui sont par la suite diffusées par les industries créatives à travers les films, les médias, l’édition, la mode et le design et contribuent à l’innovation à la fois dans le secteur des industries créatives et dans le secteur économique en général. De plus, les travailleurs créatifs qui ont eu une formation artistique ont eu une mobilité telle qu’ils appliquent leurs talents et compétences dans d’autres industries, qui peuvent être loin du secteur culturel, comme la manufacture ou les services financiers. Toute économie qui cherche à maximiser son potentiel d’innovation devrait entretenir son secteur culturel, et en particulier assurer la santé et la durabilité des arts créatifs même, où les idées émergent et où les personnes créatives acquièrent compétences et expériences.

Quels sont les facteurs de risque et de succès dans l’investissement culturel ?

Le terme “investissement culturel” inclue une variété de formes et de niveaux de dépenses culturelles par le secteur public, les entreprises privées et les partenariats public-privé. D’un côté, nous observons le type d’investissement à long terme dans les infrastructures culturelles qui génère peu à peu une valeur économique et culturelle, et qui est essentiel pour étayer la santé culturelle d’une communauté et d’une nation. Par exemple, l’investissement dans les institutions culturelle comme les musées, galeries, bibliothèques, archives, systèmes de diffusion publics, patrimoine historique etc  permettent de financer des fondations nécessaires à une vie culturelle pensée et animée. Il faut également comprendre que ces dépenses, faites par les gouvernements ou les dirigeants d’entreprises, ne sont pas limités aux organisations à grande échelle mais également aux petites entreprises artistiques, où une aide financière relativement modeste peut être considérée comme un investissement dans le développement artistique et financier des entreprises créatives. A l’inverse, il existe un investissement à des fins spéculatives – un nouveau festival, un projet de film, une restauration d’un patrimoine à des fins de développement touristique, une production de théâtre avant-gardiste ou une initiative qui utilise un nouveau média ou des technologies numériques aux applications culturelles. Ces types d’investissement sont similaires aux dépenses de recherche et développement dans l’économie en général, dans la mesure où leur chance de succès est difficile à prédire. Dans le secteur culturel, ce type de risque fait partie de la vie, mais lorsque le projet réussi, les retombées peuvent être très élevées – parfois culturellement, parfois financièrement, et dans le meilleur des cas, les deux. Il y a ici des implications politiques. Les organismes publics peuvent aider les investisseurs en capital risque et autres en partageant les risques – ce genre d’incitation à l’innovation est utilisé dans beaucoup de secteurs industriels et leur application au secteur culturel a besoin d’être plus largement appréciée.

Peut-on imaginer un développement culturel sans investissement financier?

Si par “développement culturel”, on entend le progrès des arts, la réponse est probablement “oui”, dans la mesure où les artistes ont toujours continué à créer de l’art grâce à un élan naturel qui leur permet de réaliser leur vision artistique, indépendamment des circonstances économiques. Mais de nombreuses études montrent qu’il n’y aucun doute sur le fait que les artistes contemporains, à travers toutes les formes d’art – écrivains, artistes visuels, musiciens, acteurs, danseurs etc…, ne peuvent consacrer autant de temps qu’ils souhaiteraient à leur activité artistique du faire de contraintes financières. Ainsi, il n’y a de même aucun doute que l’investissement avisé dans le développement culturel par les gouvernements, les entreprises, les fondations et les citoyens est essentiel pour engendrer les conditions nécessaires à un épanouissement total d’une activité artistique. On a juste à explorer l’histoire des arts créatifs pour reconnaitre que les périodes les plus productives ont été celles où la créativité était encouragée par des systèmes stables d’aide financière pour les artistes et pour des organisations et entreprises culturelles. Ces arguments sont importants dans les pays industrialisés, mais sont également pertinents dans les pays en développement – il est de plus de plus reconnu que l’investissement financier dans les industries culturelles peut être un élément significatif dans la promotion du développement dans les pays les plus pauvres, sachant le rôle que ces industries peuvent avoir en terme de cohésion social, de pouvoir économique, atténuation de la pauvreté et la viabilité culturelle.

Crédit photographique : Macquarie University