Culture is future » Innovation et numérique

14.12.2011

DEBAT 2011 - Culture & Innovation à l'ère numérique, par Amit Khanna

Culture : une configuration des croyances, des connaissances, des histoires, des mythes, des tradition, de l’art 

Société : un rejeton de la culture; transitoire

Media   : moyens de communication

Depuis l’aube de la civilisation, la communication a été un catalyseur du développement humain Les medias utilisés pour communiquer ont changé : de la simple conversation populaire il y a des milliers d'années aux conversations actuelles “n’importe où, n’importe quand” via des vidéos, des échanges vocaux ou de données ; pour propager une idée, un rêve, une idéologie, une expérience ou simplement des biens et services, pour resserrer les liens ou simplement pour tuer l’ennui. Les médias sont omniprésents (une arme de distraction massive comme les a décris un acteur américain au sujet de la diffusion de projections de missiles en Irak). Aujourd'hui, une bonne description d'un nouveau phénomène mondial : la colonisation de l'esprit. Le monde postindustriel a transité en une économie de la connaissance et finalement, maintenant tout tourne autour de l’occupation de l’esprit. Les frontières géographiques, les frontières culturelles, les alignements politiques sont tous en cours de redéfinition dans cette succesion de moments historiques.

Le rythme du changement social, économique et politique est angoissant. L'obsolescence technologique embrouille la stagflation intellectuelle. Les symboles de l'individualité, de la foi, de l’appartenance nationale, de la sémiotique de l'existence humaine ont évolué en une corne d'abondance transgénique. Un barrage d'images satellite est le champignon atomique de notre temps mettant en scène des les balles réelles du quotidien en prime time. Est-ce une métaphore de titres des journaux de dire que les despotes ont des doubles et que les chefs d’Etat se sont affadisà force de conversations de salons ? Quand l’actualité devient divertissement et que le divertissement devient actualité, il est temps de faire une pause et de sourire en entendant la prophétie de Macluhan. Le medium s’est perfectionné, mais le message est encore rare. Chaque action a une réponse et pour chaque retour en arrière, il y a une avance rapide. La télécommande est là, non pour faire exploser des bombes, mais vous zapper hors de toute conscience. Dans le cyberespace, ce qui est en ligne est juste la réalité virtuelle et la réalité perçue est plus fatale.

Il y a toujours une vision alternative d’un point de vue objectif. Le vrai est l'envers du faux si vous communiquez assez bien. Qui dit la vérité n'est pas aussi important que celui qui raconte une histoire convaincante. Du cinéma au chaos, vous avez besoin d'un public, un client qui va payer à la minute. Des combinés sans fil aux foyers desservis par le câble, les téléchargements numériques prennent trop de mémoire et de temps. La nouvelle forme d'art est persuasive ou subliminale dans la manière de manipuler les esprits; Rhétorique, voilà la nouvelle lingua franca. Journaux grand format ou tabloïds, bits ou octets, faits ou fiction, réalité ou jeux, films : en fin de compte, il s'agit de uns et de zéros. Tout se passe en numérique dans un espace temps réduit. Le consommateur, ultra rapide dans sa façon de consommer, paie jusqu’à satiété. Il faut le récupérer !

Des jeunes journalistes aux oreilles électroniques indiscrètes aux accros des applaudissements en passant par les parvenus de la page trois, tous sont des charognards de l’ère du déficit d’attention. Caméras et micros cachées sont en perpétuel mouvement pour capturer l'instant fugace. Sous la brume pourpre et les enseignes comateuses des néons, il n’y a que des carrefours rivalisant pour attirer l’attention. La coupe du monde de football s’impose jusqu’à la sortie du prochain blockbuster ! Engager et enchevêtrer autant que possible qu’importe la manière préférée : SMS, MMS, SPAM, VOD, chaque acronyme est un nouveau SOS. Quelqu'un crie à l'aide depuis les chaines de télé et les gouttières des journaux. Tout est à propos d’attention et de financement. Des publicités pour des soap-operas aux politiques, du sport au monde du spectacle, des salles de réunion aux clubs, de la bourse à l'évangélisation, c'est un spectacle constamment en marche. Que disent les cotes? Combien  de moments forts avez-vous capturé ? 

Où les silos d'information sont aussi importants que les stocks alimentaires, où le regard et le sentiment font la différence entre substantiel et substantif, où la question submerge l'esprit, c'est ce monde dans lequel vous et moi vivons aujourd'hui, subvertissant ce qui est immatériel. La gloire, l'ignominie, le succès et l'échec sont tous instantanés et éphémères. Autant que la culture de basse qualité,la célébrité ou encore Nirvana. Dans l'éphémère se trouve l'immortalité. Sa quête est un triathlon éreintant, une course d'obstacles pour  l'information, la désinformation et l'opinion en dépit de l'environnement et non pas à cause de lui. Titiller, enchanter, piéger, :  partout on retrouve ces slogans. C'est une jungle mondiale, après tout.

La distribution multiplateforme est beaucoup plus enveloppante qu'un claironnant appel. 24h sur 24, 7 jours sur 7, 356 jours par an. Remplissant chaque nanoseconde, tout est une question de choix. Actualité et information, livres et disques, films et théâtre, chansons et danse, parcs et promenades, zoos et musées, centres commerciaux et centres de villégiature, stades et clubs, plaisir et jeux, acheter et vendre, informer, communiquer, divertir : voilà les rails de notre culture à grande vitesse. Il y a soixante ans un poste de radio était un luxe,  la télévision un rêve et les films étaient quelque chose que vous regardiez occasionnellement en vous rendant dans les endroits les plus proches possibles. Le divertissement se limitait à une sortie familiale rare ou un passe-temps de jeunes faisant l’école buissonnière. Au fil des années, le changement a été spectaculaire. Nous avons vu la magie du cinéma et les stars s’imposer dans les esprits d’une majorité d’individu. Puis vint l'âge de la télévision et cette boîte idiote est devenue le nouveau centre de gravité du foyer moyen. Maintenant qu'il y a du divertissement en ligne, TV mobile, contenu généré par les utilisateurs, les blogs sont les premiers jalons d'un monde toujours en mouvvement. Mondial ou de quartier, le monde numérique vous permet de choisir parmi un vaste bouquet.

Cependant, beaucoup de sociologues conviennent que le divertissement et l'information local ont tendance à attirer plus d’audience grand public que les programmes étrangers. Une petite section du public qui est captée par la scène mondiale. De multiples dispositifs et plates-formes offrent un choix accru  de médias à de plus en plus de personnes aujourd'hui. Le monde est en train de devenir numérique. Comme d'autres entreprises, le divertissement est aussi à propos de segmentation du marché. Dans le monde numérique, il devient facile de s’adresser à un seul client. Maintenant il est possible d'extraire le contenu de son choix (recherche de vidéo numérique, I-Tunes, YouTube). La différence entre pousser et tirer, entre diffusion et monodiffusion est la segmentation personnalisée des médias. Il y a très peu de films ou d’émissions de télévision ou d'événements qui attirent des publics de tous endroits et de toutes bords. La plupart des médias tente de satisfaire de grands groupes, linguistiques ou ethniques. Maintenant pour la première fois dans l'histoire, il est possible d'accéder à des films, des actualités, de la musique et des informations, quelle que soit la demande n'importe où n'importe quand. Cela permet à un millier de médias de fleurir chacun avec son propre et unique marché. Dans ce nouveau paradigme, l'entreprise peut traiter les consommateurs comme des individus, offrant une personnalisation de masse ou encore une personnalisation comme une alternative au tarif du marché de masse.

Les avantages sont largement répandus. Pour l'industrie du divertissement lui-même le « à la demande », « pay-per-use » modèle est une forme remarquablement efficace de commercialisation, permettant ainsi aux petits films et musiques et vidéos moins de masse de trouver un public. Pour les consommateurs, l'amélioration des possibilités de choix et de la facilité pour consommer en ligne encourage l'exploration et peut réveiller une passion pour la musique et le cinéma, créant potentiellement un marché du divertissement beaucoup plus global. Par exemple, la moyenne des commandes sur Netflix aux Etats-Unis est de neuf DVDs loués par mois, soit trois fois le taux de chez Blockbuster. La plus importante société de distribution de musique dans le monde aujourd'hui est Apple. Et le bénéfice culturel de tout cela est beaucoup plus de diversité, le renversement des effets de mélange d'un siècle de rareté de la distribution et la fin de la tyrannie des hits, d’après Chris Anderson, un expert des médias. Déjà les réseaux sociaux comme Facebook, Orkut, My Space, relaient des milliards de messages comprenant des chansons et des films, des vidéos personnelles, des reportages en direct.

Alors que le cinéma reste un média populaire, ses méthodes, ses formes vont évoluer dans les prochains décennies. Les films ne seront plus faits sur pellicule. Les récents succès comme « AVATAR » ont été tourné avec des caméras numériques. Dans les dix prochaines années, presque toutes les présentations de films et émissions de télévision auront été créés par ordinateur, du moins en majeure partie. Il y a plus de 10 000 salles de cinéma dans le monde entier – 2000 en Inde, qui ne projette en fait aucun « film » en tant que tel, mais projette des images numériques. 

Dans quelques années, tous les films seront projetés numériquement depuis un serveur sécurisé. Souvent livrés par satellite ou par fibre optique ou même par bande passante sans fil, chaque vecteur customisé pour correspondre aux attentes des différents profils d’audience. D'un côté vous avez la vidéo à la demande et de l'autre une seule diffusion simultanée dans le monde entier de la nouvelle superproduction. Aujourd'hui vous pouvez regarder un vieux classique de Satyajit Ray ou le dernier hit de  Brad Pitt assis chez vous, accédant à certaines archives via votre appareil à haut débit, peut-être sur votre écran de télévision de la taille d'un mur ou un écran géant, ou sur votre mobile.

Robert Dowling, l'ancien rédacteur en chef du Hollywood Reporter écrivant sur le divertissement du futur a dit: ‘Les paradigmes temporels vont changer. Les modèles vont se réduire drastiquement. Du home-cinéma et des téléphones portables aux autres appareils mobiles disponibles un peu partout, vont rendre possible à la fois les marathons de visionnage télé et les  mini-sessions. La programmation sera configurée pour chaque appareil et tous les formats. Les formes de divertissement de cinq minutes ou moins faciliteront un style différent. Je crois que nous allons consommer de multiples flux de média simultanément, et non sur un unique appareil. Nous allons récupérer la musique, le cinéma, des nouvelles, des jeux et tout ce que nous voulons tout simplement en se connectant à un réseau sans fil ou en se branchant à une prise, qui n'est pas sans rappeler la prise murale du courant électrique. Le’image du parc à thème va influencer les hotels, les centres commerciaux, puis les foyers, où nous serons capables d’expérimetner toute sorte d’activités…  Mais tous les formats existants ne vont pas disparaitre. L'âge numérique a exposé deux modes de consommation latents: « facilité d'accès» individualisée et consommation sur mesure.

Le monde numérique a beaucoup moins d'iniquité que le monde réel. Les modèles de développement sont déjà altérés. Prenez l'Inde et la Chine : non seulement ce sont les deux nations les plus peuplées au monde, mais ce sont aussi les deux économies avec la croissance la plus rapide. L'Inde est passée de 0 à 650 millions de téléphones mobiles en moins de 15 ans. En Asie du Sud et en Afrique certaines des personnes les plus pauvres profitent pour la première fois des avantages de la communication et des services concomitants, dont les opérations bancaires. L'Inde vient de lancer le plus grand projet au monde le Unique personal identity project qui, dans les cinq prochaines années permettra à chacun de ses 1,2 milliard d’habitants de devenir un participant actif de la société numérique.

Internet a évolué du Web 1.0 (www) au Web 2.0 (interaction avec l'utilisateur). Le Web 3.0 (web sémantique - des agents intelligents, des assistants personnels) évoluera encore plus. Alors que le Web 3.0 est un concept lointain et en cours d’élaboration, nous avons déjà une esquisse du Web 4.0 (Web d'apprentissage, véritable 3D, des assistants personnels intelligents, et des capacités sensorielles). Les technologies de stockage, réseau, informatique et applications sont en constante évolution - devenant plus rapide et abordable. De même, les technologies de communication comme la 4G/5G (wifi haut débit) sont imminentes comme nos nouveaux appareils.

Cependant, les cultures doivent demeurer des références perpétuelles, comme elles l’ont toujours été ; un ensemble d'habitudes, de connaissances, de traditions, d’art, etc. qui évolueront en créant un espace pour un nouvel ensemble ou un ensemble modifié, comme c’est le cas avec la culture numérique !

 

Amit Khanna