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07.08.2015

Contribution : "Selfie avec les stars, la groupie 2.0" par Maroussia Cazetien

A l’ère des réseaux sociaux, le fan ne vise pas seulement à être proche de la star, mais à se montrer avec elle en selfie. Ce défi montre les nouvelles attentes qui se créent avec les stars.

Dans le dictionnaire Larousse, la groupie est définie comme une personne qui admire un chanteur ou un groupe de musique pop ou rock et qui le suit dans tous ses déplacements. Ainsi une groupie serait une version extrême du fan.
 Si le phénomène semble s’accentuer dans les années 60, les premiers fans apparaissent dans les années 1920, à Hollywood. Avec l’apparition de stars du cinéma et donc du star-system, les fans « collectionnaient avec avidité leurs photos, leurs autographes et autres souvenirs en tout genre, (…) se jetaient sur les célébrités lors des premières et des apparitions en public.» (Surowiec, 2000, p148).  Le terme de fan s’institutionnalise  et prend de l’ampleur avec l’apparition du rock et de groupes tels que les Beatles (Beatlesmania). Dans le langage commun actuel, le terme de groupie est plus utilisé que celui de fan pour caractériser toute personne dont l’attachement porté à une personnalité populaire est extrême. La définition de star ne s’applique plus seulement à des musiciens ou des acteurs de cinéma mais également à tout type de personnalité publiques qui peut être porteuse de ‘’fanitude’’. Les personnalités politiques ou encore les people en sont de parfaits exemples. Les fans ne se contentent plus seulement d’entrapercevoir ou de tenter d’approcher, malgré les barrières de gardes du corps, l’objet de leur admiration. Elles cherchent à rendre impérissable le souvenir de la fugace rencontre, soit par le biais d’un contact (une main tendu au milieu de la foule), d’une photographie de la star ou avec elle. A l’heure où tout téléphone portable possède un appareil photo intégré, les groupies mitraillent autant que les journalistes.

Pour sortir de l’anonymat de la foule, la solution est de s’immortaliser aux côtés de la star, en faisant un ‘’selfie’’ qui obtient presque le statut de divinité. Littéralement le ‘’selfie’’ se traduit par ego-portrait. L’appareil photo est orienté non plus vers l’autre mais sur celui qui le tient. Ce n’est plus seulement par adoration que le fan prend la star en photo, mais également par pur narcissisme. La photo de soi avec la star compte plus que la photo de la star. La photo n’est pas un trophée privé que le fan garde précieusement, le but ultime est de recueillir le plus de glorification possible grâce au partage sur les réseaux sociaux. Plus la star est inatteignable plus le défi est grand, et plus la rétribution sociale sera grande. Le  principe premier de la groupie de vivre à travers la star se trouve alors supplanté par la volonté de se démarquer sur la toile. Puisque les réseaux sociaux sont aussi ceux de l’exhibition, exister en tant que groupie se traduit par cette existence internet.

Ainsi les réseaux sociaux exacerbent le narcissisme de ses utilisateurs, au point que les fans en oublient peu à peu leur rôle. Tout un chacun peut grâce à son téléphone prendre en instantanée une photo avec la star qu’il exhibe en trophée. Le terme de groupie est devenu un terme presque trop ancien. En effet les utilisateurs du selfie usent de contractions en fonction des différents types de photo prise, legsie pour les selfies de jambes ou delfie  pour les selfies pris avec son chien. Même la définition originelle de groupie perd son sens puisque le terme devient un type de selfie : groupies pour les selfies de groupe. 

Maroussia Cazetien, Master 1 Publics de la culture et communication, Université d'Avignon

Crédit photo : AFP