Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

25.02.2016

Contribution : "L'Université : nouveau territoire de la créativité" par Pierre Miglioretti

Les territoires universitaires sont aujourd’hui en recomposition et doivent notamment s’adapter à la massification de l’enseignement supérieur, aux attentes croissantes d’adéquation avec le monde de l’entreprise ou aux exigences de visibilité et d’attractivité internationale. Dans cette évolution, les universités intègrent de nouvelles dimensions pour disposer d’une centralité dans les territoires locaux et s’instituent comme une nouvelle territorialité de la créativité.

Smart city vs. Creative city

Les structures universitaires se façonnent de plus en plus dans une logique de développement local. Cela tient notamment du fait d’une volonté nationale de voir émerger des « sites universitaires » puissants tout autant que des acteurs politiques locaux qui se tournent désormais volontiers vers ces institutions, important vecteur d’attractivité. Le territoire universitaire est un de ces outils primordial à l’avènement de la ville de la connaissance si bien en phase avec les attendus de la stratégie de Lisbonne de construire l’UE comme « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde »[1].

Mais la métropole d’aujourd’hui ne fonde pas ses démarches d’attractivité exclusivement sur le désir de devenir une Smart city. Elle s’est progressivement inscrite dans la démarche d’être aussi une Creative city. Derrière le vocable forgé par Charles Landry et Franco Bianchini[2], la culture est devenue un atout essentiel dans les stratégies de développements économiques et sociaux des villes. Il s’en est suivi une extension de la sphère de la culture pour privilégier le terrain plus extensible de la créativité. 

Le territoire universitaire pourvoyeur de créativité 

Si avec la démocratisation de l’enseignement supérieur, la sphère universitaire a pu être dans un premier temps un espace de conquête pour les institutions culturelles en recherche de renouvellement des publics, son rôle petit à petit évolue. Fort des recherches qui y sont menées dans de multiples directions, elle se fait d’abord experte du développement de l’action culturelle. Cette tendance s’oriente à présent de plus en plus vers les enjeux de l’économie de la créativité, à l’instar du bureau de l’économie théorique et appliquée de l’Université de Strasbourg[3]. Son rôle dépasse par ailleurs largement celui de l’observateur pour être un maillon essentiel de l’économie créative. Presque devenue opérateur de développement économique de la municipalité avec laquelle elle est en convention, l’université strasbourgeoise construit des dispositifs pour lui permettre d’être un interlocuteur-clé des entreprises créatives. Autour de projets comme celui de la rénovation de la Manufacture de Tabac, la ville de Strasbourg et son université s’inscrivent dans une stratégie d’attractivité universitaire. Les deux institutions cherchent à éviter toute forme de brain-drain en fournissant une utilité économique aux savoirs universitaires, notamment dans la sphère de l’économie de la créativité. Ailleurs, comme à Bordeaux, d’autres expériences telles celles de la plateforme UBIC (Université Bordeaux Inter-Culture) visent à échanger et apporter un accompagnement aux acteurs culturels et créatifs, en s’appuyant sur les savoir-faire universitaires[4].

Ville de la connaissance, ville créative et ville participative

Comme certains ont pu dénoncer dans le concept d’économie créative le risque d’une aristocratisation de la société par la concentration des investissements sur la seule élite qu’est la classe créative[5], l’enjeu réside dans la nécessité de s’appuyer sur le développement d’une créativité endogène, qui puisse émerger de chaque territoire, comme gage d’une véritable attractivité. Elle devra en même temps garantir une large participation faisant en sorte que l’initiative culturelle et créative soit partagée par tous et renforce les capacités d’agir tous les citoyens. L’université, dans l’articulation qu’elle tisse entre créativité et connaissance, peut trouver là une modalité de reprendre une pleine place dans la cité.

A propos de Pierre Miglioretti

Pierre Miglioretti est docteur en science politique de l’Université de Grenoble-Alpes et membre du projet d’innovation sociétale UBIC (Université Bordeaux Inter-Culture). Dans sa thèse, consacrée au tournant métropolitain de la culture, il développe une analyse des évolutions des politiques publiques de la culture à l’aune des évolutions des territoires politiques et des nouveaux impératifs de la mondialisation, notamment en termes de développement économique. Cette approche est alors à-même de repenser le jeu d’acteurs des politiques culturelles locales.


[1] Rapport Kok, « Relever le défi. La stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi », 2004.

[2] Bianchini et Landry, The creative city, 1995.

[4] Voir présentation du projet sur le site de l’IDEX.

[5] Shearmur, L’aristocratie mobile du savoir : quelques réflexions sur les thèses de Richard Florida, 2005.