Culture is future » Innovation et numérique

22.04.2013

Contribution : « Les réseaux sociaux, l’avenir de la télévision » par Virginie Spies

Morte, la télévision ? C’est ce que l’on entend parfois, face à un univers médiatique de plus en plus vaste, et à l’ascension des réseaux sociaux. Or, la télévision ne s’est jamais aussi bien portée, et le web social est en train de renforcer la primauté du petit écran.

Il n’est plus possible d’y échapper : chaque émission de télévision a désormais son compte Twitter, sa page Facebook et son hashtag (mot-clé) dédié. C’est devenu une habitude, alors qu’il y a encore 1 an, peu de programmes mettaient en place un dispositif sur les réseaux sociaux.

Des communautés

En 2012, les français ont regardé la télévision en moyenne 3 h 50 par jour, ce qui est un peu en dessous des chiffres européens (3 h 55), mais bien au-dessus de la durée d’écoute mondiale qui est de 3 heures 17 [1]. Entre 2011 et 2012, les français ont regardé la télévision 3 minutes de plus [2], tandis qu’au niveau mondial, la tendance augmente moins vite, à savoir d’une minute seulement entre ces deux mêmes années.

Les chiffres montrent que les français sont attachés à la télévision qui, comme média traditionnel a encore de beaux jours devant elle. Pourtant, les chaînes se doivent désormais de prendre le tournant du numérique, notamment à travers l’aspect communautaire que peut générer le web 2.0.

Pour les chaînes de télévision, être présent sur les réseaux sociaux représente un intérêt majeur, celui de générer une communauté dans laquelle se retrouvent les publics. Le téléspectateur va suivre une émission et la commenter sur Twitter avec sa communauté. Cela pourra non seulement donner envie aux personnes qui le suivent de regarder l’émission avec lui, mais aussi de la commenter, et donc de générer des messages, partager des vidéos, tout en captant d’autres téléspectateurs.

Les téléspectateurs utilisant Twitter pour commenter les programmes n’ont pas attendu que les chaînes mettent en place ces dispositifs. Mais si, dès 2009, nous étions très peu en France à commenter en direct « La Nouvelle Star » sur M6, quatre ans plus tard, il n’est plus possible de suivre dans sa totalité un tel live-tweet, tant les téléspectateurs-internautes sont nombreux. Les chaînes n’ont fait que suivre une tendance qui s’annonçait incontournable. Dès lors, en créant des comptes Twitter et des hashtags, les programmes télévisuels tentent de reprendre la main sur une pratique déjà institutionnalisée.

L’avenir se joue autour le double écran

Ce que les chaînes vont devoir désormais comprendre, c’est que les commentaires des émissions sur Twitter ne sont pas tous les mêmes : on ne commente pas de la même manière un match de foot, un programme de télé-réalité ou un débat politique.  Dès lors, les enjeux économiques et d’image sont différents, et les chaines de télévision vont devoir réfléchir très vite à une manière d’appréhender ce flux de commentaires au sujet de leurs programmes. Car dans le fond, inviter les téléspectateurs à faire des commentaires sur Twitter ne suffit pas pour donner l’impression que la télévision est devenue interactive. Elle ne l’a jamais été, et tout reste encore à inventer.

Des émissions telles que « Le Vinvinteur » sur France 5, ou « Médias le mag » sur la même chaîne se conçoivent à partir du principe qu’elles seront commentées et partagées sur les réseaux, mais nous n’en sommes qu’au début. Les chaînes ont tout à y gagner, c’est un enjeu marketing, qui se rejoue à chaque diffusion du programme. C’est aussi un enjeu culturel dans le sens où, en développant leur relation aux téléspectateurs et en créant du lien, les chaînes renforcent leur identité. Elles vont donc devoir inventer un nouveau mode de relation à leur public.

 

On entend souvent qu’à l’heure du web et des réseaux sociaux, la télévision n’a plus d’avenir. Or c’est l’inverse qui se produit, car pour commenter les programmes avec sa communauté, il faut les regarder au même moment, les voir « ensemble ». Au lieu de « tuer » la télévision, le web en est certainement l’avenir. 

 

A propos de Virginie Spies

Virginie Spies est maître de conférences à l’université d’Avignon. Sémiologue et analyste des medias, elle est l’auteur de l’ouvrage “Télévision, presse people : les marchands de Bonheur” (INA – De Boeck). Ses recherches actuelles portent sur les liens entre la télévision et les réseaux sociaux.

 

Son blog : http://semiologie-television.com/

Sur Twitter : @semioblog



[1] Source EuroData TV Worldwide.

[2] Source Médiamétrie.