Culture is future »

28.07.2014

Contribution : "La Fanzinothèque de Poitiers : 25 ans au service de la micro-édition" par Samuel Delahaye

Consacrée à la création et la transmission du fanzinat, pratique underground et marquée par l'éphémère, la Fanzinothèque fête 25 ans d’actions militantes pour une culture alternative. 

Une ambition paradoxale
Centre de ressources spécialisé dans la micro publication underground, la Fanzinothèque recueille, archive et conserve les fanzines de toute sorte. Publications amateures réalisées avec peu de moyens et sans visée lucrative, ces objets par nature éphémère sont les témoins d’une culture alternative en mouvement touchant à toutes les pratiques artistiques : le cinéma fantastique avec le fanzine Mad Movies ou la musique punk avec Sniffin’ Glue côtoient à la Fanzinothèque près de 50 000 autres publications.

Un dénominateur commun rassemble les auteurs malgré leur extrême diversité : l’engagement passionné qui les pousse à commenter et partager ces objets souterrains. Les fanzines se conçoivent par conséquent comme des objets de communication « horizontale », échangés entre amateurs engagés, vecteurs de communautés sans hiérarchie entre rédacteurs professionnels et lecteurs consommateurs. Pourtant, les sources d’information qu’ils constituent ainsi que leur dimension créative en font des objets de mémoire appelant un traitement documentaire, une ambition que la nature formelle de ces objets tend à écarter. Leur relative fragilité, le faible nombre de numéros auxquels ils sont majoritairement édités ainsi que leur insoumission généralisée au dépôt légal, tendent à les opposer à toute conservation institutionnelle, les limitant à une durée de vie éphémère. Une raison suffisante pour justifier l’existence d’une structure telle que la Fanzinothèque, sans laquelle la plupart des fanzines seraient condamnés à l’oubli qui plane sur leur existence souterraine.

Un soutien public ancien et durable
Née en 1989 à la suite d’une proposition du Conseil Communal des Jeunes, la Fanzinothèque s’est appuyée sur le soutien de la Mairie de Poitiers. En lui mettant à disposition un local au cœur d’un édifice industriel réhabilité en lieu d’action culturelle et en lui octroyant une subvention annuelle, la ville a permis au projet d’échapper à l’éphémère qui touche le fanzinat. Plusieurs salariés assurent la gestion quotidienne, l’organisation d‘événements ainsi que le développement de stratégies de conservation à long terme. Parmi elles, la numérisation du fonds documentaire de la Fanzinothèque, un chantier de taille qui a nécessité la création d’un poste dédié, ainsi qu’un partenariat avec l’Université qui a mis à disposition les scanners nécessaires.

Pérenniser une pratique occultée par les nouvelles technologies de l’information est nécessaire. Cette vocation collective renforce le service d’intérêt général de cette entreprise d’exception. La Fanzinothèque met ainsi en œuvre un processus de  conservation et de transmission comparable à celui exercé par une Bibliothèque Publique dont « les collections doivent refléter les tendances contemporaines et l’évolution de la société de même que la mémoire de l’humanité et des produits de son imagination », comme l’a défini l’Unesco dans un manifeste rédigé en 1994. Elle s’en distingue néanmoins par sa forme associative, qui lui garantit une indépendance au service du milieu alternatif dans lequel elle évolue.

Samuel Delahaye, Master 1 PCC Université d’Avignon

 

Pour en savoir plus : http://www.fanzino.org/