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25.09.2014

Contribution : "L’Open Data dans tous ses Etats" par Clara-Doïna Schmelck

A Paris ou à New York, l'Open Data, ce fonds public de méga-données, apparaît comme la forme achevée d’une citoyenneté participative et responsable. Instaurer la confiance avec les citoyens s’avère un enjeu clef.

L’Open data, un trésor public 3.0 ?

Une technologie numérique qui vise ouvertement à rendre plus humaines les grandes capitales. A New York, pionnière revendiquée en terme de données publiques, les commerces et les lieux culturels relayent de plus en plus la publicité faite depuis trois ans à ce fameux service « NYC Open Data », qui a pour vocation de rassembler et d’exploiter la richesse des données publiques produites par divers organismes de la grosse pomme et d’autres organisations de la ville, et de les mettre à la disposition du public.

Le site de la mairie de Paris décrit ainsi l’Open Data comme l’invention d’un trésor public contemporain. Ce catalogue, fonds sans fond, offre « un accès à un référentiel d’ensembles de données lisibles par tous les citoyens.

« N’importe qui peut utiliser ces ensembles de données pour participer à son tour à la recherche de data, voire à la création d’applications. La data, c’est un service public qui va dans les deux sens », se réjouit un représentant de la mairie de New York. La Grosse Pomme présente l’Open Data comme une technologie révolutionnaire, capable de créer de rapports horizontaux entre citoyens et administrateurs de la ville.

Un temps l’apanage des entreprises et des collectivités locales, l’Open Data se développe de plus en plus à échelle des Etats. D’ici fin 2014, 20% des Etats du monde s’apprêtent à désigner un officier numérique en chef (CDO) en vue de conduire leur stratégie numérique. Le 22 septembre, Henri Verdier vient d’être nommé « administrateur général des données » (AGD) en France. Sur son blog, il explique que l’Open Data est essentielle à la modernisation de l’Etat, en ce sens que cette technologie permet pour l’Etat de s'approprier les gains de productivité et d'efficacité apportés par le numérique.

L’essor de l’open data se jouera sur la confiance

Ce dispositif technologique est également pensé comme un moyen de mettre en place une politique efficace, puisque ciblée, à l’endroit des exclus.

L’Open data a ceci de citoyen qu’elle tente de modéliser les données discrètes des citoyens démunis, qui n'ont plus accès aux services fondamentaux de la ville. Si elles étaient connues et exploitées, elles pourraient pourtant donner lieu à une politique de logement et d’emploi efficace, car finement ciblée. 

Mais, cette entreprise se heurte à une difficulté. « Ceux qui trouvent refuge dans la rue sont ceux que la société ne recense pas. Ces hommes et ces femmes sont pour la plupart des repris de justice, des délinquants en cavale, des drogués» explique Stéphane Tonnelat, sociologue, chargé de recherche au CNRS, qui mène un travail ethnographique sur divers types d’espaces publics urbains à Paris et New York, et dont les travaux ont largement contribué à développer l’Open Data dans les deux villes. 

Comment ces habitants, et à plus forte raison, l’ensemble des citoyens, percevront l'Open Data quand cette technologie viendra à les sonder : geste citoyen ou entrave aux libertés individuelles  ? De quelle main l'Open Data est-elle le modèle : de celle qui rend service ou de celle qui surveille ?  Si le débat public tend à se raidir en ces termes, c’est que les gouvernements ont encore un important travail de communication autour de la donnée publique. La confiance sera un paramètre déterminant dans le développement de l’Open data ces prochaines années.

À propos de Clara-Doïna Schmelck

Journaliste, chargée de la rubrique "Médias" d’Intégrales Mag, pure player d’Intégrales Productions, agence spécialisée dans les reportages télévisés en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Publie en outre régulièrement des papiers de réflexion dans RFI Atelier des médias, MétaMédia France TV Info, mais aussi CB News, Libération, et Le plus de l’Obs. Passée par l’ENS et titulaire d’un master II de philosophie, sensible aux enjeux de l’information et des nouvelles formes de communication.

Son blog : http://myslowmedia.tumblr.com/

Sur Twitter : @ClaraSchmelck