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01.10.2014

Contribution : "L’acrobatie des Data" par Graham Hitchen

Big Data

Le Big Data n’est que colère. Grande vitesse, immense volume d’informations et statistiques générant des « infographies » (que personne ne semble prendre en compte), rapport annuels enrichis de données et évaluations – et puis bien sûr il devient l’objet d’investissements financiers.

L’omniprésence  des capteurs – au fond de nos poches, sur nos bureaux et aux alentours de nos lieux de travails, nos rues et nos maisons- nous enseigne que des masses de données et d’informations sont générés chaque nano-second. Certaines pourraient mêmes nous être utiles – proposant une masse d’information à peine intelligible afin de soutenir les levées de fonds, le marketing, et plusieurs autres aspects de l’essor commercial.

Des innovations d’inspiration artistique

C’est tout aussi une fantastique source de créativité artistique, et un univers au sein duquel les artistes peuvent innover comme jamais.

L’appropriation artistique de cet espace n’est pas nouvelle. Depuis les applications mobiles en passant par les dispositifs portables et les installations adaptées à leur environnement jusqu’aux villes modulables, depuis les avatars en images de synthèse  jusqu’au domaine de l’internet, les artistes ont travaillé sur ces univers à des degrés variable depuis quelques années.

Usman Haque, qui fut considéré comme un pionner dans l’espace internet, a débuté  il y a 5 ans la création d’installations artistiques publiques – comme ‘Linguine’ à Bradford où il a illuminé les espaces publics à travers des effets lumineux et aqueux produits par le déplacement des gens qui interagissaient avec les capteurs placés au sein de ces lieux.

Clare Reddington et associés au centre Watershed à Bristol sont à l’origine du concept de ‘Playable City’ avec des boîtes aux lettres parlantes, des arrêts de bus qui connectent les circonstances, les gens et les données.

A l’autre extrémité, Little Printer, l’adorable petit dispositif qui matérialise les tweets et autres données envoyées depuis l’autre bout du monde (produit par une entreprise qui depuis a malheureusement fait faillite),  est un exemple de remodélisation des données dans un cadre ordinaire et domestique.

Souvent classés arbitrairement dans la catégorie des geeks dérangés, les artistes travaillant avec les datas, les capteurs,  les dispositifs familiers ou moins familiers, sont à l’origine des innovations parmi les plus intéressantes et avant-gardistes dans le domaine technologique.

iWatch

Pour parler commercial, le phénomène le plus récent à avoir capté notre attention dans ce domaine c’est l’iWatch  - le dernier gadget d’Apple, qui nous apportera nombre de données  mais qui de même exportera nos données d’une manière élégante et raffinée.

Mais ce qui est le plus surprenant avec l’iWatch c’est qu’on s’aperçoit à quel point ce nouvel appareil est inintéressant du point de vue technologique en comparaison des autres innovations d’Apple. Certains se rappelleront du temps où Steve Jobs a pour la première fois présenté l’iPhone ou iTunes – et par là même a révolutionnée notre expérience musical, à cette époque, et notre façon de jouer aux jeux vidéo comme celle d’interagir en ligne. Le lancement de l’iWatch vient à nos oreilles quasiment au travers du même tapage médiatique, alors qu’il n’offre aucune promesses notables de révolutionner notre expérience des données comme l’avait fait l’iPhone en son temps.

La distinction fondamentale réside dans l’espace occupé par l’iWatch. A la différence de la curation, de la collecte, du stockage et de la transmission de musique ou de livres ou d’autres contenus et données de ce type, les données auxquelles l’iWatch aura accès émaneront directement de notre entité intime.

Les données, c’est moi

Considérer ce sujet comme afférent à la ‘vie privée’ ou à la ‘propriété privée’ relève de la mauvaise compréhension des défis auxquels font face les compagnies comme Apple. L’opportunité formidable que nous offrent les données à propos de leur manipulation, de leur gestion et de leur distribution n’a rien à voir avec qui possèdent les données mais où les données sont-elles stockées. Ce défi n’est pas en train  de se débarrasser de la barrière  de « c’est mes données » mais de celle plus fondamentale encore de « les données c’est moi »

Ce n’est pas une coïncidence si les artistes, plutôt que les technologues, sont ceux qui développent les idées et projets les plus excitants et innovants au sein du nouvel espace des données. Les artistes ont toujours été supérieurs en ce qui concerne la création de valeur dans ce qui est de plus humain. Alors que les données deviennent ouvertes et omniprésentes, c’est peut-être les artistes qui découvriront– et redéfiniront – quelle est la vrai valeur de ‘mes’ données.

À propos de Graham Hitchen

Voici sa bio en français :" Graham Hitchen fut chargé du design et de l’innovation pour la London Development Agency ainsi que Directeur et fondateur de Creative London, commission qui entre autres est à l’origine de Film London et du Festival du Design de Londres. De 1996 à 2000, il a aussi été Directeur de la Politique d’Entreprise de  Arts Council England. Il a ainsi mené de nombreux projet sur des sujets aussi divers que la Smart Energy, la Santé des Enfants, la Justice Pénale et l’Internet des Objets. Il  est actuellement en charge d’une chaire à Creative Islington et il est membre de la Commission Parlementaire sur le Design. Il est par ailleurs un des membres fondateurs du tout nouveaux Cultural Equality Group (qui promeut l’égalité par la culture) et exerce en tant que chercheur pour le Smith Institute.

Son site : directionalthinking.net/

Sur Twitter : @graham_hitchen