Culture is future »

28.03.2016

Contribution : "Entreprendre la culture" par Constance Rubini

La figure de l’entrepreneur culturel

Si l'on s'interroge sur la figure de l'entrepreneur culturel, peut-être faut-il commencer par requestionner le mot même de culture. Qu'est devenue la culture à l'âge numérique ? Comment l'art se diffuse-t-il, comment se partage-t-il ? Comment et par qui est-il produit ? Comment, à l'âge du « tout ludique » enseigne-t-on la culture ? Comment les pratiques artistiques ont-elles évoluées, avec la généralisation du partage des données, pour s'ouvrir aux pratiques amateurs ?

Ce sont toutes ces questions qui se posent aujourd'hui à ceux qui exercent une activité culturelle. Elles se posent encore plus précisément aux entrepreneurs culturels, qui ont la responsabilité de ne pas considérer la culture comme n'importe quel autre bien de consommation. C'est, en effet, ce postulat qui fait la différence entre un entrepreneur et un entrepreneur culturel.  

L'entrepreneur culturel est donc celui qui saura résoudre cette ambiguïté potentielle : comment ne pas s’exonérer des logiques économiques de l'entreprise sans pour autant se soumettre à celles d'un capitalisme qui prioriserait le gain sur le contenu ? Nous savons que le lien de cause à effet n’est pas toujours immédiat entre la créativité d’une production et son succès commercial. Et pourtant il est essentiel de soutenir certains projets qui, bien que confidentiels, peuvent véhiculer un fort enjeu culturel et trouver, d’ailleurs, leur public plus tard. C'est donc le positionnement éthique et la vision artistique de l’entrepreneur culturel qui garantiront le sens du mot culture, et qui éviteront sa possible dérive sémantique.

L'entrepreneur culturel a, en effet, pour enjeux de créer de la richesse et de la diversité culturelles. Son rôle est de développer l'accès à la culture et de permettre que les pratiques artistiques s’adaptent aux transformations actuelles de la société. La réussite de son entreprise ne sera donc pas seulement jugée à l'aune de son chiffre d'affaires ou du nombre de ses clients, mais aussi à la profondeur du contenu qu'il développe, à la pertinence des moyens qu'il met en place, à la portée culturelle de son projet.

Cela implique de voir à la tête de ces entreprises des personnalités faisant preuve d’un esprit novateur et curieux, et jouissant d’une culture qui ne s’arrête pas à l'époque actuelle.

L'entrepreneur culturel est ainsi un entrepreneur doté d’une forte sensibilité et d'une intelligence artistique, mais surtout un passionné qui ne perdra pas de vue la densité des contenus.

A propos de Constance Rubini, directrice du Musée des Arts décoratifs et du Design, Bordeaux (Membre du Prix start-up culturel)