Culture is future » Innovation et numérique

04.04.2013

Contribution : Big Data, Big Opportunity pour la culture ? par Pascal Lechevallier

Le Congrès américain vient de voter une loi pour faciliter le partage d’informations sociales, plus précisément pour rendre plus simple le partage des préférences culturelles des abonnés de Netflix et Hulu sur Facebook. Rien que cela !

L’exploitation des données personnelles est devenu un standard, à tel point que les dirigeants marketing des géants de l’internet n’ont même plus besoin d’aller chercher l’information puisque ce sont les internautes eux-mêmes qui les mettent en ligne consciemment. Mais ce que ne savent pas les internautes, c’est ce qu’en font ensuite ces sites. Ont-ils le droit d’exploiter nos goûts culturels pour développer leur stratégie commerciale ?

Une question pas si anodine que cela puisque jusqu’à maintenant le VPPA (Video Privacy Protection Act), voté en 1988 sous l’ère Reagan, visait à empêcher le partage d’informations personnelles concernant la location de films en vidéo avec une tierce personne (en dehors du vidéo-club et du client), la location étant le mode de consommation le plus répandu aux Etats-Unis à cette époque.  Une loi qui fut votée après la divulgation de la liste des films loués par le Juge Robert Bork au moment de sa nomination à la Cour Suprême.

La modification du VPPA est donc une grande victoire pour Netflix qui a effectué un lobbying d’enfer durant plusieurs années. Désormais, tous les abonnés de Netflix pourront partager sur Facebook leur consommation de programmes audiovisuels : « le partage social est un très bon moyen d’aider ses amis à découvrir de nouvelles choses à regarder » expliquent les dirigeants de Netflix.

En fait, c’est surtout un astucieux moyen de faire supporter une action marketing par ses propres abonnés, qui deviennent les ambassadeurs des programmes du site, sans que Netflix n’ait un centime à débourser. Il suffit, par exemple,  qu’un abonné ait regardé le premier épisode de la première série produite par Netflix « House of Cards » pour que cette dernière, si l’abonné a décidé volontairement de partager cette information avec ses amis, soit communiquée à vos proches qui ainsi seront incités à regarder le programme. Et ainsi de suite. Le bouche à oreille social est en passe de prendre le pouvoir de prescription et de recommandation, reléguant les critiques et autres observateurs au rang de scribouillards !

Les données personnelles culturelles : plus puissantes qu’un algorithme. Moins cher qu’une campagne de publicité. A l’heure où les industries culturelles (cinéma, musique et littérature) sont confrontées à une crise sans précédent, la généralisation de l’utilisation des données personnelles culturelles pourrait s’avérer salutaire pour redonner à la culture un nouvel élan, un élan digital.

Ce n’est donc pas un hasard si le très sérieux World Economic Forum a publié cette année un rapport consacré aux données personnelles intitulé « Unlocking the Value  of Personal Data : from collection to usage » et que le non moins prestigieux M.I.T Media Lab ait contribué, en la personne du professeur Alex ‘Sandy ‘ Pentland, à ces travaux.

Le professeur Pentland écrivait récemment : « la circulation de l’nformation est un élément central pour la compréhension et la construction de ce nouveau monde ». Avec toutefois quelques précautions à respecter qu’il définit comme « un nouvel accord sur les données » qui s’appuie sur trois principes : vous avez le droit de posséder vos données, de contrôler la manière dont elles sont utilisées et de les détruire ou de les partager comme bon il vous semble.

 

 Y’a pas à dire, la culture digitale, c’est Big  Up !

 

A propos de Pascal Lechevallier

Pascal Lechevallier dirige un cabinet de consulting spécialisé dans les nouveaux medias. Il accompagne les professionnels de l’audiovisuel et des médias pour mettre en place des stratégies digitales innovantes. Pascal Lechevallier est le fondateur de TF1Vision, le site de VOD du groupe TF1.

Son sitehttp://www.zdnet.fr/

Sur Twitter : @PLechevallier

 

Crédits photo : Netflix