Culture is future »

02.06.2015

Compte-rendu du Symposium Mons du 26 mai 2015

Par Olivier Le Guay, responsable éditorial du Forum d’Avignon (modérateur des panels 1 et 2)

Retrouvez également notre compte-rendu sur le site de la Commission Européenne

« Oser de nouveaux modèles de partage de la vie culturelle ».

C’est par cet encouragement positif et ambitieux qu’Yves Vasseur, Commissaire Général de Mons 2015 a ouvert le symposium dédié aux « Passerelles entre culture et technologie » le 26 mai 2015. Plutôt qu’un ‘contenu’, qui occulte le plaisir que procure une œuvre, un livre, un film, un jeu vidéo, une pièce de théâtre, un concert, une bande-dessinée ou une exposition, ce sont les valeurs qu’incarne la culture dans toutes ses dimensions : artistiques, économiques et sociales qui doivent être au cœur de l’innovation. Michel Magnier, Directeur Culture et Créativité de la DG Culture de la Commission Européenne a rappelé que les fameuses ‘externalités positives’ de la filière culturelle dans son ensemble ne sont pas nouvelles et commencent à être de mieux en mieux évaluées en termes économiques (cf. l’étude Creating Growth du GESAC EY de décembre 2014 qui évalue l’impact de la culture à 4,2% du PIB européen, et 7 millions d’emplois). Mais au-delà de la valeur économique désormais appréciée et notamment popularisée par le Forum d’Avignon, c’est bien la valeur sociale de la culture qu’il faut désormais reconnaître. Dans cette perspective, nous plaidons pour une réflexion sur l’impact de l’empreinte culturelle (sur le modèle de l’empreinte écologique) pour les générations futures.

Répartis en trois tables rondes, une trentaine d’intervenants – ministres de la culture, membre de la commission, artistes et entrepreneurs - ont apporté leurs témoignages, soutiens et perspectives dont : Joëlle Milquet, Ministre de l’Education et de la Culture, Fédération Wallonie-Bruxelles, Jorge Barreto Xavier, Secrétaire d’Etat pour la Culture, Portugal, Arnost Marks, Premier Ministre et secrétaire à la Culture, République Tchèque, Lucia Recalde Langarica, DG Connect, Responsable du programme MEDIA, Mario Campolargo, Directeur Net Futures DG Connect, Catherine Ramus, artiste numérique et chercheur à Orange Labs, Medhi Tayoubi, VP Stratégie interactive Dassault Systèmes, France, Eric Joris, Artiste, Bruxelles, Belgique, Armelle Pasco, Directrice des partenariats culturels et institutionnels chez Orange, France, Alain Liedts, Président du Conseil d’Administration de Gluon, Gand, Belgique…

Les valeurs de la culture sont la clé pour favoriser la transversalité des innovations sociales dans les pratiques citoyennes. Autour de nouvelles opportunités sociales engagées par les pratiques culturelles et les innovations numériques développées des citoyens, de nombreuses réussites illustrent le potentiel d’innovations sociales notamment en termes d’accès, de partage et d’initiatives collaboratives de la culture. Citons l’ambition régionale de la French Tech culture initiée par Avignon, l’effervescence des appels à projets de Museomix ou encore la mobilisation citoyenne pour le projet ‘Street View Mons’ par le collectif artistique XTNT.

Ces dynamiques illustrent les vertus du numérique. Pour rester pérennes, elles doivent s’inscrire dans une triple perspective citoyenne et culturelle :

  • favoriser une culture de l’attention, pas seulement pour capter une audience ou de nouveaux publics, mais pour intégrer les non-initiés, les défavorisés afin de ne pas rajouter une fracture numérique à une fracture culturelle,
  • relier et renforcer l’ensemble des acteurs de l’écosystème -et filière- culturels (du financement à la diffusion) en intégrant plusieurs niveaux coopérations territoriales ; du local – du quartier à la ville – au régional, du national au continental,
  • enfin, valoriser la responsabilité et « l’autorégulation » (Rémy Rieffel, sociologue) des acteurs pour « permettre de faire un pont entre toutes les cultures » (Paul Rondin, Directeur exécutif, Festival d’Avignon).

La créativité est la clé dans le croisement de la culture et des arts pour la dissémination de l’innovation dans la société et l’industrie. Plus que jamais, la culture est un ‘facteur systémique’ comme l’éducation et l’environnement pour le futur de nos sociétés, pour le professeur Luigi Sacco (IUU, Université de Milan). Au fil des interventions de responsables politiques, la culture est apparue comme un investissement positif notamment à travers « les transversalités culturelles et créatives pour stimuler l’innovation, le développement économique durable et l’inclusion sociale » évoquées par Mario Campolargo, Directeur, Net Futures, DG Connect. Citons les réussites du Playa Hub porté par la région Kotka-Hamina en Finlande, et le projet techno écologique RIXC développé à Riga (Lituanie). Trois belles dynamiques ont émergé de ces échanges fructueux :

  • une utopie positive rêvant du décloisonnement entre science, numérique et culture,  
  • l’importance de l’investissement collectif dans la formation, la créativité et l’innovation,  
  • enfin, l’engagement indispensable des politiques publiques pour engager le changement de mentalités.

Les sessions du matin en vidéo :

Le programme européen STARTS ou comment doper l’innovation en renforçant les liens entre science, technologie et l’artiste.

En souhaitant dynamiser les vertus des Sciences, de la Technologie, et des ARTS… au cœur des entreprises le programme STARTS qui va être présenté dans les prochaines semaines par la Commission Européenne vise selon Ralph Dum (Senior Expert, DG Connect) à faciliter l’intégration des artistes au sein des entreprises en pariant sur trois valeurs ajoutées : pluridisciplinarité, créativité et serviciels.

La culture : ça marche ! Plusieurs témoignages ont illustré la pertinence de l’intégration des artistes dans les entreprises pour faire bouger les lignes et les liens tout en soulignant la difficulté de bousculer les organisations en silos - et aux logiques parfois court-termistes. Pourtant, insiste Ralph Dum « ce sont des catalyseurs d’innovation. »

« La réhabilitation de l’intuition provoque des alliances et des projets inattendus dans l’entreprise » a souligné Medhi Tayoubi, VP Stratégie interactive Dassault Systèmes, France. La « stratégie expérientielle » qu’engagent les projets culturels (comme la reconstitution de la construction des pyramides égyptiennes, la cartographie des débris d’une épave du XVIIe ou des barges de débarquement) autorise des retombées positives pour l’entreprise comme des brevets, de nouvelles solutions technologiques… en somme, la culture n’est pas une danseuse dès qu’elle est inscrite au cœur de l’innovation de l’entreprise. Ce que confirment de leur côté, Catherine Ramus alias Albertine Meunier, artiste numérique et chercheuse au sein d’Orange Labs et Armelle Pasco, Directrice des partenariats culturels et institutionnels chez Orange. Ici, il ne s’agit plus de mécénat, mais bien de la recherche de nouvelles réponses à des problématiques données : représentations visuelles de déplacements des abonnés à l’occasion d’un événement, plongée dans un tableau de Courbet, envoi de messages dans le ciel : du sens pour les sens et nos actions du quotidien… Engagés dans des logiques de coproductions, les projets soutenus « parlent souvent d’eux même ». « Après le digital désormais vécu et appliqué transversalement, insiste Medhi Tayoubi, la culture doit l’être à son tour. »

La transversalité reste toujours un défi au sein de l’entreprise. Pour le relever, Laure Kaltenbach, modératrice du panel 3 et directrice générale du Forum d’Avignon évoque quatre clés de succès :

  • incarner la créativité : les récits des succès européens doivent être promus et largement diffusés ;
  • viser un public large pour que le lien culture-innovation ou art-entreprise dépasse le cadre confidentiel des initiés et des clichés pour nourrir des projets au cœur des stratégies d’entreprise,
  • stimuler l’échange entre les disciplines et les profils : artistes/ingénieurs,
  • Enfin, s’engager dans un changement de mentalités, du côté des entreprises et des artistes. La fin des silos, toutes les entreprises - des start-ups aux grands groupes - qui surperforment l’ont compris.

A quand une prise de conscience généralisée – qui bénéficie aux intérêts conjugués des entreprises et des salariés ? - STARTS porte des raisons d’espérer en pariant sur l’intuition, le talent, la passion et … la persévérance. Il ne réussira qu’avec l’engagement de l’ensemble de la filière culturelle et créative.

Les Ateliers de la Cité : Le Forum d’Avignon, 
Le Festival d’Avignon, Technocité, 
Le Théâtre National Bruxelles, Mons 2015, Le Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles,
La Représentation de la Commission Européenne en Belgique, 
La Commission Européenne - DG Culture, 
La Commission Européenne - DG Connect - Directorate General for Communications Networks, Content and Technology.

Pour aller plus loin :